lundi 9 mars 2015

08/03/2015 J'ai testé pour vous... la fulgur'otite et le cabinet médical à l'américaine

(Je m'excuse par avance du côté imbitable, outrageusement long, et non imagé de l'article à venir. En même temps, je ne suis pas certaine que vous auriez adoré les photos illustrant cet article)

De manière générale, j'ai la chance de ne pas être souvent malade. Faut croire que je compense pour ma petite enfance où j'ai rendu mes pauvres parents dingues à force d'allergies, eczéma, bronchites asthmatiformes et autres saloperies à répétition. Bref, depuis que j'ai dépassé ce stade, j'ai grosso modo une crève par an, un gros mal de crâne s'apparentant à une migraine par an, peut-être deux boutons de fièvre par an, et basta. Rien de bien vilain quand je compare à certains membres de mon entourage qui prennent pas mal cher en ce moment (coucou les loulous, je pense bien à vous).

Une rougeole attrapée il y a... aoutch ... 5 ans maintenant (! ça fait 5 ans que je bosse !) m'avait rappelé à quel point on peut être affaibli par de toutes petites choupinettes particules qui décident simplement de faire une visite de courtoisie à notre gentil corps en parfaite santé par ailleurs. Au point de devoir s'y prendre à deux reprises pour simplement aller jusqu'à la cuisine se verser un verre d'eau. Dans un studio.

Là, ça faisait deux semaines que je nageais dans ma crève de l'année. Celle-ci avait été un peu plus gratinée que d'habitude (dû annuler deux sorties qui me tenaient à coeur parce que je n'étais pas en état), mais bon, rien qui ne soit arrangeable par le merveilleux combo thé+miel+citron. Je toussais /éternuais encore un peu, c'était normal que ça reste parce que je ne m'étais pas beaucoup ménagée avec toutes les réjouissances du mois (la dernière en date : le ski, que je raconterai plus tard bande de petits impatients). Celle-ci s'était bien amenuisée, au point que j'avais prévu un programme pas mal chargé pour le week-end : sortie dans Detroit le vendredi, Detroit Institude of Arts le samedi (musée que j'ai envie de visiter depuis un sacré bout de temps), et show de Monster Trucks le dimanche sentant bon l'huile de moteur et la bud light. Avec la possibilité de greffer en plus des sorties le samedi soir et le dimanche soir, j'étais calée.

En sortant du bureau, vendredi soir, je me sens anormalement fatiguée eu égard à la quantité de travail accomplie (j'avais bossé, hein, mais c'était pas non plus du 8h-22h intensif). Qu'à cela ne tienne, power nap de 20 minutes avant d'aller chercher les filles. Évidemment, en tant qu'adepte des siestes de 3 heures, celle-ci ne me fait que l'effet du "encore juste une minute" et c'est avec une motivation proche du négatif que je sors du lit. C'est bien parce que je leur ai dit que je les conduirai à Windsor et qu'elles n'ont aucune autre possibilité, et qu'en plus elles parlent très peu anglais que je me force à gagner ma voiture, prise d'un excès de mère-poulisme. Elles, c'est deux étudiantes que Julie a hébergées hier, avec qui j'ai sympathisé en soirée, qui sont en road trip depuis une semaine, et sur le chemin du retour vers l'université de Sherbrooke. Université à laquelle j'étais passée lorsque je faisais mon stage à Montreal.

Bref, je les rejoins, on va dans Detroit, on passe un bonne soirée dans un bar très sympa (Cafe D'Mongo speakeasy, je le note pour pouvoir le retrouver facilement). Sauf que dès le début de la soirée, mon oreille droite se met à se boucher un peu. Comme sous l'effet de la pression en avion. Rien de bien grave, je tente mes techniques de fouine apprises en cours de plongée pour décompresser (avis aux experts techniques : oui, je sais que le vrai mot est "équilibrer"). Pas trop d'effet. Bon, attendons, ça va passer.

Evidemment, si je consigne ça sur ce blog, c'est que ce n'est pas passé. Ca a même empiré, salement rapidement. Du coup je crains que je n'aie pas été une très bonne compagne de soirée/route pour mes deux covoitureuses. Mais je les ai déposées à bon port, Mission Complete. A ce moment, je commence à avoir vilainement mal à l'oreille. Comme quand on plonge en apnée et qu'on se prend la pression, avec le même acouphène. Sauf que là, c'est constant, et que ça ne part pas quand on remonte en altitude (vous me direz, je n'ai pas essayé de sauter à trois mètres de haut, peut-être aurais-je dû ?).

Je maudis la personne devant moi à la douane (Windsor est la ville juste de l'autre côté de la frontière, remember ?) qui prend méga longtemps à se faire accepter chez l'oncle Sam. Je commence à hurler "j'ai mal, putain" toute seule dans ma voiture. Puis quand finalement j'arrive au niveau de l'agent, je me maudis environ trois fois plus : j'ai pensé à prendre mon passeport, mais pas le formulaire DS2019 qui va avec. J'avais lu quelque part qu'il n'était pas nécessaire de le prendre quand on se rendait au Mexique ou au Canada, ce que je dis à l'officier en charge. Il m'explique que si, qu'à partir du moment où j'ai quitté le pays il me le faut, que je devrais à vrai dire l'avoir sur moi tout le temps, que sans lui mon Visa n'a pas de valeur.
Hé merde. Pourquoi je n'ai pas pris ce fichu papelard avec moi ? Jusqu'à présent je l'avais toujours chopé. Peut-être juste ma vaseuserie au sortir du lit avant de récupérer les couchsurfeuses à l'aéroport. Bref, l'agent est sympa, il m'explique que normalement je devrais aller à l'intérieur et subir un interrogatoire, mais il va faire les démarches pour moi ici même. Je le bénis et me maudis intérieurement de la part de tous les gens derrière qui vont devoir attendre des lustres avant de passer. De ma part à moi aussi parce que je douille salement et chaque minute qui passe va participer à l'amplification de ma douleur, et donc à la dégradation de ma conduite. Moi qui adore être au volant, je ne peux qu'anticiper l'expérience géniale des 20 minutes qui doivent me ramener chez moi.

Après dix bonnes minutes de check (bon sang, comment est-ce que leur base de données est constituée ???), l'officier me relâche. Je m'excuse platement, il me dit que c'est ok, que je ne savais pas. Les gens dans la file d'attente commençaient à vraiment s'impatienter, et je les comprends. J'ai même entendu deux coups de klaxon. Entre-temps, je me suis souvenu que la phrase que j'avais lu sur Mexique/Canada concernait une autre autorisation et que j'ai mélangé mes pinceaux. Bien joué, Marie.

La partie n°2 du calvaire commence. Je suis le trajet gentiment indiqué par mon GPS (qui ne marchait pas côté Canadien, avec mon état de forme olympique j'ai donc mis un paquet de temps à retrouver le chemin exact vers le "Tunnel To The US" qui était pourtant à deux pas). Coup de bol : un accident vient d'avoir lieu sur mon itinéraire recommandé. Bouchons à perte de vue et 1h d'attente estimée avant le bercail.
Je hurle "Mais j'ai MAL, bordel !!". Coup de bol, pour de vrai ce coup-ci, le GPS détecte l'urgence dans ma voix et me propose un itinéraire bis. Une sortie plus tard, me voici à nouveau à 22 minutes de chez moi.

Sur la route, j'ai beau savoir que ça n'arrange rien, je meumeume sur les chansons à coups de "Aïe aïe aïe aïe". J'ai dû confondre le Canada et le Mexique. Comme je suis sourde de l'oreille proche de la radio, j'entends très mal donc en plus je dois chantonner comme une casserole rouillée. Heureusement, le bruit de l'acouphène couvre celui de ma propre voix donc la seule à pouvoir en souffrir n'est pas affectée.
Finalement, j'arrive à la maison. A ce moment là, la douleur a atteint le stade de l'insupportable. Je me jette sur 2 dolipranes 500 en espérant qu'ils l'atténuent un peu, que je puisse au moins dormir. Plus zombie qu'humaine, je me mets en tenue de nuit, envoie trois textos pour annuler mes engagements du lendemain, et je titube jusqu'au lit. Je me couche avec mille précautions, espérant ne pas amplifier la douleur avec quelque mouvement brusque que ce soit. Mon corps tremble de manière incontrôlable, j'imagine que c'est la manière qu'ont mes nerfs de dire qu'ils n'apprécient pas. Moi non plus les gars, on est dans la même galère, ce serait gentil de me laisser tranquille.

Je geins, je sais que ça ne sert à rien mais je geins. On a tous connu le stade où la douleur nous arrache une larme. Par exemple, je garde le souvenir d'une piqûre anesthésiante dans ma machoire du haut, juste avant de me faire retirer mes dents de sagesse qui m'avait fait penser "Quand vont-ils programmer un anesthésiant pour l'anesthésiant ??". Le truc chouette, c'est que ça n'avait duré qu'une seconde ou deux, après quoi je m'étais amusée de la sensation "bois" prise par ma gencive.
Là, c'était pareil, même douleur aigüe et trop forte pour mon gentil cerveau. Sauf que c'était permanent. Pas de variations d'intensité, pas de lancement. Continuement atroce.

Mes pensées joyeuses tournaient en boucle autour de ces quelques petites choses :
- tiens, je me demande si c'est la fois où j'ai le plus mal de ma vie ? Pas sûr, il y a aussi eu ce moment au lycée, où une carrie avait surgi sous un plombage, ça me lançait comme pas possible et je n'avais pas dormi de la nuit à cause de la douleur. Uhmm, mais il me semble me souvenir que ça oscillait en intensité, alors que là ça ne bouge pas d'un iota... Oui, quand même, difficile de trancher...
- J'ai MAL. MAL. MAL. Bordel j'ai MAL. AÏEUH.
- Des gens se font torturer en ce moment même dans le monde. Pour leur calvaire, tu peux bien résister un peu et arrêter de geindre et pleurer de manière incontrôlable 3 minutes, Marie, non ? (La réponse était non.)
- Cerveau, la douleur est une information. Là j'ai compris, d'accord ? Tu as très mal. Même que les nerfs autour, tout autour en pâtissent et que ça me paralyse la machoire et me fait très mal à la tête. Totalement compris. Roger that. 20/20. Capisce. Maintenant si tu pouvais commencer à interpréter l'information autrement, par exemple en la transformant... je sais pas moi, en musique, ou en sensation de soleil sur la peau, ce serait super apprécié.
- Une OTITE. Marie, une otite c'est une maladie que les bambins ont environ 2 fois par semaine jusqu'à leur premier anniversaire. Même eux sont plus costauds que toi. C'est une de ces infections que tu classifiais au même niveau que "Rhume/Gastro/Toux". Alors tu vas me faire le plaisir de t'excuser auprès de tous ceux à qui tu as juste dit "oh, pas cool" quand ils t'ont dit qu'ils avaient une otite, d'une part; et d'autre part tu vas essayer de relativiser, d'accord ?
- Mais qu'est ce qu'ils foutent, ces dolipranalacon ?? Ca fait bien 5/10/15/...30 minutes là, ils auraient dû faire effet ? Est-ce que ce serait dangereux d'en prendre un troisième ?


Deux dolipranes plus tard, rien n'étant amélioré, je me résouds à passer une nuit de merde et à attendre que mon tympan explose dans mon oreille, ce qui amplifierait sans doute la douleur momentanément, mais qui devrait être soulagé après. J'hésite à réveiller mon coloc mais je vois mal ce que qui que ce soit pourrait faire. Ca va passer, ça va forcément passer. Il faut que ça passe.

Une effroyable heure et demi plus tard, j'entends un bruit dans mon oreille. Pour les plongeurs, ça ressemble un peu au bruit qu'on fait lorsqu'après une immersion, on remonte progressivement à niveau. Pour les autres, c'est un peu comme quand on dégonfle une baudruche. A partir de là, 
--- ATTENTION, VOUS ENTREZ EN ZONE CRADO, VOUS N'AVEZ PEUT-ÊTRE PAS ENVIE DE LIRE CE QUE VOUS ALLEZ LIRE PAR LA SUITE, CA PARLE DE FLUIDES CORPORELS --- (oups, je les ai mentionnés dans la partie en majuscule. Bon appêtit.)
j'ai senti que du liquide commençait à  bouger dans mon oreille. Evidemment, je ne voulais pas agresser mon tympan plus qu'il ne l'était déjà, donc le coton-tige était hors de question. En revanche, je pouvais créer un drain à partir de papier toilettes très finement entortillé que je placerais à l'entrée de mon oreille. A ce moment-là, la secrétion était transparente, un peu comme de l'eau ou du sérum phy. La douleur restait ignoblément atroce, mais bon, au moins, je m'occupais. Entre temps, les tremblements avaient cessé.
Je tâchai de positionner les deux oreillers pliés à moitié l'un sur l'autre, de manière à soutenir ma tête sans pour autant obstruer mon oreille : il fallait que la gravité fasse son office mais je sentais que je ne devais rien mettre en contact direct et prolongé avec l'organe qui me faillissait. Après une demi-heure de plus et d'autres gargouillis auriculaires, la douleur a enfin commencé à descendre. Très, trop progressivement. Les drains commençaient à faire figurer du sang en plus de leur liquide primaire.

Finalement, environ 4 affreusement longues heures après le début de mon calvaire, la douleur devient enfin suffisamment supportable pour permettre le sommeil. Pas agréable pour un sou, mais moins long que la réalité. Le lendemain, je me réveille avant 8h. Pas moyen, j'ai droit à plus de répit que ça. Après drainage enthousiaste et verre d'eau, je me recouche. Vers 10h30 je sors du lit. Envoie des textos pour annuler mon programme de la journée, pour savoir si ma pote Laetitia (héroïne qui figure désormais à mon Panthéon) qui a récemment eu une otite (comment a-t-elle survécu sans se plaindre ??) aurait des médocs en stock, qui est-elle allée voir comme docteur ? AUCUN ? Nom de Zeus, j'appelle de ce pas le service de Canonisation pour ta gloire.

Justin n'étant jamais malade (et, je le soupçonne : n'ayant pas d'assurance), il ne connait personne non plus. En revanche, il a déjà remarqué qu'il y avait un cabinet clinique au coin de la rue. Je n'ai pas envie d'aller chez un docteur aux US. Genre du tout. Quand on m'a filé ma carte de sécurité sociale pour ici, j'ai espéré très fort n'avoir jamais à m'en servir. Ou a la limite juste pour refaire mes lunettes, et encore... En cas d'ultime recours. "Mais il est là, l'ultime recours, stupidasse !? Tu attends de mourir pour traîner ton séant céans ??" (Je déconne, mon état neuronal n'était pas assez éveillé pour faire des jeux de mots, c'est cadeau pour ceux qui ont lu jusque là. Et le premier qui me rétorque que c'est pas drôle, et bah, euh... Je sais, mais ça reste pas très gentil de sa part de ne pas plus compatoyer à ma misère.)

Ok, donc il est temps de tester cette carte super VIE international mutualisé que l'on m'a remise, parce que j'ai quand même encore foutrement mal. Je l'assure que je peux me rendre toute seule là-bas, et c'est bien le cas. A l'allure d'un escargot shooté, certes, mais je m'y rends. Toutes les reviews google du cabinet sont ultra enthousiastes à base de "wahou, c'est du top level, l'endroit est nouveau, les équipements sont de première qualité, et le docteur est si gentil que j'ai envie de lui faire des enfants". 
J'exagère un chouïa, mais sérieusement, tout le monde recommande et like. Car oui, comme la santé ici est privée, de la pub est faite en permanence pour la médecine (de type : "Nous avons mis nos enfants à l'hopital Beaumont, car nous ne voulions pas qu'ils meurent. Nous on est des bons parents friqués. Vous seriez de gros connards irresponsables de les mettre n'importe où ailleurs", je suis à peine au delà de la réalité). Et donc à l'entrée de cette mini-clinique, v-la-t-y pas que je vois des autocollants "Like us on facebook ! Recommend us on Google+ !" qui me mettent en confiance, tel un cheval entrant dans une boucherie Picard.

Je rentre, et la première chose qu'on me demande au guichet, c'est de signer un papelard notifiant ma présence, un autre papelard avec mes informations, ainsi que ma carte d'assurance. Déjà, j'ai oublié mon numéro de sécu US. Et ce n'est pas comme en France où il est bon de le garder sur soi totalement : le jour où j'ai reçu ça, on m'a dit de le planquer en lieu sûr pour éviter les usurpations d'identité. Bref, je suis obligée d'appeler Justin et de lui demander de regarder pour moi. Je complète enfin le fichu formulaire, lu en travers à cause de mon état daubé. Ensuite, un peu intimidée, je sors les deux bouts de papier imprimés prodigués par ma mutuelle VIE (je n'ai jamais reçue la vraie carte). Dessus, il est écrit qu'il faut appeler tels trucs avant mon hospitalisation et m'avancer les frais. 

La madame me dit qu'elle ne peut rien en faire, il n'y a pas les codes habituels qu'elle attend dessus. J'essaye de lui faire comprendre que ce serait bien qu'elle appelle, qu'ils ont les indices correspondant à sa base de données là-bas. Elle me répète qu'elle ne peut rien en faire, qu'elle va essayer quand même, et qu'elle me recommande en attendant de payer moi-même. Là, j'ai les boules, d'autant que je n'ai pas crédité mon compte américain depuis une éternité, donc il doit me rester environ 130$ dessus... Avec tout ce que j'ai pu entendre des dépenses dans ce pays et le caractère non réellement classifié de cet endroit (est-ce une clinique ? est-ce un cabinet ? est-ce superman ?), je ne sais pas si je pourrai payer mon entrevue avec le médecin. Un gars en blouse arrive et demande ce qu'il se passe, elle lui explique, ils débatent pour savoir qui va appeler et on me notifie qu'au pire, c'est 50$. Fiou, pas si pire. La dame de l'accueil finit par décrocher le téléphone, je retourne comater sur les fauteuils d'attente pendant ce temps. En laissant mon oreille valide écouter comment se passer l'entretien (et fort heureusement, il y a l'air d'y avoir un échange).

Dix minutes plus tard, on m'appelle à sortir du purgatoire. J'avance de mon pas alerte et gracile de zombie shooté, et là une jeune madame en blouse me parle très vite en me donnant des instructions que je capte à moitié. Il me semble qu'elle s'est présentée, pas sûre néanmoins. Elle aurait pu énoncer la liste des pays et capitales du monde, à son train de speech. Je pose mes affaires dans un petit cabinet (au départ je me trompe de salle, c'est dire comme je suis éveillée). Elle me rejoint, prend mon poids, ma tension, ma température, demande ma taille (je la connais en mesures-à-la-con-impériales, youhou !), et me demande enfin ce qui ne va pas "alors, qu'est ce qui vous a provoqué cette fièvre ?". Ha, j'ai de la fièvre, évidemment, on m'a dit ma température en degrés Fahrenheit et toujours avec ce débit incompréhensible donc je n'avais pas saisi. Donc j'explique que je pense avoir une otite, j'ajoute la liste de mes symptômes, elle écoute poliment et note bien tout. Puis interrogatoire extensif sur mes antécédents et ceux de la famille. A la fin, elle me dit "très bien, je vais traiter ces données et je reviendrai". Euh. Ok. Quoi ? Paf, elle est sortie de la salle. Deux minutes plus tard, je l'entends parler et poser les mêmes questions à quelqu'un d'autre à travers la cloison.

Cinq minutes plus tard, pendant lesquelles j'ai toujours surdité, acouphène, douleur et (je ne l'ignore plus) fièvre. Cinq minutes pendant lesquelles j'aurais très bien pu tomber dans les vappes dans ma petite salle isolée, le monsieur en blouse de tout à l'heure arrive. C'est lui le docteur Saleh, il va commencer ma consultation. Ha d'accord, donc la demoiselle précédemment, c'était comme cette personne qui vous accueille au don du sang et qui est en fait en formation. P'tet que c'est ça qu'elle racontait quand j'avais l'impression qu'elle m'expliquait la beauté de la Galaxie. Il m'explique qu'il va m'ausculter. Je m'assois dans son fauteuil (fauteuil de médecin classique, mais avec un oreiller dessus : peut-être ça, le "top notch" dont parlent tous les commentateurs google ?). Il utilise l'un de ces trucs que je soupçonne d'être une simple loupe éclairante dans mes oreilles. Je ne peux résister à l'envie de lui dire "C'est mauvais non ? J'imagine que c'est pas bon". "Ha oui, c'est très mauvais". Haha !! C'est con mais quand la personne diplômée va dans votre sens, c'est toujours une sorte de soulagement. Là où je suis moins soulagée c'est qu'il me dit que mon tympan de l'autre côté a également une sale gueule. Oh s'il vous plaît, pas de seconde otite, je ne suis pas sûre d'être capable de re-supporter une soirée comme celle de vendredi si rapidement.
Il regarde également ma gorge en mode "respirez-profondément-s-il-vous-plaît". Après ça, il me raconte qu'il va me filer des antibios, normalement je devrais me sentir mieux d'ici deux jours. Est-ce que je veux également quelque chose pour ma toux ? Bah oui, tant qu'à faire. D'accord, il va envoyer tout ça à ma pharmacie, si j'ai des questions plus tard, que je n'hésite pas à l'appeler. "D'accord", ânonné-je. Avant de me rendre compte de mon erreur : "Hé mais non, j'en ai maintenant des questions ! C'est quoi, que j'ai exactement, déjà ? Je vais pouvoir replonger, un jour, dans ma vie ? Qu'en est-il de l'avion ? Comment je procède avec les médicaments ?". Sauf que le temps que mon cerveau ait formulé tout ça, notre brave docteur est sorti depuis belle lurette. Il sera resté environ 2 minutes 48 avec moi, avec l'addition des 5 minutes de son assistance, on peut vraiment dire que la note est Saleh. Bref, sur la route du retour je le vois très occupé à son poste, donc je lui pose la question qui m'a l'air la plus urgente "Est-ce que vous me déconseillez de prendre l'avion dans l'immédiat ?". Il botte à moitié en touche, me disant que je peux prendre un médoc pour soulager mes tympans sans que ça pose trop de problème. Je me dis ok, ça fera sûrement partie de la prescription, tant mieux.

Je ressors donc de là sans papier du tout. L'une de leurs particularités, c'est qu'ils envoient directement les ordonnances à ta pharmacie préférée. Il y en a une à moins de cinq minutes à pieds, cette propriété m'a paru très appréciable. Donc, direct, je m'y rends, espérant sans trop y croire que mon ordonnance m'y attendra. Bingo, après 5 minutes d'attente, on me dit que ce n'est pas encore prêt, ce serait bien que je revienne dans une demi-heure. Apparemment, ils préparent automatiquement les commandes quand ils les reçoivent, et les font en "première arrivée, première servie". Je ne proteste pas, de toute façon il faut que je mange un morceau, vu mon état de faiblesse avancée. La maison est à 5 minutes à pattes, je m'y rends et le coloc m'accueille sympathiquement. 

Une heure plus tard, le ventre plein, l'esprit toujours un peu dans le milieu du Pas-de-Calais, je me rends à nouveau à la pharmacie. Mon ordonnance sera prête dans 15 minutes. Fort bien (en vrai, pas "fort bien", je continue à avoir mal et à me sentir pas loin de tourner de l'oeil, et bordel, je leur ai laissé deux fois le temps qu'on me demandait en premier lieu), je fais les courses en attendant (sur place, c'est trop pratique !), et j'ai un mal de chien à trouver mes affaires. Ensuite c'est le même échange qu'avec l'hôtesse du Docteur Saleh, sauf que ce coup-ci, je dois appeler moi-même le numéro magique spécial VIE, et leur demander 4 identifiants spéciaux dont la pharmacie a besoin. Mise en attente une bonne dizaine de minutes, je finis par réussir à contacter quelqu'un. Celle-ci me demande à entrer en contact avec la pharmacienne, je lui file donc le téléphone. A priori, l'assurance ne veut pas que je connaisse mes propres identifiants. Certainement par peur que je les fasse circuler, vu le coût de la santé par ici. 

Ca dure des lustres, pendant ce temps-là la dame au téléphone me propose de m'envoyer un carte de prescription spéciale pharmacie. Avec plaisir, si ça peut me faire gagner du temps une prochaine fois. Là, un truc s'éveille dans mon cerveau, comme s'il avait un truc à dire. Mais bon, je dois gérer une double conversation en anglais avec une seule oreille, donc j'envoie paître cette saloperie molle. On me demande, côté pharmacie, de confirmer ma date de naissance pendant que je récite mon adresse au téléphone. Très pratique. Il s'avère que l'assurance a cafouillé quelque part et qu'ils ont entré la mauvaise date dans le système. Je remets en contact mes deux interlocutrices préférées et en profite pour poser mon cul à nouveau sur l'un de ces sièges bénis. L'une des pharmaciennes va devoir appeler l'assurance pour mettre les choses en ordre. Si ça ne marche pas, on me suggère d'avancer et de me faire rembourser après. J'acquiesce, avec la même appréhension que plus tôt : combien peut coûter un antibiotique, par ici ?? 

Pendant le coup de fil en question, la vague impression cérébrale de plus tôt revient. Tiens, y'a quelques mois de celà, je n'avais pas reçu une enveloppe, au bureau ? Toute hésitante, j'ouvre mon portefeuille. Là, derrière une de mes cartes quelconques, je vois apparaître un bout de plastique blanc, marqué "Pharmacy prescription card", avec pile poil les identifiants qu'on me réclamait plus tôt. Hé merde. Comment foutre 30 minutes de son existence en l'air, par Marie Dufour. Bon, la nénette est sur le point de raccrocher, ce n'est pas le moment de lui montrer ça, je passerais pour une débile (ce que je suis, en l'occurrence...). 5 autres minutes plus tard, j'ai enfin mon Graal, et je peux aller prendre mes cachetons à la maison.

Dans le paquet : les antibios promis et un sirop. Pour les deux, les instructions sont écrites directement sur le médicament, plutôt cool. En revanche, aucun signe de l'anti-douleur dont me parlait le docteur un peu plus tôt. Pas de consigne non plus sur ce que je suis censée faire avec mon oreille. Heureusement que j'ai lu sur internet qu'il faut éviter tout contact avec l'eau, sinon je dois bien avouer que ça m'aurait traversé l'esprit d'essayer de vidanger le mélange (ATTENTION !! CRADO's BACK) pus + sang qui en suppure et forme des croutes en dehors et en dedans. Bref. Sur le coup, je m'en fous, je prends mon cacheton et je vais comater au lit comme de bien mérité après cette première plongée dans le monde médical américain.


A l'heure qu'il est, merci, ça va mieux. Un week-end entier de comatage, ainsi que le lundi (trop faible ce matin) aidant. Je reste sourde de l'oreille droite avec l'impression qu'un alien va en sortir d'une minute à l'autre, et un acouphène intermittent. Ah, et mon sens de l'équilibre est également toujours perturbé. Lui habituellement si... merdique, avouons le bien, a le sentiment d'être un expert funambule en son état normal, en comparaison de mon actualité. Rambardes d'escaliers du monde, tenez-vous bien, car j'arrive et j'ai l'intention de vous utiliser comme jamais !

N'empêche que le tout ne fait que s'améliorer, donc en théorie, d'ici deux jours à une semaine, je serai pimpante comme un gardon et pourrai revenir à la description plus réjouissante (pour moi en tout cas, bande de petits sadiquos) de mes vacances.