mercredi 27 mai 2015

15/03/2015 Saint Patrick's day

Après toutes ces péripéties en février, il fallait bien se reposer le mois suivant.

Ainsi je restai à Détroit la plupart du temps (enfin dans la banlieue, les habitants s'avèrent être assez puristes en ce qui concerne "The D"), avec un petit passage immobile dans l'appartement illustré dans un article précédent concernant ma petite n'oreille droite.

Un paquet de gens du groupe "VIE et plus si affinités" avaient décidé de partir à Chicago pour célébrer la boisson houblonnée la plus populaire du monde l’évêque du Vème siècle évangélisateur de l'Irlande et je faillis être de la partie. Sauf que pour une fois, mon portefeuille a réussi à crier assez fort pour dépasser ma surdité passagère et me faire demeurer au bercail.

Comme il ne faut pas pousser mémé avec le dos de la cuiller, quand même, un petit groupe d'autres VIE restés sédentaires pour l'occasion décidèrent de voir comment l'évènement était célébré dans la ville capitale du Michigan (qui n'est pas son chef-lieu, d'ailleurs rappelons que c'est très rarement le cas aux Etats-Unis).

Nous décidâmes donc d'y aller de bon matin afin d'assister à la parade puis d'aller tâter de l'ambiance très...fle de Corktown, le quartier irlandais. Malheureusement, notre définition des aurores (= 14h, comme chacun sait) ne nous permit point d'assister au défilé de leprechauns, pompom girls et autres créatures celtiques. Qu'à cela ne tienne, nous attaquons directement la phase numéro deux.

Notre seul aperçu de la parade : cette petite hutte à saveur très armoricaine

A peine arrivés, premier constat : les rues sont noires, ou plutôt vertes de monde. Incroyable, cette ville semble toujours si déserte d'habitude qu'on ne peut s'empêcher d'avoir un sourire qui affleure aux lèvres. En outre, tout le monde joue le jeu du vêtement aux couleurs de l'Irlande, ce qui donne un côté bien agréable.

Deuxième constat, tout aussi extravagant de positivisme: c'est la mi-mars et le temps est fou ! Il fait un soleil radieux, une température qui permet de laisser son manteau à la maison (on rappelle pour les novices qu'une semaine avant, on se tapait du moins quinze... et c'est revenu après, mais ce jour là fut béni et nous badigeonna d'enthousiasme !), bref les éléments semblent sourire à cette célébration des américains d'origine irlandaise et de tous les incrusteurs qui en profitent.

Le soleil est tellement fort que nous sommes EBLOUIS. Mais non, vous ne rêvez pas !! 
(De gauche à droite : Marie, Marion, Robin, Lyse, Alain)

Nous passons l'après-midi dans un pub fort sympathique qui nous régale de denrées plus ou moins authentiques du pays du Connemara et de Molly Mallone (je déplore d'ailleurs de n'avoir entendu aucune de ces chansons de la journée, même si j'avoue avoir eu assez peu d'espoirs pour la première)(au bout d'un moment nous avons pallié à cette absence, vous voici rassurés).

L'atmosphère est très festive : des jeunes, des vieux, des grands, des petits, des irlandais d'origine, des gens d'ailleurs, tout se mélange et ça donne un melting pot à consonance bien familiale. Pour assaisonner le tout, un groupe pas mauvais du tout joue des morceaux traditionnels que les connaisseurs meumeumment alors que les incultes (C'EST NOUS \o/) apprécient simplement.

 Nous avons même eu la chance de danser avec une véritable lépréchaun.
(Ce n'est pas très gentil, cette dame était adorable)



Dans cet endroit un peu plus authentique que d'autres, pas de bière verte à la con (tradition purement américaine pour l'occasion : ils ajoutent du colorant vert à leurs boissons pour faire "plus irlandais". Savez-vous d'ailleurs que les vrais irlandais ne se déguisent pas en vert ?? Hé ouais, ça fait partie du folklore commercial de l'export de cette fête !), quasiment toutes les pressions étaient importées.

Le groupe, dont le bassiste s'est écarté à un moment pour faire monter monsieur Polo Vert sur scène. Celui-ci n'avait visiblement aucune idée de ce qu'il foutait là, mais ne s'en offusquait le moins du monde, pour le plus grand plaisir du public.
 
(Pour les So@tiens, si certains passent par là : vous ne trouvez pas que le bassiste en question est un clône d'Hugo P. à qui on aurait déteint les cheveux ? Cf ici)

Le bar a également une choupi terrasse pour l'occasion sur laquelle joue un instrumentiste-qu'on-ne-tolère-qu'en-irlande-ou-en-ecosse-quand-on-est-en-vacances-et-éventuellement-à-la-Saint-Patrick-si-on-est-de-bonne-humeur. Vous avez bien deviné : il s'agit d'un pianiste ! Qui aurait troqué son arme de prédilection contre un bignou. Sur ce coup, je ne suis pas malheureuse d'être à moitié sourde, et c'est la mauvaise oreille que je tends vers ce son si particulier.

Vous l'aurez deviné : ce n'est pas la terrasse, mais la seule photo qu'on à dessus est très floue.

Nous nous rendons ensuite en centre-ville pour nous y sustenter. En passant, l'arrêt à un second pub (pour tenter de profiter de son toit-terrasse) nous effraie : à 17h seulement, les gens sont principalement des épaves. Ce qui nous incite à fuir vers un resto dont le doux nom suffit à évoquer les belles landes irlandaises (ou pas) : le Santorini.

Puis nous nous maudissons d'être allés si loin, puisqu'avec la tombée du jour chutent également les températures. Bas. Très bas. Assez bas pour provoquer des envies de courir chez des gens généralement imperméables au sport.

Il n'empêche que ce premier jour de beau de temps de l'année aura fait beaucoup de bien au moral des troupes, et que tout ce vert aura bel et bien annoncé le printemps.


vendredi 15 mai 2015

25/02/2015 Il n'y a que Vail qui vaille

Haaaa, ça m'avait manqué ces jeux de mots moisis en titre. Pas vous ? 
Comment ça, "Non !!!" ?

Je l'avais souligné plutôt, Février a été le mois des voyages. Quoi de plus naturel qu'il se termine avec un périple fort fort lointain ? Pour la première fois de ma vie, j'ai ainsi passé la ligne médiane des Zunitaide Statèces pour me retrouver dans le Colorado.

Le plan : 4 jours dans les montagnes Rocheuses, dont trois à skier, logement à huit dans un chalet. A cette proposition, le coeur bondit et rugit "YES !!! Fonce ma grande !!". Le portefeuille bondit et rugit "Mais ça va pas dans ta teu-tête !?? Je sais que tu n'es pas finaude, seulement arrête d'oublier le "D" dans découvert, nom d'un ornithorynque mercurien !"

Ignorant soigneusement l'interpellation insultante de cet accessoire pécuniaire, qui décidément l'ouvre un peu trop pour amas de peau de vache décédée (sauf la partie avec le mammifère monotrème : je suis évidemment favorable à leur émancipation galactique), je passe un second mois de l'année haut en gastronomie et bas en ressources financières.

Fort heureusement, je sais que la paie des VIE tombe souvent autour du 25, je devrais donc pouvoir être requinquée avant de partir à la neige et de pouvoir tout claquer avant même que mars soit commencé. Elle est pas belle, la vie ?

Nous covoiturons joyeusement vers l'aéroport avec Louis et Ayaz, transportés par leur coloc Syed qui ne se joint malheureusement pas à nous mais qui fait adorablement office de taxi. Ayaz, en bon canadien, est souriant, car il ne sait pas encore ce qui l'attend.... 
96 heures entouré de sept français. Sept français dont les traditions montagnardes consistent à manger du fromage qui pue à toutes les sauces, alors que lui-même n'aime pas ça. Sept français qui savent parler anglais... mais qui préfèrent fort égoïstement leur langue maternelle. Oui, vous pouvez revoir votre définition de l'enfer.

Tout le monde se rejoint joyeusement à l'aéroport, pour prendre l'avion avec Southwest. Cette compagnie est ultra populaire pour les vacances au ski étant donné qu'ils offrent deux bagages en soute gratuits. Comme quasi tout les participants avaient leur matos de glisse, ça devient très intéressant.

Pour la première fois, je profite de mon casque insonorisant Zik dans l'avion. Je dois bien avouer que c'est du bonheur à tartiner, et si cet espace a été plus ou moins dépourvu de publicité jusqu'à présent, je peux vous dire que c'est un produit que j'aurais acheté si on ne me l'avait pas offert !

Nous débarquons à....


(Préparez-vous)


La ville de....


 DENVER

LE DERNIER DINOSAURE. C'EST MON AMI ET BIEN PLUS ENCORE (??) !
DENVER
LE DERNIER DINOSAURE. Vient d'un monde jamais vuuuuuuuuuuuuuuuuu encore.

Etant donné que j'étais la seule à avoir cette chanson en tête tout le séjour (dans un groupe 8 personnes de notre génération !!! Ces pauvres petits n'ont pas eu d'enfance !), je me venge en vous pourrissant par blog interposé.


Atterrissage à 22h, le temps de prendre les voitures, faire les courses pour le séjour, et de rouler jusqu'à notre destination montagnarde de Vail, nous y serons au mieux à 2h30 du mat'. Outch.

Et je ne crois pas si bien outcher, puisqu'à l'arrivée à l'agence de location, on nous informe qu'à cause des chutes de neige importantes, l'autoroute vers l'ouest est purement et simplement fermée.

Qu'est ce qu'on fait ? Hotel ? Tentative ? Chargeons déjà les voitures avec tout le matériel, ça devrait nous occuper deux minutes!

Ou alors cinquante.
Mine de rien, deux paires de skis et trois snowboards, avec les chaussures qui vont avec, ça prend un paquet de place. Ajoutons à cela les bagages volumineux à base de combis moumoutées, et de quoi nourrir huit personnes pendant quatre jours, et il n'y a plus d'espace pour les gens.
Donc on change de voiture pour prendre une normale et un méga mastodonte à quatre roues motrices. Nom de code : Suburban.
Non, les personnes sur la droite ne sont pas naines. 
C'est juste la tuture qui est gigantesque.

En tant que professionnels de l'optimisation, nous lançons une première équipée aux courses pendant que les autres tentent de négocier et de charger nos fournitures. On ne sait pas si on pourra dormir au chalet, donc tant qu'à faire, autant s'occuper !

La route est toujours bloquée lorsque tout est prêt. On se dit qu'on peut déjà tenter le début du trajet, et trouver un motel pourrave sur le bord de la route quand on arrivera au niveau où ça s'arrête. Bon, le truc c'est qu'un petit check nous informe qu'il n'y en aura pas du tout, passé un certain point. On ignore ce renseignement, inconscients que nous sommes, et roulez jeunesse !

Les conditions ne sont pas optimales : il neige comme si tous les ours polaires victimes de la fonte des glaces avaient filé leur pelage en offrande aux nuages. Qui nous les rebalancent copieusement à la gueule. Fort heureusement, nous sommes aux US. Ici, les routes de montagne sont des autoroutes bien droites. Mère nature, ainsi que les bagnoles qui n'encaissent pas la pente à 15° tout du long, elles n'ont qu'à aller se faire voir ailleurs ! Le gros 4x4 a une inertie de ouf et nos conducteurs ne sont pas totalement rassurés...

Après deux heures de route, petite vérification : l'un des barrages routiers lié à un accident n'est plus là, mais celui devant Vail persiste et signe. Groumpf. Pas le choix, nous continuons.
A trois heures, nous l'atteignons. Et là, magie magie, deux déneigeuses viennent d'arriver et nous déroulent le tapis gris. Jamais été si contente de rouler à 30 à l'heure derrière ces bestioles.

Finalement, complètement crevés, nous parvenons au chalet à 4h (soit 6h du mat' en zone de Détroit). C'est donc l'heure parfaite pour aller s'écraser comme des merdes sur nos matelas ranger les courses et placer les affaires pour le lendemain ! Youhou !! Heureusement, à huit, on parvient à optimiser comme il faut, et il ne nous faut pas longtemps pour rejoindre Morphée...


... quatre heures plus tard, le réveil est très très très très douloureux.
Cependant, la fatigue s'amenuise (juste un chouïa, faut pas déconner non plus !) en admirant un peu les alentours : la maison est gigantesque, du jamais vu en montagne pour des européens. 3 chambres dont une suite parentale énorme, 2 salles de bains, un grand hall, un beau salon-salle-à-manger avec une cheminée, une petite cuisine reliée à ce dernier, et évidemment un gros garage (nous sommes bien aux US !).
Et bonus, la vue depuis le salon est plutôt choupinette
 Toute la troupe au matin du premier jour. Fraicheur de vivre.
 Dernier rang : Nicolas, Louis et Adrien
Second rang : Marie, Ayaz, Yves et Mathilde
Devant : Quentin

Tout le monde a son matos, sauf Mathilde, Quentin et moi. Direction Vail village pour récupérer nos réservations. Une super navette gratuite est mise à notre disposition par la ville. On n'a pas trop idée de l'endroit exact où descendre, heureusement les locaux sont adorables et nous indiquent la boutique généreusement. J'ai bien sûr pris le package des petites frappes, et remarque que mes compagnons ont opté pour les skis de pro. Qui plus est, ils connaissent tous les modèles et sont capables d'en demander des spécifiques par rapport à leur façon de descendre.

Uhm. Ca sent le sapin, là, où c'est moi ?

Notre équipement récupéré, nous marchons à la station, et décidons d'un commun accord de commencer par nous échauffer doucement sur des pistes mignonnettes. Haaaa, parfait.

Bon, je constate très rapidement qu'on n'a pas la même définition de "s'échauffer doucement". Quentin, qui s'est pété la cheville il y a six semaines (sur un trampoline, coucou Steph ! Mais sans alcool ;-)), et qui n'était pas sûr de pouvoir venir il y a encore trois jours, dévale une bleue non damée en quelques secondes. Mathilde a cette façon de skier très fluide, quasi artistique des gens qui ont grandi près de la montagne et en ont profité toute leur vie. Alliée à une vitesse de pointe proche de celle de Quentin, sinon ce ne serait pas drôle.

Moi aussi je skie de façon artistique. Plutôt dans un mouvement abstrait, par contre. Proche du cubisme.
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Petite rétrospective : petite, j'avais la chance de partir au ski assez régulièrement. Disons tous les deux ans. Sauf qu'en bonne enfant ingrate que j'étais, je n'aimais pas ça. Les cours me gavaient, j'étais toujours bonne dernière, et comme nous y allions hors saison (merci à ma santé fragile qui me valait des prescriptions de ce genre !), les autres élèves étaient tous anglais. Donc la communication et le fun avec les autres enfants, pas trop ça. Ajoutez à cela le fait que ma patauderie naturelle m'empêtrait dans mes skis dès que nous devions les porter : le matin, je tentais toujours de trouver une excuse pour éviter d'y aller. 
Puis j'ai arrêté d'aller aux cours, croyant que ça allait m'aider à apprécier la discipline. J'étais toujours nulle, et j'en avais d'autant plus conscience que je skiais avec mes tueurs de cousins qui collectionnent les coupes et autres décorations chamoisines métalliques.
Puis il y a eu l'IIE, et on m'a convaincue de rejoindre les autres au ski, parce qu'ils manquaient de participants. A force, j'ai marché. Et là, génial !! Tout mon groupe avait un niveau moyen, comme moi, on appréciait les mêmes types de descentes, on se faisait le même genre de petite frayeurs, bref on se gavait dans notre médiocrité et c'était parfait ! Quelques expériences de ce genre m'ont convaincue qu'en fin de compte j'aimais le ski.

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Mais cette première journée, diantre, que ce fut dur. Après avoir rejoint le reste du groupe, nous faisons deux petites bleues bien damées. Du bonheur : il fait beau, la neige est splendide de fraîcheur, les pistes sont larges et très peu peuplées, on profite tous. Et là vient la petite phrase innocente : "on va sur l'autre versant" ?
Bah oui, tiens, pourquoi pas, varions les plaisirs !


J'ai l'impression que Mathilde, derrière l'appareil, cherche à nous faire passer un message... Mais lequel ??


Sauf que l'autre versant, c'est l'antre profonde de l'enfer. Toutes les pistes sont d'un noir de jais. Et n'ont manifestement pas vu de dameuse depuis une vingtaine d'années. Les cinq experts se font plaisir dans la poudreuse, les deux niveaux moyens snowboard galèrent légèrement, alors que la niveau moyen en ski, loin loin derrière, est vraiment à la peine.

Suite à cela, je m'arrange pour éviter les noires. Je m'ignorais si raciste.

Le plan des pistes du versant principal


Petit point sur la station Vail, et les rocheuses en général : c'est amusant, car le paysage est très différent de l'idée caractéristique des chaînes de montagnes que l'on se fait en Europe (basée sur les Alpes). Ici, très peu de pics : tous les monts sont très hauts (altitude de la station de base : 2500m), mais ne se découpent pas les uns par rapport aux autres, donnant l'impression d'un gros amas de collines surélevées comparé à la silhouette saccadée typique de nos montagnes. 
La conséquence, c'est que les flancs sont assez doux, et du coup les pistes praticables sont très larges. De ce fait, le balisage le long de la descente est quasi absent : il est très dur de sortir de la piste. Perso, par mauvais temps, ça me manquait quand même.

Les courbes assez douces des Rocheuses

Technologiquement, j'ai trouvé qu'ils utilisaient nombre de télésièges comparé à ce que j'observe par chez nous, et ceux-ci sont très rarement débridés (décidément, les sports d'hiver sont le temple de la discrimination raciale !! Sans doute pour ça qu'il y a environ 80% de blancs qui les pratiquent ?). Très peu de tire fesses, aucun tapis roulant. Les télécabines sont surtout utilisés pour t'emmener d'une station à l'autre ou d'un parking en contrebas vers le rond-point des pistes. 

Leur catégorisation ne comprend que trois couleurs : vert, bleu, et noir. Leurs noires simples correspondent plus ou moins à nos rouges, alors que les doubles sont à l'image de nos noires. De toute façon, d'après moi, la pire piste, si elle est damée, sera plus simple qu'une bleue  laissée à l'abandon.

Ils utilisent également des forfaits magnétiques, sauf qu'ils ne le scannent qu'au bas des pistes : ils estiment que si tu arrives à monter plus haut, tu es obligé de passer par là. Et faut croire qu'ils ne font pas trop de stats sur les itinéraires des gens.

Parlons-en, des forfaits. C'est CHER. Vilainement. Pour trois jours de ski, 336$. Sachant que la station possède 31 remontées mécaniques. A titre comparatif, un pass 3 Vallées de la même durée coûte au maximum 168€. Pour 200 remontées mécaniques.
En gros, aux US, il faut vraiment le vouloir, pour skier. On va dire que c'est à moitié compensé par le fait que les logements soient moins chers...

Revenons à nos moutons (dont la peau laineuse rappelle la neige, c'est quand même bien fait). Dans l'aprem, il se met à faire moins beau. Nous continuons pourtant à skier au début. Vers trois heures, le cocktail 4 heures de sommeil + poudreuse de partout + transition violente vers l'altitude + reprise d'une activité physique intensive + visibilité maintenant très réduite (+ dans mon cas : passer la journée à suivre des gens balaises, crève bien ancrée, et combi trop serrée qui m'empêchent de respirer) lève son tribut sur nous. On est excessivement morts, crevés, rincés, exténués. 
Louis et moi les pires. 
Le trajet à pieds vers la navette manque de me voir tomber dans les vapes tant je galère à respirer. J'évolue à deux à l'heure. J'ai beau voir que le bus arrive, impossible d'accélérer, je le fais donc louper aux autres.

On finit quand même par récupérer la navette qui nous amène à la maison. Au programme : détente max. Pour cela, on a la recette parfaite.

Pour commencer : Musique et Feu de cheminée dans les canaps

Puis, direction le jacuzz', commun à l'ensemble des chalets du bloc, mais vide. Qui est excessivement génial.
Enfin... peut-être un chouïa trop chaud...

... Mais comme ça tombe bien ! Il est relié à une piscine extérieure bien fraiche qui est en partie à l'intérieur et dispose d'un couloir vers l'extérieur.

Et même une mini cheminée au gaz dehors. Du rêve.
Louis, ci-dessus, fait bien illusion de douce tranquillité. En vrai il se pèle les miches, et surtout les pieds : il fait moins 20 et le sol est FROID.

Adrien et moi nous collons à la popote. Comme la journée a été dure, on opte pour un plat facile. Bien nous en prend : la cuisine, trop mignonne par son côté vintage grâce à ses appareils ménagers des années 60, s'avère horriblement lente à chauffer quoi que ce soit. Bouillir l'eau des pâtes nous prend une heure et demi. Comme les gens insistent qu'ils ont faim, nous mettons deux kilos d'un coup. Erreur fatale : les pâtes au fond crament et coagulent, alors que celles du dessus restent trop croquantes. Nous arrivons ainsi à créer une nouvelle saveur : les nouilles fumées.
Verdict : un goût intéressant aussi bien qu'inattendu (traduction : c'est dégueulasse !). Malgré la bolo maison mitonnée avec soin.
Nous avons réussi à rater des pâtes. -10 points pour la gastronomie française. J'ai honte.

Et maintenant que j'ai bien épilogué, les journées suivantes en images !

Le lendemain, Ayaz, Louis et moi a.k.a. "Le club des moyens" décidons d'aller tester les pistes de Breckenridge, une station à une heure de route à laquelle notre forfait donne également accès.
Pour cela, nous nous levons à une heure indécente. La récupération ne sera pas de la partie aujourd'hui non plus !
 

 Le gros avantage (ou inconvénient, voyez les choses comme il vous plaît) de descendre des pistes avec des snowboarders, c'est qu'ils doivent remettre leurs fix' à chaque fois, procurant des pauses parfois bienvenues.

(Et aussi ça donne l'impression d'être trop rapide sur les plats, et utile quand on les aide à s'en dépétrer)

 Le temps est au beau fixe... Ha non, il nous neige sur la gueule toute la journée.
 
Par contre, ici, ils kiffent la dameuse bien plus qu'à Vail (station privilégiée des bons skieurs), et du coup nous sommes super à l'aise sur les pistes. 
Sans compter que nous allons à la même allure, bref, n'en déplaise au mauvais temps, nous passons une excellente journée ! 
 
 
Grâce à une superbe combo d'erreurs de parcours de la part de Louis et moi, nous nous retrouvons sur cette piste mignonne qui slalomme entre les chalets. Sympa. Sauf qu'au bout de la piste : rien. La route.
On devra marcher 20 minutes avec tout notre barda (et toujours cette combi serrante) pour rejoindre le télécabine.

Heureusement, Laetitia m'a prêté son "écharpe" en néoprène magique pour lutter contre le froid. Ultra efficace.
Le petit café amélioré que nous prenons constitue également une aide efficace contre les éléments.

Je suis mauvaise langue, nous avons eu quelques éclaircies.
Truc rigolo à Breckenridge : il y a 5 micro-vallées sur ce versant-ci. Usuellement, les gens trouvent des noms poétiques et naturels pour appeler celles-ci. 
Ici, non, c'est format à l'américaine pratique et pragmatique : on va les numéroter ! 
 
En fin d'aprem, après avoir parcouru les pistes comme des petits fous, nous rentrons au bercail.
 
Où nous apprenons que les autres n'ont pas eu un flocon de la journée. Deg. Regardez plutôt !




*
*   *
Petit point météo.
Avant, je croyais que nos services, en France, étaient nuls à chier.
Depuis que je suis aux US, je commence à vouer un culte à nos chères Catherine Lagarde et autres Sébastien Folin, parce que leur précision est dix fois meilleure que celle de n'importe quel service météorologique d'ici.
Tous les matins, on regardait le temps qu'il allait faire.
Tous les matins, les indications contrastaient avec ce qu'on se récupérait vraiment en journée. 
Sérieux, leurs informations sont valables uniquement à quelques heures près. Et c'est également vrai dans le Michigan.
*    *
*
Le soir, rebelote hot-tub, piscine, détente et tout le tintouin.
 
Afin d'avoir un repas valable cette fois-ci, nous nous rendons à Vail village après l'apéro, dans un resto bien classouille dont le prix est à l'image de la qualité de la nourriture. 
(Et pour info, le portefeuille a encore une fois manifesté son mécontentement.)
 Joli mélange de matériaux traditionnel et de composition moderne pour la déco
La maison se dénomme Lancelot, si ce n'est pas chevaleresque, ça. 
Et, ironiquement, leur viande est à se damner.

Après ce merveilleux repas, nous nous retrouvons à devoir attendre la navette pour une grosse demi-heure. Ainsi soit-il, nous la en ferons bon usage en visitant le petit village de Vail.
 On peut saluer l'effort de mettre des choupis bâtiments aux allures très alpines, et d'avoir fait paver les rues, ça donne un véritable air de village piéton, très rare aux US !!

 Bon...
... il faut admettre que la déco est parfois légèrement kitsch, mais c'est fun. Et puis nos stations de ski sont rarement en reste avec cet esprit, admettons-le.
Au final, c'est quand même très agréable de s'y balader !
 
 
 Un dodo plus tard, nous amorçons déjà le dernier jour. Wahou, times flies.
 
 

 Après quelques pistes de chauffe, tout le monde est motivé pour passer la journée sur l'autre versant. Tout le monde, non ? Le souvenir cuisant de cette descente horrible empêtrée dans la poudreuse du premier jour, alliée à une crève qui ne s'améliore pas le moins du monde, me donne envie de rester sur les pistes plus raisonnables.
 
Mon trop beau-nnet, mon masque-mouche et moi nous la jouons donc perso.

Je skie à mon rythme pour la demi-journée, et vers 1h je me sens complètement claquée, quasi autant que le premier jour. Du coup je décide de rendre mes affaires de loc et de déambuler quelques instants dans Vail pour tenter de me munir de cartes postales.

Après dix magasins de souvenirs non pourvus, je finis par en trouver ! Et des vieillottes, avec ça ! Fichtre, les Etats-Uniens n'ont pas l'air d'écrire beaucoup à leurs proches.

Pendant ce temps, les autres découvrent le concept de BonnedameDeNeige, au détriment de Mathilde... Ce sont les deux dernières semaines de celle-ci aux US, sûr qu'on va lui manquer, après ça ;-)

Il faut bien admettre que la montagne est magnifique, du côté des bowls, où le côté sauvage ressort encore plus. Mais pourquoi sont-ils si élitistes ??

Tout le monde est à la baraque vers cinq heures pour notre rendez-vous quotidien (on aura rapidement pris le pli, bizarrement) au jacuzzi !

Vous commencez à connaître la chanson, mais le bonus de ce soir, c'était à la cuisine qu'il nous attendait !
Non négligeable, le bonus :
 Du reblochon. 
Aux US. 
Vous ne pouvez pas réaliser toute l'émotion que cela procure. 

 Les patates que vous voyez ici ont mis une éternité à cuire avec les moyens du bord. Il faut le vouloir pour manger savoyard.

Et TADAM ! La tartiflette magico-délicieuse sort du four (oui ?). Un grand moment pour les sept expatriés français. Ayaz, de son côté, s'est préparé une omelette et nous dévisage bizarrement...

On n'est pas bien, là ? Pour un peu je me croirais à Méribel.
(Et ceci constituerait la totalité de l'appartement)

C'est la fin du séjour, il nous faut aller faire notre deuil. Pour cela, back to Vail où nous allons dans un bar ambiancé.
Côté bar/boîte.

Côté lounge.
Ce flou que vous apercevez n'a bien entendu pour causes que la lumière tamisée et mes inclinations artistiques. (Et ces deux là sont celles sur lesquelles les dégâts sont minimaux...)

Nous rentrons à la maison vers 3h. Il serait raisonnable d'aller dormir. C'est pour cela qu'on lance un jeu à la con dont j'ai oublié le nom, mais qui s'apparente un peu à time's up niveau ambiance:

Un joueur a un portable avec l'app sur le front. L'app écrit un mot, représentant une action ou un objet. Les gens de l'équipe vont mimer jusqu'à ce que la personne trouve ou passe (d'un mouvement de tête vers le haut ou vers le bas, vous imaginez bien qu'on se plantait TOUT.LE.TEMPS.), une minute par tour.

Evidemment, ce fut l'occasion de nombreux fous-rires et contresens (on jouait en anglais). Au bout d'un moment, tout le monde commence plus ou moins à s'écrouler de fatigue, et nous allons nous pieuter pour la dernière fois. Craignant grandement le rangement du lendemain : il faut qu'on ait quitté la maison à 10h.

Réveil douloureux, bien sûr. Et finalement, comme tout le monde met la main à la pâte, on est super efficaces et pile poil dans les temps.
Après une grosse route et une bonne bouffe, nous faisons nos adieux à Mathilde qui s'envole ce soir-là pour ses dernières vacances à San Francisco avant de retourner au pays. 
 
 
Puis direction l'aéroport, où les files d'attentes pour Southwest est impressionnante. On ne comprend même pas laquelle va où tant elles sont longues et entremélées. Un moment, on pense qu'on n'arrivera pas à temps pour embarquer. Finalement, on arrive à enregistrer tous nos bagages in extremis grâce à un retard de l'avion. 
Le vol est silencieux comme jamais, on entend bien les mouches ronfler (à moins qu'il ne s'agisse pas de mouches !?). 
 
Arrivés à Detroit à 1h, Syed (en pyjama trop classe) nous récupère gentiment. Le réveil du lendemain pour la reprise du boulot sera encore une fois bien douloureux (c'est que ça devient une habitude !). Mais ce long week-end aura bien valu le coup : détente, bonne bouffe (uhm, majoritairement), sport, neige fraiche et grosse ambiance constituent la recette idéale !!
 
 
 
PS : Ayé ! J'ai fini février... à la mi mai. Bon.
PPS : Ayé ! J'ai mon extension de Visa ! See you in december, frenchies :-) !

mercredi 6 mai 2015

16/02/2015 Nouvelle-Orléans, la fin

Jusque-là, nous fûmes pris par le carnaval. Il surgissait à chaque coin de rue, soit sous la forme familière des chars, soit sous celle de passants déguisés déambulant sous les rues colorées de mauve-vert-or (couleurs officielles du carnaval depuis 1872, où le grand Duc russe Alexis Alexandrovich Romanoff est passé en visite).

A partir du lundi, une vraie tornade (et on ne parle pas de ce phénomène à la légère dans cette région !) s'abattit. La ville était le carnaval, nous étions la ville, la folie se poursuivait et s'intensifiait, chose qui semblait impossible tant l'atmosphère des premiers jours sortait déjà de l'ordinaire.

Mais avant de décrire ce bouquet final, petit point podologie. 
Après nos moult déambulations citadines adjointes à nos nombreuses soirées où le taux d'alcool descendait rarement à un statut acceptablement légal, Laetitia et Ludo se sont retrouvés quasiment mutilés des petons. Personnellement, je n'ai jamais trouvé qu'un pied pouvait être magnifique (sérieusement, les fétichistes, qu'est ce qui se passe dans votre tête ?), en revanche le contraire est plutôt fréquent. Une petite pensée pour ces pauvres chinoises à qui on bandait les panards pour un résultant supposément mignon (bien gerbant à mon humble avis); et une grosse pensée pour cette ignoble publicité sur les mycoses des pieds que nous a imposé la télévision française dont la seule évocation me fait frémir d'horreur. 
A bien y réfléchir, j'ai même une sacrée mémoire des pieds dégueulasses vu que le souvenir des cloques de Xavier Malisse à Roland Garros 2004 reste très présent à mon esprit. Un jour j'apprendrai à mon esprit à mieux digérer les réminiscences néfastes au lieu de s'en gorger et de les remâcher. Mais aujourd'hui, il semble que j'aie piscine...
Bref, réjouissez-vous : je n'ai pas de photo à vous partager. Sachez juste que beaucoup de bleus, de gonflements, de saignements, d'ongles pétés et de masses noires d'origine douteuse étaient impliquées dans l'affaire, provocant la nécessité de racheter des pompes à Ludo et celle de prendre le taxi pour Laeti. 
D'où mon conseil : si vous participez un jour à ce mardi gras, équipez vos panards correctement, les semelles orthopédiques ne seront pas de trop.


Revenons-en donc à notre non diététique semaine (mardi gras, remember ?). N'ayant jamais vécu dans la Rome antique, ce que je m'apprête à énoncer semblera péremptoire : les chars du carnaval de la Nouvelle-Orléans pètent la binette à celui de Ben Hur. Salement.

Déjà, il y en a plus. Beaucoup, beaucoup, beaucoup plus. Tellement plus que quand on voit l'étendue des défilés, on se demande comment ils ont assez de place dans la ville pour les ranger en temps normal. Au total, plus de 1000 d'entre eux déambulent dans les rues de la capitale Lousienne. A cela s'ajoutent près de 600 fanfares marchantes. En cumulé, les krewes (déformation créole de "crew" : les bandes) sont actives plus de 204 heures pendant la totalité du carnaval ! Ca fait HUIT JOURS ET DEMI. Le tout étalé sur un mois seulement et concentré à mort la dernière semaine.

Les Krewes c'est une vraie tradition à NOLA, certains ont une histoire plus que centenaire (Rex et Zulu sont mythiques), chacun a sa spécialité et suit plus ou moins un thème (on se doutera qu'avec le nombre incroyable de véhicules, on s'approche souvent du "moins"). L'un des trucs de dingue de cet évènement, c'est qu'il n'est pas clairement organisé ! Chacun des krewes se prépare dans son coin et réserve son spot horaire. La mairie n'encadre qu'au strict minimum, la police donne des permis de parader mais sans coordonner la cinquantaine de groupes qui va défiler. D'ailleurs nos amis poulets seront présents pendant la parade mais distants. Et puis, pas de barrière, tous les chars sont touchables par le premier péon venu.
Pas de sponsors acceptés pour les crews. Ils sont financés par les membres (cotisations + achats de marchandises) et par des projets de collectes de fonds mis en place toute l'année. Chacun des Krewes est complètement autonome. Et  pas une thune n'est dépensée pour faire sa promo : les touristes viennent d'eux-mêmes !
Bref, cet évènement, à l'instar de la ville qui l'accueille, c'est un gros bordel festif, on comprend pas trop comment ça peut si bien se passer mais tout se met en place merveilleusement.

Tout ça pour dire que, jusqu'à présent, pour moi, un char de carnaval, c'était ça :
C'est pas mal, c'est sympa, mais ça aurait pu être fait par une classe en travaux manuels (on distingue le papier d'alu sur l'une des tourelles, personne ne doit se tenir dessus, pas besoin de solidité dans la structure).
Maintenant, en revanche...






Mais nom de Zeus Bacchus ! Ils sont tous magnifiques, sans exception ! Et énormes ! Et originaux ! Et peuplés (j'y reviendrai) !

Alors on me rétorquera que ce bon Ben (il avait pas un prénom un peu en avance sur son temps, d'ailleurs ??) Hur, il se pavanait tracté par des chevaux pur-sang. A cela, j'ai une réponse bien sentie.
Massey Ferguson, baby. Alors les canassons, on fait moins les malins ?


Là où j'ai pris une incroyable baffe dans la gueule, c'est quand celui-ci (du krewe Orpheus) est passé.

Un train. Un frackin' train. Avec une bonne douzaine de wagons. Tout bonnement surréaliste.
Donc voilà, j'ai appris qu'on pouvait admirer au sens propre un carnaval (et pas seulement l'effort qui a été mis dedans).


Ensuite. Les groupes. Ville musicale oblige, il y avait du level. Evidemment ça n'allait pas non plus être un concert symphonique de type pleyel, mais on n'a pas manqué de se demander s'ils n'avaient pas dû réquisitionner tous les musiciens des US pour pouvoir gérer l'évènement convenablement. Ou alors peut-être que certains courraient dès la fin de leur parade pour enfiler la tenue d'un autre groupe et rebeloter ??

En plus d'être bons, ils étaient fichtrement courageux, car ce lundi soir-là, on se pelait vertement la michette. Le beau temps du samedi n'a pas perduré et on a tapé le zéro degré bien tassé.
Enfin, le côté qui m'a le plus surprise. Les goodies.
On m'avait prévenue, pourtant. La tradition de la Nouvelle-Orléans, c'est de te filer des colliers. Vous savez, les vieilles "perles" de plastoc made in China ? Ces bazars affreux qu'on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi de porter, sous peine de ridicule ? 
Autant dire que je me suis esclaffée et que j'ai dit que j'y allais avant tout pour visiter la ville, et que ces enfantillages ne me concerneraient point.

Ha. 
Vous la sentez venir, la suite ?
Mais je me suis presque battue pour les choper, ces colliers ! J'ai fulminé contre mon voisin qui portait sa fille sur son dos et qui racolait ainsi beaucoup plus de don : concurrence déloyale !
Les premiers colliers, tu les récupères parce que, bah, on te montre comment faire. Du coup tu veux pas faire ta chieuse, t'en chopes un ou deux au vol. Parce que oui, en fait, les mecs dans les chars ont basiquement une quantité illimitée de trucs à balancer à la foule : principalement ces colliers dégueu, mais également des colliers tout aussi dégueus en plus rares (grosses perles au couleur du carnaval, par exemple) qui en deviennent précieux, des pendentifs et bagues lumineux pour éblouir tes voisins, de rares doublons (pièces représentatives du krewe), et tout un tas d'objets purement aléatoires : peluches, lances en mousse, frisbee, balles rebondissantes, aliens en plastique gonflable, lunettes de soleil. Yann a même chopé une précieuse chaussure en plastique pailletée, symbole du Krewe Of Selene). Encore une fois, le pull bleu a fait des miracles puisque Yann récupérait environ 2 fois plus de choses que n'importe lequel d'entre nous. Grmlgmrlgmr.

Donc voilà, tu récupères une ou deux breloques, tu les mets autour de ton cou, c'est funky mais kitschouille. Sauf que, à voir tout ce monde, ta conscientisation du ridicule disparait complètement, annihilée par ton esprit de compétition. Soudainement, (et heureusement très temporairement) il devient important de remporter un maximum de ces trophées, plus que tu ne peux en porter. Sérieusement, c'est impressionnant : le dernier mardi, les gens amènent des sacs géants pour pouvoir fourrer tous leurs gains.

Et les jours où nous faisions la collecte (pas tous, heureusement), nous avions mal à la nuque en fin de soirée tant le cumul de tout ce plastoc pesait.
C'est incroyable la mutation qui s'opère. De blasés, on se prend au jeu pour devenir obnibulés. On tente de capturer le regard des distributeurs de goodies au moment opportun, qu'il y ait un éclair de reconnaissance pour qu'il nous envoie l'insigne de cette infime connivence. C'est quasiment de la séduction, en mode speed speed speed dating. Une règle tacite impose que les goodies tombés n'ont plus de valeur, il faut donc allier la dextérité au charisme. Exercice parfois très ardu. Le but du jeu est bien sûr d'avoir le plus d'objets "jolis" pour pouvoir se la péter auprès des potes. 
Maintenant je comprends mieux pourquoi certains chefs de tribu ont vendu leurs congénères : les européens ont dû comprendre à l'époque à quel point l'esprit humain est malléable quand il s'agit de pérorer. Et paf, à coups de battle de qui aura les joyaux les plus voyants, l'esclavage était né. (On me fait signe dans l'oreillette que l'histoire est un peu plus compliquée que ça. Quelle bande de chipoteurs vous faites !)
Et tu sais que tu n'en as rien à foutre et que tout va finir à la poubelle, mais c'est une simple et irrésistible poussée de ton être : loot gratuit => DO.WANT.

Le résultat de nos cueillettes iiennes, de gauche à droite :
Moi, Hébus (=Yann, désolée mais ce n'est franchement pas intuitif de l'appeler par son prénom et j'en ai marre de me corriger à chaque fois), Ludo.
Et tout cela n'a été récupéré qu'en trois petites sessions. Imaginez le potentiel bricoles !!

Et voilà ce que ça donne en porté 
(j'omets le paquet de peluches et autres balles anti-stress ramassées de-ci de-là)
(à noter : me défaire de ces divers ornements m'a coûté un bon dixième de mes cheveux)

C'est donc sous le signe de cette folie ambiante et omniprésente que tout le séjour s'est passé. Sans trop détailler : la soirée de lundi a été totalement improvisée. Nous avions prévu de reretourner dans le centre après avoir déposé nos babioles au bercail, et en sortant nous tombons sur des voisins. Qui nous disent qu'ils ont prévu un gros show de rap underground pour le soir. Paf, incruste. Comme ils nous ont fourni le bon plan, nous offrons des tournées. Ils ne paradent pas (déjà eu assez de ça pour la journée !) et ripostent. Touchés au foie, nous assenons tout de même un dernier coup. Celui-ci sera quasi fatal pour la suite de la soirée. Et bon, heureusement, parce que le concert n'était pas ultra galvanisant. Nous ne rentrons pas trop tard (en heure Louisienne, ça veut dire alentour de 3-4h) afin d'être au taquet pour les défilés du lendemain, qui commencent ultra tôt.

Après s'être pâmés devant toutes les joyeusetés décrites plus haut et avoir pesté contre ces salopiauds de gamins qui, non contents de te piquer la marchandise sous le nez grâce à leur mignonnerie, te courent dans les pattes; nous attaquons la dernière soirée. Qui sera épique, comme il se doit. Mais avant d'aborder ce passage, un petit point "gens qui font peur".

On parle beaucoup de l'amérique puritaine, j'ai rarement vu d'illustration plus criante qu'à la Nouvelle Orléans. Au milieu de toute cette fiesta (parfois alcoolisée, toujours bon enfant !), un groupe d'irréductibles campe matin, midi, soir et nuit dans Bourbon Street avec d'effrayants panneaux qui se résument en "Aime Dieu ou crève".


 Alors ok, y'en a qui sont gentilles, genre "Jesus saves from Hell", mais les autres sont clairement insultantes. Preuve que les gens ont bien compris le message de la religion, qui bien entendu enseigne la haine et la peur de son prochain. Ha, comment ça c'est le contraire ?? 
Y'en a pour tous les goûts, même pour les bons chrétiens qui auraient le malheur de ne pas suivre le même courant de pensée que toi sont également de la partie.

Voilà voilà, on a les trois quarts de notre religion en commun, mais les autres ils vont crever en enfer. Logique. Parce qu'il n'y a que le dernier quart qui vaille la peine, en fait.
Le pire que j'ai trouvé, je crois que c'est lui (la photo n'est pas de moi, mais la pancarte valait son pesant de cahuètes) :
Je ne parle pas du type qui fait la selfie (qui évidemment, mérite une mort horrible et des millénaires de tourments posthumes), mais de celui qui tient le panneau. On ne voit pas très bien, mais en gros il liste les pécheurs. Alors, il y a les gens qui battent leur femme/mari et les racistes. En effet, eux, c'est des connards. Pas de quoi vouloir les tuer mais on est d'accord que ce sont de bonnes raclures.
Et puis les nanas qui font du strip tease. Ok, pas très ouvert, la nénette n'a sans doute pas beaucoup le choix, mais ça incarne assez bien l'idée qu'on se fait du péché... 
Egalement... toutes les autres religions (même les mormons et témoins de Jéhovah, qui pourtant doivent être très proches mentalement). Là oui, la tolérance n'a pas l'air d'être ton fort mon coco. Je souligne à peine la citation des évolutionnistes, ça coule de source que ce sont les ennemis de l'humanité. Mais aussi les libéraux. Euh. Qu'est ce que la politique vient foutre là-dedans, s'il te plaît !? Et les "environnmental wackos" ? Ha mais fichtre oui ! Ces petits sagouins qui tentent de sauver la planète, décimons-les, ils sont foncièrement mauvais !!

Enfin bref, un paquet de manifestants qui avaient manifestement juste envie de ruiner la bonne humeur collective tout en échouant salement à incarner l'esprit de leur religion. Chapeau bas et bottes de cuir, les gars, belle image. A tel point que d'autres gens se sentaient obligés de sortir des pancartes pour dire "Je suis protestant et je vous prie de pardonner les dérives de mes co-religionnaires". Sûr que ça doit foutre les boules de pouvoir être assimilé à des tarés comme ça. Au final, ces gros blaireaux ignorants et intolérants ont plus servi à amuser la plupart des gens qu'à ruiner l'ambiance (cf : la photo). Ca reste triste. 

Mais bon, je reviens à ma narration. On s'habitue vite à voir ces idiots faire le pied de grue et on les ignore sans même se rendre compte, profitant à fond de la meilleure ville du monde. Nous savions que nous finirions la soirée dans notre bar chéri d'amour de dueling pianos. Par conséquent, il fallait en étrenner un paquet avant de le rejoindre, pour nous pas faire nos habitués plan-plan dès la première visite.
Effectivement, Bourbon Street ne manque pas de surprises. Ici, cette énorme terrasse avec un taureau mécanique en plein air sur lequel Laetitia a fait le show !
Je tiens à rappeler que, toute fin de mardi gras que ce soit, c'était quand même un mardi. Et les rues étaient emplies de monde, comme s'il s'agissait du premier samedi d'un long week-end de trois jours. (il faut savoir que la journée est "feriée" pour la ville : chomage technique partout sauf chez les restos et bars. Et encore, beaucoup de restos excentrés ferment. Pas le lendemain par contre, où j'imagine qu'une gueule de bois assez violente s'abat sur la région tout' entière). Après avoir diversifié nos expériences un peu, il fut temps de nous restaurer. Dernier repas à NOLA, tristesse. Les spécialités régionales étaient à la carte et nous nous en sommes repus. Néanmoins pas autant que de ceci :
Il s'agit bien d'un reliez-les-points pour enfants de moins de 4 ans. Il s'agit bien d'une erreur effectuée par un ingénieur en informatique bac+5. On remercie bien fort le groupe moléculaire hydroxyle de sa participation.

Nous décidons ensuite de revenir à la charge au Café du Monde, songeant qu'il y aura sans doute moins de monde un mardi à 23h qu'un dimanche midi. On nous y offre un costume de Sherlock Holmes à l'entrée tant les gens sont impressionnés par notre intuition. Bon, c'est faux. N'empêche qu'on a chopé une table rapidos, et on peut enfin tester ces beignets dont tout le monde parle. Qui ne sont d'ailleurs pas mauvais (pas extraordinnaires non plus). Et beignent/baignent dans le sucre glace. Nous ressortons donc en ayant l'air de cocaïnomanes transis, puisqu'une bataille de poudre blanche nous a semblé être la meilleure idée du monde.

C'est à ce moment là que Laetitia et Benoît nous laissent entre iiens : ils sont claqués. De notre côté, le French Quarter nous appelle pour ces dernières heures de carnaval. L'ambiance est dingue partout : les gens savent que ça se terminera bientôt et veulent en profiter un max, c'est l'euphorie partout où on rentre. Nous testons une spécialité du plus vieux bar de la Nouvelle-Orléans en espérant tomber sur une gemme, mais non. C'est une espèce de vieille dégueulasserie à base de granité ignoble. Seul le charisme au pull bleu a senti venir l'arnaque et s'est commandé une vraie boisson. Ludo et moi ne terminerons pas.
Nous décidons ensuite que le Jazz dans les rues au quotidien ainsi que les deux précédents endroits dédiés fréquentés ne sont pas suffisants pour une ville censée incarner l'esprit de cette musique. Ca tombe bien, le prochain endroit choisi au pifomètre abrite un groupe talentueux. Hop, on s'y pose. La musique est géniale, on commence à danser. C'est viscéral à ce niveau. La serveuse nous tombe dessus en s'excusant "mais on ne danse pas ici". Oh. Dommage. 
Nous feignons l'obéissance cinq minutes avant de recommencer à s'agiter un peu. La serveuse tolère un temps, puis revient nous voir et affirmant qu'elle est réellement désolée mais c'est non. Là, sa manager vient la voir et grosso modo lui balance "Allez ma grande, ce soir c'est l'exception, dernier jour de carnaval oblige ! Danse avec eux, même !". Elle ne se fait pas prier, et nous nous laissons donc aller avec la musique. Excellente trouvaille, encore une fois, à croire qu'il n'y a pas d'endroit qui ne nous réserve pas de bonne surprise.
On aurait envie d'y rester toute la nuit... Mais là commence notre pèlerinage de clôture du carnaval. Celui-ci ferme vers 1h30, zou, on fonce au mybar@635 (je reste incrédule qu'un nom si pourrave puisse garantir une si bonne qualité de divertissement) où tout le monde est déchaîné. Les pianistes sont déjà quasiment sur le départ lors de notre arrivée, mais on arrive à lancer une bonne dizaine de rappels, où ils partent en jam sur des airs ultra connus aux US. Tout le monde chante à tue-tête, nous yaourtons à tue-tête. L'heure de clôture officielle et légale est passée depuis longtemps quand ils mettent tout le monde dehors. Passé 2h30, trouver un endroit ouvert aux US devient compliqué. Heureusement, Bourbon Street n'est pas "n'importe où". Nous voici dans une boîte où tous les rescapés veulent profiter encore quelques heures de cette atmosphère exceptionnelle avant de retomber dans la vie de tous les jours. L'avion du lendemain matin ? Pfff, c'est un problème pour les iiens du futur, ça !
En attendant, les iiens du présent s'amusent, et ça donne ça :
Hébus, toujours en veine pull-bleutée, a quand même dégoté un alien gonflable + un gilet qui ne ressemble à rien et sauve des vies + un truc en plumes !
Quand vers 6 heures, on nous met dehors, on sait que ce coup-ci la fête est bel et bien finie. Nous faisons le trajet à pieds une ultime fois : Ludo a un train trois heures plus tard, je dois partir vers l'aéroport dans deux heures, et Hébus a du bol : lui reste encore un peu à la Nouvelle Orléans avant de poursuivre son périple vers la Floride et au delà... en tricycle ! En attendant c'est lui qui va ranger l'appart parce que vu notre état de forme, réussir à repartir sera déjà un achèvement majeur, hinhinhin.

Considérant que je n'ai qu'une heure à passer à l'appart pour tout faire, je me couche telle quelle histoire de gagner 10 minutes (soit 25%) de temps de sommeil avant de repartir. Tant pis pour mon voisin dans l'avion (qui s'avère être aussi daubé que moi). La journée qui suit est brutale. Plus de voix, plus de pieds, plus un seul neurone éveillé. Conduire depuis l'aéroport pour déposer Laetitia représente une difficulté considérable au vu de la fatigue cumulée (et de la luminosité à Détroit particulièrement violente ce jour là, comme de par hasard). Je me perds un paquet de fois, pourtant en environnement connu.

Arrivée chez moi, je m'effrondre histoire de tenter de récupérer. Le lendemain, j'ai la crève. Qui se transformera bien plus tard en otite aigüe (appellation scientifique : otitus-de-putainus-de-batardus-qui-faitus-malus-sa-mèrus). 
Mais nom d'un marsouin, qu'est ce que ça en valait la peine ! Et je me rends compte que je n'ai quasiment pas parlé de la ville, ou des costumes de maboules que les gens portaient dans les rues, ou même des balcons de Bourbon Street et de leurs traditions stupides mais funky... Et j'ai à peine exploré un quartier !

Si vous avez l'occasion de fréquenter la Nouvelle-Orléans, ne réfléchissez-même pas : allez-y ! Et surtout pas les yeux fermés : il faut en prendre plein les mirettes et les oreilles !