mardi 23 juin 2015

23/05/2015 Le camping, c'est bon pour la mémoire

Aux US, le dernier lundi de mai, c'est Memorial Day. En deux (longs) mots, il s'agit du jour de commémoration des morts dans les forces armées du pays. C'est à dire que contrairement à nous qui célébrons 2 armistices séparément, ils ont pragmatiquement regroupé tous les soldats tombés en un seul jour. So américain !

Pour certaines personnes, ça veut dire défilé, patriotisme et visites de cimetières. Mais bon, avouons-le bien, pour la plupart des gens, c'est surtout JOUR FÉRIÉ ! YOUHOUUUU !

Qui dit week-end de trois jours dit "où va-t-on ?", du coup on se prépare un petit périple camping avec Laetitia et Julie. Nous décidons de partir pour le Canada, afin d'éviter l'engorgement des sites US et des routes qui y mènent, car nous sommes bien conscientes de ne pas posséder le monopole de l'idée "passer la nuit sous la tente". A la dernière minute, Lyse se joint à nous.

En milieu d'après-midi (cette règle de pouvoir partir plus tôt les veilles de jours fériés est splendide), nous quittons donc le travail, direction chez Laeti pour une grande partie de Tetris.

Elle a beau avoir un gros break, on galère à faire rentrer le volumineux matos de camping dedans. 
Et on n'a même pas les denrées alimentaires ! A cinq, c'était mort.

Direction : Long Point Provincial Park. Je parlais hier des noms fort inspirés d'Amérique du Nord, celui-ci en est l'illustration parfaite, jugez plutôt :
Ils ont dû hésiter entre "Long Point", "Peninsula", "You know, that place on Lake Erie that is nearly an island with huge sandy beaches on"... Dur dur.

Comme prévu nous arrivons 3h30 plus tard, à 20h30.
Avec un léger retard au démarrage, additionné d'un passage de douane non immédiat (Vrai dialogue avec l'officier Canadien : - "Vous avez de l'alcool ?" - "Non" - "Mais vous êtes dingues ?? c'est nettement plus cher de l'autre côté de la frontière !"), agrémenté de courses, assaisonné d'un petit dîner sustentatoire, le tout saupoudré d'une légère galère GPS, nous abordons l'entrée du parc peu après minuit. 

Évidemment, personne dans la cahute à laquelle nous devions nous enregistrer. Qu'à cela ne tienne, de toute façon on connaît notre emplacement, migrons-y et laissons la gestion de la paperasse à la dream team du futur.

Comme des oufs, nous montons les tentes, de nuit, en deux temps trois mouvements. Même la tente pentagonale de Julie sur laquelle nous avions galéré la dernière fois. On s'installe, bonne nuit et... on crève de froid. Comme jamais.
Il doit faire environ 0 degrés, nos duvets sont conçus pour des températures bien plus estivales que ça, et dans la précipitation, nous n'avons pas enfilé 8 épaisseurs avant de nous coucher. Erreur fatale. D'autant qu'à deux par tente, on n'ose pas trop allumer et farfouiller dans nos affaires pour se la jouer Rasta Rockett à la sortie de l'aéroport de Calgary.
- Sanka, t'es mort ?
- Presque, man.
Le froid ne nous réveille pas au milieu de la nuit, non, il nous empêche carrément de trouver le sommeil. J'imagine qu'à un certain point le cerveau se dit que s'il s'endort, il risque de ne jamais se remettre en route ? Ce n'est que vers 5h30, quand les premières lueurs de l'aube se pointent et commencent de réchauffer l'atmosphère, que le corps peut suffisamment se détendre pour plonger dans une léthargie réparatrice.

Résultat, nous sommes très très inactives pour cette première journée. Les activités : aller à la cahute nous enregistrer - en voiture, 'pas déconner -, lire sur la plage, puis (après ces deux expériences exténuantes) siester sur la plage, qui a le bon goût d'être à deux pas de notre emplacement.
Repérez ma pause décontractée : jean relevé jusqu'à mi-mollet.
Je le regrette encore à cette heure (1 mois plus tard !) où la marque reste impeccablement visible.

Histoire de dire qu'on aura fait quelque chose de notre journée, on part tout de même en balade sur la plage en fin d'aprem avec Laeti et Lyse. La côte est choupi tout plein, j'ai l'impression d'être en mer du Nord, avec un lac Érié qui fait des vagues et donne donc la couleur du sable à l'eau. Le soir, on lance le barbeuk sur le grill intégré (ha, cette amérique du nord, elle pense à tout !) de notre coin feu. La température tombe vite après la disparition du soleil, aussi nous ne nous éternisons pas. Ce soir, la technique de l'oignon est de rigueur pour éviter de trop grelotter.
Malgré ça, on dort encore plutôt mal.

Le len'demain mating, prises par une vague de motivation, Laeti et moi décidons d'aller nous baigner. L'eau doit être à un bon 13°C, autant dire qu'on s'y jette allègrement et qu'on reste des heures à barboter comme dans un sauna. (En vrai, même elle galère à y entrer avec son shorty. De mon côté, malgré la merveilleuse "technique bretonne" qui consiste à entrer en cheminant de manière parallèle à la plage afin de se mouiller plus doucement et de se réchauffer en marchant, j'ai l'impression d'être transpercée par une infinité de petits couteaux appartenant aux Autres. Une fois immergée, nous avons du mal à évoluer tant les muscles sont tétanisés. Ainsi nos nages auraient-elles alerté cette brave Pamela, si elle avait été de garde).

Mettre les mains dans l'eau ? Le plus tard sera le mieux.

Après ça, les trois courageuses sont allées courir pendant que je lisais tranquillou sur le banc de notre emplacement (oui oui, c'est la même narratrice que celle qui a écrit l'article juste avant). En même temps, ces grandes malades ont partiellement couru dans le sable !

L'aprem nous avons visité le mignon petit bourg de Long Point, accolé au parc. Ce que l'on peut en déduire :
 C'est charmant !
 - Dans un beau cadre !
 - Avec des portions de nourriture très américaines
(Il s'agit de glaces une boule !)
 - Ha, on note aussi un sens du goût... uhm... différent
 - Les poulets tentent de piquer le courrier des riverains et s'y pètent la patte
 - Les bouts de bois flotté aiment prendre la pose
- Les habitant n'ont pas l'air trop à plaindre 
(surtout si l'on considère que 95% des habitations sont des résidences secondaires)

Le soir, le camping est devenu quasi désert car tous les autres aventuriers du week-end, étant canadiens, sont rentrés à leur bercail. Génial, on a tout l'espace pour nous ! En plus, pour la première fois, il fait une température acceptable ! On sort les cartes et les chamallows, et avec nos vêtements de camping on prend des photos top sexy.
 La vomisseuse
 L'imbécile heureuse
 La poissonneuse
 La... Nom d'un chien ! Popeye ? C'est toi ??

Ce n'est pas désagréable d'avoir une vraie soirée et la bonne nuit de sommeil non icebergien qui s'ensuit ! 

Surtout qu'on se permet même une semi grasse mat' au vu du non engorgement total du camping et du silence royal qui en découle. Nous finissons quand même par remballer, et par rouler direction Detroit.
Deux petites escales sur la route...
- La première, dans un coin pique-nique random d'un village random que nous traversons, parce qu'on y a aperçu un grill !
Il faut bien manger !
Enfin "bien", c'est un grand mot. Il nous reste des burgers à moitié décongelés, du "produit fromager" américain, et pour faire cuire le tout, un espèce d'allume-feu à l'éthanol qui dure 40 minutes et qui manquera nous faire déclencher un incendie lorsqu'on tentera de l'étouffer au bout de 10.
Repas absolument divin, sous l'oeil de mennonites qui se réunissaient dans ce parc et nous oeillaient bizarrement du haut de leurs chemises à carreaux ou robes à la Laura Hingalls.

- La seconde, au parc de la Pointe Pelée, qui contient le point le plus au sud du Canada !
 C'est l'occasion de rappeler que Détroit est au Nord du Canada, 
ce que plein de gens ont du mal à réaliser !

L'endroit est très chouette mais nous n'avons que peu de temps. Nous choisissons de limiter notre visite aux deux balades les plus recommandées : le marais, et d'abord la Pointe sud, évidemment !

En warriorettes chevronnées, nous évitons la navette à touristes, et nous élançons à pieds vers ce lieu à la si faible latitude (Fun fact : celle-ci se situe entre celles de Perpignan et de Barcelone. Plus près de l'espagnole !). 
On trace la route parce qu'on ne veut pas rentrer trop tard,
 ...et on se rend compte que le sentier suivi n'est peut-être pas l'officiel, puisqu'on se retrouve à devoir escalader un muret et traverser une végétation touffue sur une dizaine de mètres avant de se retrouver sur terrain praticable. Ouf.
Tadam ! On dirait le suuuuudeuh
 
 Petit souvenir d'Utah. 
Et l'occasion de rappeler que Detroit est également au niveau du 42ème parallèle, 
plus méridionale que Toulouse. 
Comme quoi, on l'aime notre climat tempéré.

Ensuite, la jetée du marais, qu'on hésitait à zapper, nous réserve finalement une très jolie surprise...




 
C'est sur ces vues improbables que nous réintégrons la voiture, et n'avons qu'à rouler une heure pour regagner le Michigan ! Un week-end détente & nature entre nénettes qui aura fait du bien.

jeudi 18 juin 2015

09/05/2015 Colore le monde

Attention, soyez prêts à être surpris.
Cet article ne concerne pas l'une de mes excursions Paint Nite où je m'amuse pendant 2 heures à créer un résultat ignoble.

Le propos de cet article n'est pas non plus d'évoquer du vernis à paillettes, ou une coloration de cheveux, ou le port de vêtements ultra flashy.

Mam', ne t'en fais pas, malgré la région je ne me suis pas non plus mise au street art (et je me couche bien à 21h30 tous les soirs après m'être soigneusement brossé les dents).

Figurez vous que moi, Marie, 28 ans et pas tout à fait toutes ses dents, je me suis inscrite à ... une course.

--- Petit historique du rapport de votre narratrice à la course ---

- Ecole Maternelle : Discipline considérée comme de la torture.
- Ecole Primaire : Discipline considérée comme de la torture.
- Collège : Discipline considérée comme de la torture (oui, il y a de l'écho).
- Lycée : Discipline considérée comme de la torture. Pour vous faire réaliser, à l'épreuve d'endurance du lycée, nous devions choisir une distance que nous allions devoir parcourir en 30 minutes avec régularité. J'étais la seule en dessous du kilomètre (960m si mes souvenirs sont bons). Sérieusement : je MARCHAIS plus vite que ça. Au moins, j'ai eu les points de constance.
- Post-Lycée : YEEEHAAAA !! Plus jamais de course à pieds EVER !!!

A l'exception notable d'un aprem sympathique passé avec des potes au lac Daumesnil juste avant de partir aux US, où, galvanisée par mon entourage, j'avais réussi à pousser la distance à 2km.

--- Fin de l'historique ---

Sinon, j'ai toujours considéré que c'était le sport le plus chiant du monde.
Alors pourquoi, me direz-vous, pourquoi et dans quelles circonstances affreuses as tu payé pour cette activité que tu réprouves ?

C'est une excellente question, et je vous remercie de l'avoir posée.

Il aurait pu s'agir d'un pari, puisque vous n'êtes pas sans savoir que je suis très vulnérable à ces conneries.
Même pas.

En fait cette course avait une propriété qui me donnait envie d'y participer : c'est qu'en plus de se traumatiser les membres en les forçant plus que de raison sur du macadam, on fait ça sous une pluie de projectiles. Hé ouaip.

Rassurez-vous (je vous vois inquiets, là, derrière vos mignons écrans), rien de bien létal : ce qu'on nous balance à la gueule, ce sont des couleurs !


Les mecs qui ont inventé ce concept sont des génies : en lieu et place du sport le plus ennuyeux de l'univers, l'épreuve devient ludique. Et qui dit ludicité, dit DO WANT!! pour moi. En plus les équipes marketing sont dignes de celles d'Apple : faire croire à la révolution à partir de rien, en ôtant tout le relou, et en exhubérant tout le fun : http://colormerad.com/photos/ . On n'a pas envie de se joindre à tous ces jeunes fous qui s'éclatent ??

Comme en plus, pas mal de potes du groupe VIE & associés étaient motivés par l'exercice, nous nous sommes motivés tous ensembles et avons signé cet engagement improbable.

Et euh, c'est à peu près à ce moment là que j'ai réalisé que je m'étais plongée dans une galère effrayante : comment est-ce que moi, je vais réussir à courir 5 kilomètres d'affilée ?? En moins d'un mois ?

Déjà, je remercie mes deux coachs involontaires que sont Ju et Laeti, qui ont participé à la chauffe mollet-ienne nécessaire pour avoir une base physique pour ça. Je pense que sinon, je n'avais aucune chance. Là, peut-être que sur un malentendu, si je m'y colle tous les soirs, je peux réussir à dépasser mon max.
De là à le multiplier par 2.5, il y a un monde, mais tentons le coup pas à pas.

Heureusement, dans le gang des motivés figurent Marion et Robin, péons de la course à pieds de leur état. En face de pointures comme Louis, Julie et Laetitia, on va se serrer les coudes en queue de peloton.

Bref, je me prévois des entraînements course que je repousse et re-repousse. Et pis un soir, comme ça, j'enfile ma tenue. Et je pars courir.

Au bout d'un demi-mile, je crève de soif, je suis essoufflée à mort. Pause de 5 minutes près d'une fontaine à eau. Et je repars avec difficulté dans le sens inverse pour rentrer chez moi.

Ceci se passe deux semaines avant la course, autant vous dire que je suis ultrèmement rassurée.

Les trois jours qui suivent, je prévois de retenter ma chance. Évidemment il y a toujours une bonne excuse pour annuler mon initiative. A la seconde où je m'apprête à renoncer une énième fois, je reçois un texto extrêmement opportun d'une copine qui me félicite de m'y mettre. Argh. Plus le choix maintenant, merci Carole. J'apprends de mes erreurs en évitant de manger juste avant de partir et en m'hydratant correctement.

Sans trop y croire, je me lance. Les "blocks" US ont cela de pratique qu'il font un mile de long, facile pour mesurer les distances parcourues. Je me surprends moi-même en atteignant la grande avenue qui borde mon bloc sans souci (à part un arrêt de 5 secondes parce que deux adorables labradors de 2 ans m'ont rattrapée et sauté dessus). Encore plus en réussissant à atteindre à nouveau mon avenue à moi sans décéder. Paf. Je viens de courir 2 miles, la plus longue distance de ma vie !!! Trop la fête ! Surtout que 5k ~ 3 miles. L'inatteignable semble se rapprocher un peu...
Si seulement ce n'était pas si ennuyeux.

Afin de m'encourager et de continuer mes efforts, j'investis dans un casque audio spécial sport, et un brassard dans lequel glisser son portable. Avec un peu de bol, la musique - si talentueuse pour adoucir les moeurs - appliquera sa qualité à l'ennui également.

Maintenant que je sais que je suis capable de courir, plus besoin de me cacher, l'activité devient gérable en groupe. On s'organise des sessions avec Marion et Robin pour se fortifier et être prêts pour le jour J.
 Réception des paquets de course... On n'est plus très loin.
Dedans : un t-shirt souvenir, des chaussettes hautes trop classes, un tatoo à la con et of course, un dossard.

Qui arrive très rapidement. La consigne : être tout de blanc vêtu, pour être le plus "vulnérable" possible à la couleur.
 Avant. 
Les lunettes de soleil, c'est plus pour se protéger les yeux des projections qu'à cause de l'astre
 Pas vraiment une course comme les autres : on n'est pas chronométrés, on part un peu quand on veut (vagues toutes les 20 minutes), il est possible de tout faire en marchant. Et ils font une préchauffe à coups de musique de boîte qui tâche. A 9h du mat' !

Aaaaand ... goooo ! Nous partons avec la seconde vague.
Remarquez mon style chaussettes-ghetto.
Remarquez aussi la watermark sur la photo : des pros ponctuaient notre trajet et prenaient des gens aléatoirement
 Ju a également pris sa gopro pour immortaliser l'évènement. Tous les appareils électroniques non étanches étaient fortement déconseillés.
Déroulement : bah euh, on court (surprenant, hein ??). Et grosso modo, tous les kilomètres, on nous balance de la couleur à la tronche. Parfois sous forme de poudre, parfois sous forme de gel. Celui-ci est ultra tenace !
 De drôles d'oiseaux peuplent la course : des gens qui marchent en famille,
dont une petite fille qui a ses règle.
(Crédit blague : Ju, qui a un sens de l'observation au taquet !)
 Des coureurs plus ou moins déguisés. Celle-ci est aux couleurs de la course, appelée "Color me Rad".
Rad, c'est pour "Radical", c'est un synonyme un peu hippie de "Génial".
Truc sympa : la course se déroulait en plein Détroit, près du front de mer lac.
Mine de rien, les couleurs s'agglomèrent rapidement. 
Juste avant l'arrivée, nous repérons un photographe sur le bord de la route. Comme on a un peu d'avance à ce moment là, on passe devant lui pas moins de trois fois, et on récupère une demi-douzaine de photos.
 
Et voilà !!! On l'a fait !!! 5 kilomètres, à un rythme bien lent comme il faut en ce qui me concerne, mais 5 kilomètres quand même !
Après l'effort, le réconfort : on va immortaliser notre performance.
Pour récupérer les photos, il fallait qu'au moins un numéro de dossard soit clairement visible. Du coup, quand elles ont paru, nous avons enfilé nos petits costumes d'archéologues pour en déterrer certaines.
 Après. Remarquez que même étanche, la gopro a pris cher.
 La pluie n'aura fait que menacer, mais la caravane est passée.
 Une rimbam-belle brochette.
Le fond de teint pour le visage seulement, c'était avant.
 
L'animation continue sur scène : on se fait distribuer des sachets de poudre qu'on balance de manière synchrone. Le rendu, à 500 personnes, est dingue.

Après une bonne demi-heure de danse et autres projections farineuses, on dit bye bye à la course.
Après. Un dernier selfie avec le renaissance center en arrière-plan, quand même
(j'en connais deux qui sont contents d'avoir ôté leurs lunettes de soleil !)
 
Une chose est sûre, notre arrivée à la boulangerie un peu classouille de Midtown Avalon n'est pas passée inaperçue, on a déclenché quelques sourires autour de nous.

Bref, courir c'est chiant, mais dans certaines circonstances ça peut devenir vraiment sympa. En bonus, pour vous... le montant des travaux avant la douche.

Attends, tu courais avec un bandeau blanc au dessus d'un bandeau couleur chair ? Non ? Ha ouais, joli ripolinage.


20/04/2015 Canyons en Utah - Last but not least

Et nous voilà debout pour cette dernière matinée de Canyons, avec au programme de cette journée des retrouvailles avec le Lion de fer de Bob Marley. 
Dans Zion, il y a des balades choupinettes, comme celles que nous avons parcouru le premier jour. Il y a aussi...

* Début de la cinquième symphonie de Beethoven *
(Je suis curieuse de savoir si elle se mélange avec du reggae dans votre tête ??)
 
Angel's Landing

* Suite de la cinquième symphonie *


Cette randonnée fait la fierté du parc : réputée pour ses points de vue inégalables, elle est également tristement célèbre car 6 personnes sont décédées en l'entreprenant. Etant donné que des milliers la tentent chaque jour, ça fait un ratio faible, mais disons que cela contribue à l'effet Ludwig Van de la bestiole.
Son joli nom provient du fait que ces roches sont si hautes que seuls les anges peuvent y atterrir. Fichtre, quand ils sortent de leurs habituelles dénominations à la "Rocky moutains" "Greenfield" "Sunnyvale", les amis américains sont quand même capables d'un peu de poésie. Je crois que je préférais tout de même l'ancienne appellation du lieu : "Temple d'Eole".

En tant qu'européennes sensibilisées à l'effort, organisées et habituées à ce genre de challenge, nous choisissons la meilleure heure pour le départ : peu avant midi. Bon, on se maudit un peu de notre flemme du matin parce que le dénivelé de cette escalade est ultra concentré au début, et on va donc se le taper sous le méga cagnard. Ca cogne. Et ça grimpe. Et ça cogne. Et ça grimpe. ...Vous me suivez ? 
Ha ouais, même vous me dépassez.

 Le début de la montée, on est souriantes, on s'ébaubit devant ces massifs rocheux toujours aussi bluffants...

Je suffoque à moitié (pas seulement d'admiration pour dame nature, il faut le confesser) et sens chaque fibre musculaire de mes mollets à mesure de la montée. Julie fait également une ou deux pauses pour boire et souffler un peu. Laetitia, en mode ancienne triathlète badass "Bitch please, I'm from Detroit", se tape tout d'une traite, soit 450m de dénivelé en environ une demi-heure.

Oh le mignon petit sentinou

Une fois cette partie pavée et bien délimitée achevée, on passe en mode escalade ! En guise de chemin, des pitons métalliques plantés à même le grès, reliés par des chaînes de foufou. Ce qui n'est pas pour me déplaire (cf mon fétiche rocailleux mentionné ça et là dans les articles précédents).
 Donc, d'après le pictogramme, on va pouvoir faire du trampoline ?
 Corniiiiiiiiche \o/

Cette partie-là de la marche est nettement plus courte qu'on ne l'imaginait ! Nous voilà au sommet super rapidement. La vue est ouf, il faut bien l'admettre !




Par contre haha, c'est bien une rando d'américains, et dire que ces petits joueurs ont prévu qu'on passe 4 à 5h dessus, lolilol, on leur pète la gueule !
Les filles sont un peu déçues, je suis trop occupée à grimper sur la plupart des rochers et à me gaver d'admiration pour les autres ("NON MAIS TU VOIS PAS COMMENT CES FINES STRATES SONT DINGUEMENT FOLLES ??") pour rejoindre leur opinion.

"On va quand même voir un peu le panorama de l'autre côté avant de redescendre ?"
"Tant qu'à faire !"
Oooohhhhh, c'est jol...
MAIS ATTENDS UNE SECONDE !
Ca continue par là, en fait ! On n'est pas du tout arrivées !!

Et donc nos corbaquettes, honteuses et confuses, jurèrent mais un peu tard qu'on ne les y prendrait plus. Afin de se faire oublier après ces propos imbus et diffamatoires, nous nous jetons la tête la première dans la suite de cette ascension. (Au figuré, hein. En vrai, c'était les pieds et les jambes qui géraient l'avancée).
Bon, et à partir de là, je suis sur mon petit nuage. Même plus besoin de sortir du sentier pour m'adonner à ma passion d'"escalade" rocheuse : il s'agit de l'essence même du sentier. 
Ô joie, ô quel espoir, ô rochesse mon sourire, ai-je donc tant vécu juste pour te parcourir ? (©‎ Le Cidre, Corbeille)
 Disneyland ? Pourquoi faire ?
Erosion ++ !

A partir de ce moment, le sourire extatico-débile est donc de rigueur. Evoluer sur une mince lande de roche à la sécurité douteuse entre deux ravins à pic peut en rebuter certains, en ce qui nous concerne c'est plutôt "où est-ce qu'on signe ??". Seul défaut de notre épopée : le chemin est assez blindé, et comme nombreux sont les endroits où l'on ne peut se croiser, on attend (ou alors, des fois, on montre notre impatience aux lents - aussi parfois dénommés Gros Pus - en prenant un itinéraire bis, comme les déglingos que nous sommes). C'est l'occasion idéale pour faire plein de chôlies photos.













Est-il besoin de mots ? Absolument pas.
Seulement, j'aime polluer, aussi vais-je continuer à gloser.

On arrive finalement tout au bout. Vue de ouf tagada dry. J'ai voulu prendre un super panorama mais mon téléphone ne l'a pas enregistré (quant à l'appareil photo, il était décédé depuis la veille).

Sur votre gauche, une vue à tomber par terre (mais attention, c'est un peu haut)
Sur votre droite, un canyon incroyable à perte de vue (mais attention, vos yeux seront utiles sur le retour)
 
L'avancée finale du périple et une interprétation libre d'Envole-moi

Finale ? Pas tout à fait, on peut descendre au niveau des kerns ! (Et y faire du JJG à nouveau)
Là j'avoue que je ne fais pas la fierotte, parce qu'il y a une inclinaison à 15°, et aucune sécurité qui t'empêche de rejoindre le choupi cours d'eau qu'on voit serpenter plus bas. 

 
Après un très frugal repas (chaleur à crever oblige), on se remet en route vers le plancher des vaches des dindes, des écureuils, et des biches.

 Sincèrement, comment la végétation survit-elle ici ? Il n'y a pas une once de terre !
 Ju, seule au monde...
 Le rocher de la méditation, repéré à l'aller, est libre : GOGOGO !
 "Correction je connais ton père"
 Faut pas avoir les jambes lourdes, Ju !
Strenuous ? Hazardous ? C'est pour les faibles.
La descente finale est tout aussi impressionnante que la montée du début. Je me remercie d'avoir des genoux pas trop en carton.
Big up au couple de français croisé en sens inverse : ils portaient chacun un enfant sur leur dos, en étaient aux deux tiers de l'ascension, et se causaient joyeusement comme si de rien n'était. 
Transpirer et avoir du mal à respirer ? C'est pour les faibles.
Dernier craquage sur l'improbabilité des caillasses locales...

Et nous faisons nos adieux aux canyons, pour cette fois-ci. Direction Vegas dans la super Toyo, où, après un mic-mac pas possible à base de sac de voyage pété, nous passons en quatrième vitesse dans la vieille ville pour voir les casinos "d'antan". Histoire de, on dépense 1$ chacune sur des bandits manchots, et ensuite c'est le rush...

On finit par se débrouiller avec les bagages en les casant un peu n'importe comment et en squattant à mort la valise de Ju (perdant au passage la trousse de toilette de cette dernière). Petit cafouillage de trajet, galère à trouver une station essence, parking des voitures de location planqué, on arrive à l'aéroport de manière un peu trop just pour être détendues. Heureusement, la sécurité est quasi vide, on arrive à notre porte juste à temps.

Un vol de nuit plus tard, nous atterrissons à Detroit. Petit détour douche à la baraque, et c'est parti pour une journée de boulot productive au possible... 

L'idéal pour repenser à ce voyage génial. Un dépaysement incroyable. En bonne compagnie. Et diantre, tous ces rochers :')