lundi 9 mars 2015

08/03/2015 J'ai testé pour vous... la fulgur'otite et le cabinet médical à l'américaine

(Je m'excuse par avance du côté imbitable, outrageusement long, et non imagé de l'article à venir. En même temps, je ne suis pas certaine que vous auriez adoré les photos illustrant cet article)

De manière générale, j'ai la chance de ne pas être souvent malade. Faut croire que je compense pour ma petite enfance où j'ai rendu mes pauvres parents dingues à force d'allergies, eczéma, bronchites asthmatiformes et autres saloperies à répétition. Bref, depuis que j'ai dépassé ce stade, j'ai grosso modo une crève par an, un gros mal de crâne s'apparentant à une migraine par an, peut-être deux boutons de fièvre par an, et basta. Rien de bien vilain quand je compare à certains membres de mon entourage qui prennent pas mal cher en ce moment (coucou les loulous, je pense bien à vous).

Une rougeole attrapée il y a... aoutch ... 5 ans maintenant (! ça fait 5 ans que je bosse !) m'avait rappelé à quel point on peut être affaibli par de toutes petites choupinettes particules qui décident simplement de faire une visite de courtoisie à notre gentil corps en parfaite santé par ailleurs. Au point de devoir s'y prendre à deux reprises pour simplement aller jusqu'à la cuisine se verser un verre d'eau. Dans un studio.

Là, ça faisait deux semaines que je nageais dans ma crève de l'année. Celle-ci avait été un peu plus gratinée que d'habitude (dû annuler deux sorties qui me tenaient à coeur parce que je n'étais pas en état), mais bon, rien qui ne soit arrangeable par le merveilleux combo thé+miel+citron. Je toussais /éternuais encore un peu, c'était normal que ça reste parce que je ne m'étais pas beaucoup ménagée avec toutes les réjouissances du mois (la dernière en date : le ski, que je raconterai plus tard bande de petits impatients). Celle-ci s'était bien amenuisée, au point que j'avais prévu un programme pas mal chargé pour le week-end : sortie dans Detroit le vendredi, Detroit Institude of Arts le samedi (musée que j'ai envie de visiter depuis un sacré bout de temps), et show de Monster Trucks le dimanche sentant bon l'huile de moteur et la bud light. Avec la possibilité de greffer en plus des sorties le samedi soir et le dimanche soir, j'étais calée.

En sortant du bureau, vendredi soir, je me sens anormalement fatiguée eu égard à la quantité de travail accomplie (j'avais bossé, hein, mais c'était pas non plus du 8h-22h intensif). Qu'à cela ne tienne, power nap de 20 minutes avant d'aller chercher les filles. Évidemment, en tant qu'adepte des siestes de 3 heures, celle-ci ne me fait que l'effet du "encore juste une minute" et c'est avec une motivation proche du négatif que je sors du lit. C'est bien parce que je leur ai dit que je les conduirai à Windsor et qu'elles n'ont aucune autre possibilité, et qu'en plus elles parlent très peu anglais que je me force à gagner ma voiture, prise d'un excès de mère-poulisme. Elles, c'est deux étudiantes que Julie a hébergées hier, avec qui j'ai sympathisé en soirée, qui sont en road trip depuis une semaine, et sur le chemin du retour vers l'université de Sherbrooke. Université à laquelle j'étais passée lorsque je faisais mon stage à Montreal.

Bref, je les rejoins, on va dans Detroit, on passe un bonne soirée dans un bar très sympa (Cafe D'Mongo speakeasy, je le note pour pouvoir le retrouver facilement). Sauf que dès le début de la soirée, mon oreille droite se met à se boucher un peu. Comme sous l'effet de la pression en avion. Rien de bien grave, je tente mes techniques de fouine apprises en cours de plongée pour décompresser (avis aux experts techniques : oui, je sais que le vrai mot est "équilibrer"). Pas trop d'effet. Bon, attendons, ça va passer.

Evidemment, si je consigne ça sur ce blog, c'est que ce n'est pas passé. Ca a même empiré, salement rapidement. Du coup je crains que je n'aie pas été une très bonne compagne de soirée/route pour mes deux covoitureuses. Mais je les ai déposées à bon port, Mission Complete. A ce moment, je commence à avoir vilainement mal à l'oreille. Comme quand on plonge en apnée et qu'on se prend la pression, avec le même acouphène. Sauf que là, c'est constant, et que ça ne part pas quand on remonte en altitude (vous me direz, je n'ai pas essayé de sauter à trois mètres de haut, peut-être aurais-je dû ?).

Je maudis la personne devant moi à la douane (Windsor est la ville juste de l'autre côté de la frontière, remember ?) qui prend méga longtemps à se faire accepter chez l'oncle Sam. Je commence à hurler "j'ai mal, putain" toute seule dans ma voiture. Puis quand finalement j'arrive au niveau de l'agent, je me maudis environ trois fois plus : j'ai pensé à prendre mon passeport, mais pas le formulaire DS2019 qui va avec. J'avais lu quelque part qu'il n'était pas nécessaire de le prendre quand on se rendait au Mexique ou au Canada, ce que je dis à l'officier en charge. Il m'explique que si, qu'à partir du moment où j'ai quitté le pays il me le faut, que je devrais à vrai dire l'avoir sur moi tout le temps, que sans lui mon Visa n'a pas de valeur.
Hé merde. Pourquoi je n'ai pas pris ce fichu papelard avec moi ? Jusqu'à présent je l'avais toujours chopé. Peut-être juste ma vaseuserie au sortir du lit avant de récupérer les couchsurfeuses à l'aéroport. Bref, l'agent est sympa, il m'explique que normalement je devrais aller à l'intérieur et subir un interrogatoire, mais il va faire les démarches pour moi ici même. Je le bénis et me maudis intérieurement de la part de tous les gens derrière qui vont devoir attendre des lustres avant de passer. De ma part à moi aussi parce que je douille salement et chaque minute qui passe va participer à l'amplification de ma douleur, et donc à la dégradation de ma conduite. Moi qui adore être au volant, je ne peux qu'anticiper l'expérience géniale des 20 minutes qui doivent me ramener chez moi.

Après dix bonnes minutes de check (bon sang, comment est-ce que leur base de données est constituée ???), l'officier me relâche. Je m'excuse platement, il me dit que c'est ok, que je ne savais pas. Les gens dans la file d'attente commençaient à vraiment s'impatienter, et je les comprends. J'ai même entendu deux coups de klaxon. Entre-temps, je me suis souvenu que la phrase que j'avais lu sur Mexique/Canada concernait une autre autorisation et que j'ai mélangé mes pinceaux. Bien joué, Marie.

La partie n°2 du calvaire commence. Je suis le trajet gentiment indiqué par mon GPS (qui ne marchait pas côté Canadien, avec mon état de forme olympique j'ai donc mis un paquet de temps à retrouver le chemin exact vers le "Tunnel To The US" qui était pourtant à deux pas). Coup de bol : un accident vient d'avoir lieu sur mon itinéraire recommandé. Bouchons à perte de vue et 1h d'attente estimée avant le bercail.
Je hurle "Mais j'ai MAL, bordel !!". Coup de bol, pour de vrai ce coup-ci, le GPS détecte l'urgence dans ma voix et me propose un itinéraire bis. Une sortie plus tard, me voici à nouveau à 22 minutes de chez moi.

Sur la route, j'ai beau savoir que ça n'arrange rien, je meumeume sur les chansons à coups de "Aïe aïe aïe aïe". J'ai dû confondre le Canada et le Mexique. Comme je suis sourde de l'oreille proche de la radio, j'entends très mal donc en plus je dois chantonner comme une casserole rouillée. Heureusement, le bruit de l'acouphène couvre celui de ma propre voix donc la seule à pouvoir en souffrir n'est pas affectée.
Finalement, j'arrive à la maison. A ce moment là, la douleur a atteint le stade de l'insupportable. Je me jette sur 2 dolipranes 500 en espérant qu'ils l'atténuent un peu, que je puisse au moins dormir. Plus zombie qu'humaine, je me mets en tenue de nuit, envoie trois textos pour annuler mes engagements du lendemain, et je titube jusqu'au lit. Je me couche avec mille précautions, espérant ne pas amplifier la douleur avec quelque mouvement brusque que ce soit. Mon corps tremble de manière incontrôlable, j'imagine que c'est la manière qu'ont mes nerfs de dire qu'ils n'apprécient pas. Moi non plus les gars, on est dans la même galère, ce serait gentil de me laisser tranquille.

Je geins, je sais que ça ne sert à rien mais je geins. On a tous connu le stade où la douleur nous arrache une larme. Par exemple, je garde le souvenir d'une piqûre anesthésiante dans ma machoire du haut, juste avant de me faire retirer mes dents de sagesse qui m'avait fait penser "Quand vont-ils programmer un anesthésiant pour l'anesthésiant ??". Le truc chouette, c'est que ça n'avait duré qu'une seconde ou deux, après quoi je m'étais amusée de la sensation "bois" prise par ma gencive.
Là, c'était pareil, même douleur aigüe et trop forte pour mon gentil cerveau. Sauf que c'était permanent. Pas de variations d'intensité, pas de lancement. Continuement atroce.

Mes pensées joyeuses tournaient en boucle autour de ces quelques petites choses :
- tiens, je me demande si c'est la fois où j'ai le plus mal de ma vie ? Pas sûr, il y a aussi eu ce moment au lycée, où une carrie avait surgi sous un plombage, ça me lançait comme pas possible et je n'avais pas dormi de la nuit à cause de la douleur. Uhmm, mais il me semble me souvenir que ça oscillait en intensité, alors que là ça ne bouge pas d'un iota... Oui, quand même, difficile de trancher...
- J'ai MAL. MAL. MAL. Bordel j'ai MAL. AÏEUH.
- Des gens se font torturer en ce moment même dans le monde. Pour leur calvaire, tu peux bien résister un peu et arrêter de geindre et pleurer de manière incontrôlable 3 minutes, Marie, non ? (La réponse était non.)
- Cerveau, la douleur est une information. Là j'ai compris, d'accord ? Tu as très mal. Même que les nerfs autour, tout autour en pâtissent et que ça me paralyse la machoire et me fait très mal à la tête. Totalement compris. Roger that. 20/20. Capisce. Maintenant si tu pouvais commencer à interpréter l'information autrement, par exemple en la transformant... je sais pas moi, en musique, ou en sensation de soleil sur la peau, ce serait super apprécié.
- Une OTITE. Marie, une otite c'est une maladie que les bambins ont environ 2 fois par semaine jusqu'à leur premier anniversaire. Même eux sont plus costauds que toi. C'est une de ces infections que tu classifiais au même niveau que "Rhume/Gastro/Toux". Alors tu vas me faire le plaisir de t'excuser auprès de tous ceux à qui tu as juste dit "oh, pas cool" quand ils t'ont dit qu'ils avaient une otite, d'une part; et d'autre part tu vas essayer de relativiser, d'accord ?
- Mais qu'est ce qu'ils foutent, ces dolipranalacon ?? Ca fait bien 5/10/15/...30 minutes là, ils auraient dû faire effet ? Est-ce que ce serait dangereux d'en prendre un troisième ?


Deux dolipranes plus tard, rien n'étant amélioré, je me résouds à passer une nuit de merde et à attendre que mon tympan explose dans mon oreille, ce qui amplifierait sans doute la douleur momentanément, mais qui devrait être soulagé après. J'hésite à réveiller mon coloc mais je vois mal ce que qui que ce soit pourrait faire. Ca va passer, ça va forcément passer. Il faut que ça passe.

Une effroyable heure et demi plus tard, j'entends un bruit dans mon oreille. Pour les plongeurs, ça ressemble un peu au bruit qu'on fait lorsqu'après une immersion, on remonte progressivement à niveau. Pour les autres, c'est un peu comme quand on dégonfle une baudruche. A partir de là, 
--- ATTENTION, VOUS ENTREZ EN ZONE CRADO, VOUS N'AVEZ PEUT-ÊTRE PAS ENVIE DE LIRE CE QUE VOUS ALLEZ LIRE PAR LA SUITE, CA PARLE DE FLUIDES CORPORELS --- (oups, je les ai mentionnés dans la partie en majuscule. Bon appêtit.)
j'ai senti que du liquide commençait à  bouger dans mon oreille. Evidemment, je ne voulais pas agresser mon tympan plus qu'il ne l'était déjà, donc le coton-tige était hors de question. En revanche, je pouvais créer un drain à partir de papier toilettes très finement entortillé que je placerais à l'entrée de mon oreille. A ce moment-là, la secrétion était transparente, un peu comme de l'eau ou du sérum phy. La douleur restait ignoblément atroce, mais bon, au moins, je m'occupais. Entre temps, les tremblements avaient cessé.
Je tâchai de positionner les deux oreillers pliés à moitié l'un sur l'autre, de manière à soutenir ma tête sans pour autant obstruer mon oreille : il fallait que la gravité fasse son office mais je sentais que je ne devais rien mettre en contact direct et prolongé avec l'organe qui me faillissait. Après une demi-heure de plus et d'autres gargouillis auriculaires, la douleur a enfin commencé à descendre. Très, trop progressivement. Les drains commençaient à faire figurer du sang en plus de leur liquide primaire.

Finalement, environ 4 affreusement longues heures après le début de mon calvaire, la douleur devient enfin suffisamment supportable pour permettre le sommeil. Pas agréable pour un sou, mais moins long que la réalité. Le lendemain, je me réveille avant 8h. Pas moyen, j'ai droit à plus de répit que ça. Après drainage enthousiaste et verre d'eau, je me recouche. Vers 10h30 je sors du lit. Envoie des textos pour annuler mon programme de la journée, pour savoir si ma pote Laetitia (héroïne qui figure désormais à mon Panthéon) qui a récemment eu une otite (comment a-t-elle survécu sans se plaindre ??) aurait des médocs en stock, qui est-elle allée voir comme docteur ? AUCUN ? Nom de Zeus, j'appelle de ce pas le service de Canonisation pour ta gloire.

Justin n'étant jamais malade (et, je le soupçonne : n'ayant pas d'assurance), il ne connait personne non plus. En revanche, il a déjà remarqué qu'il y avait un cabinet clinique au coin de la rue. Je n'ai pas envie d'aller chez un docteur aux US. Genre du tout. Quand on m'a filé ma carte de sécurité sociale pour ici, j'ai espéré très fort n'avoir jamais à m'en servir. Ou a la limite juste pour refaire mes lunettes, et encore... En cas d'ultime recours. "Mais il est là, l'ultime recours, stupidasse !? Tu attends de mourir pour traîner ton séant céans ??" (Je déconne, mon état neuronal n'était pas assez éveillé pour faire des jeux de mots, c'est cadeau pour ceux qui ont lu jusque là. Et le premier qui me rétorque que c'est pas drôle, et bah, euh... Je sais, mais ça reste pas très gentil de sa part de ne pas plus compatoyer à ma misère.)

Ok, donc il est temps de tester cette carte super VIE international mutualisé que l'on m'a remise, parce que j'ai quand même encore foutrement mal. Je l'assure que je peux me rendre toute seule là-bas, et c'est bien le cas. A l'allure d'un escargot shooté, certes, mais je m'y rends. Toutes les reviews google du cabinet sont ultra enthousiastes à base de "wahou, c'est du top level, l'endroit est nouveau, les équipements sont de première qualité, et le docteur est si gentil que j'ai envie de lui faire des enfants". 
J'exagère un chouïa, mais sérieusement, tout le monde recommande et like. Car oui, comme la santé ici est privée, de la pub est faite en permanence pour la médecine (de type : "Nous avons mis nos enfants à l'hopital Beaumont, car nous ne voulions pas qu'ils meurent. Nous on est des bons parents friqués. Vous seriez de gros connards irresponsables de les mettre n'importe où ailleurs", je suis à peine au delà de la réalité). Et donc à l'entrée de cette mini-clinique, v-la-t-y pas que je vois des autocollants "Like us on facebook ! Recommend us on Google+ !" qui me mettent en confiance, tel un cheval entrant dans une boucherie Picard.

Je rentre, et la première chose qu'on me demande au guichet, c'est de signer un papelard notifiant ma présence, un autre papelard avec mes informations, ainsi que ma carte d'assurance. Déjà, j'ai oublié mon numéro de sécu US. Et ce n'est pas comme en France où il est bon de le garder sur soi totalement : le jour où j'ai reçu ça, on m'a dit de le planquer en lieu sûr pour éviter les usurpations d'identité. Bref, je suis obligée d'appeler Justin et de lui demander de regarder pour moi. Je complète enfin le fichu formulaire, lu en travers à cause de mon état daubé. Ensuite, un peu intimidée, je sors les deux bouts de papier imprimés prodigués par ma mutuelle VIE (je n'ai jamais reçue la vraie carte). Dessus, il est écrit qu'il faut appeler tels trucs avant mon hospitalisation et m'avancer les frais. 

La madame me dit qu'elle ne peut rien en faire, il n'y a pas les codes habituels qu'elle attend dessus. J'essaye de lui faire comprendre que ce serait bien qu'elle appelle, qu'ils ont les indices correspondant à sa base de données là-bas. Elle me répète qu'elle ne peut rien en faire, qu'elle va essayer quand même, et qu'elle me recommande en attendant de payer moi-même. Là, j'ai les boules, d'autant que je n'ai pas crédité mon compte américain depuis une éternité, donc il doit me rester environ 130$ dessus... Avec tout ce que j'ai pu entendre des dépenses dans ce pays et le caractère non réellement classifié de cet endroit (est-ce une clinique ? est-ce un cabinet ? est-ce superman ?), je ne sais pas si je pourrai payer mon entrevue avec le médecin. Un gars en blouse arrive et demande ce qu'il se passe, elle lui explique, ils débatent pour savoir qui va appeler et on me notifie qu'au pire, c'est 50$. Fiou, pas si pire. La dame de l'accueil finit par décrocher le téléphone, je retourne comater sur les fauteuils d'attente pendant ce temps. En laissant mon oreille valide écouter comment se passer l'entretien (et fort heureusement, il y a l'air d'y avoir un échange).

Dix minutes plus tard, on m'appelle à sortir du purgatoire. J'avance de mon pas alerte et gracile de zombie shooté, et là une jeune madame en blouse me parle très vite en me donnant des instructions que je capte à moitié. Il me semble qu'elle s'est présentée, pas sûre néanmoins. Elle aurait pu énoncer la liste des pays et capitales du monde, à son train de speech. Je pose mes affaires dans un petit cabinet (au départ je me trompe de salle, c'est dire comme je suis éveillée). Elle me rejoint, prend mon poids, ma tension, ma température, demande ma taille (je la connais en mesures-à-la-con-impériales, youhou !), et me demande enfin ce qui ne va pas "alors, qu'est ce qui vous a provoqué cette fièvre ?". Ha, j'ai de la fièvre, évidemment, on m'a dit ma température en degrés Fahrenheit et toujours avec ce débit incompréhensible donc je n'avais pas saisi. Donc j'explique que je pense avoir une otite, j'ajoute la liste de mes symptômes, elle écoute poliment et note bien tout. Puis interrogatoire extensif sur mes antécédents et ceux de la famille. A la fin, elle me dit "très bien, je vais traiter ces données et je reviendrai". Euh. Ok. Quoi ? Paf, elle est sortie de la salle. Deux minutes plus tard, je l'entends parler et poser les mêmes questions à quelqu'un d'autre à travers la cloison.

Cinq minutes plus tard, pendant lesquelles j'ai toujours surdité, acouphène, douleur et (je ne l'ignore plus) fièvre. Cinq minutes pendant lesquelles j'aurais très bien pu tomber dans les vappes dans ma petite salle isolée, le monsieur en blouse de tout à l'heure arrive. C'est lui le docteur Saleh, il va commencer ma consultation. Ha d'accord, donc la demoiselle précédemment, c'était comme cette personne qui vous accueille au don du sang et qui est en fait en formation. P'tet que c'est ça qu'elle racontait quand j'avais l'impression qu'elle m'expliquait la beauté de la Galaxie. Il m'explique qu'il va m'ausculter. Je m'assois dans son fauteuil (fauteuil de médecin classique, mais avec un oreiller dessus : peut-être ça, le "top notch" dont parlent tous les commentateurs google ?). Il utilise l'un de ces trucs que je soupçonne d'être une simple loupe éclairante dans mes oreilles. Je ne peux résister à l'envie de lui dire "C'est mauvais non ? J'imagine que c'est pas bon". "Ha oui, c'est très mauvais". Haha !! C'est con mais quand la personne diplômée va dans votre sens, c'est toujours une sorte de soulagement. Là où je suis moins soulagée c'est qu'il me dit que mon tympan de l'autre côté a également une sale gueule. Oh s'il vous plaît, pas de seconde otite, je ne suis pas sûre d'être capable de re-supporter une soirée comme celle de vendredi si rapidement.
Il regarde également ma gorge en mode "respirez-profondément-s-il-vous-plaît". Après ça, il me raconte qu'il va me filer des antibios, normalement je devrais me sentir mieux d'ici deux jours. Est-ce que je veux également quelque chose pour ma toux ? Bah oui, tant qu'à faire. D'accord, il va envoyer tout ça à ma pharmacie, si j'ai des questions plus tard, que je n'hésite pas à l'appeler. "D'accord", ânonné-je. Avant de me rendre compte de mon erreur : "Hé mais non, j'en ai maintenant des questions ! C'est quoi, que j'ai exactement, déjà ? Je vais pouvoir replonger, un jour, dans ma vie ? Qu'en est-il de l'avion ? Comment je procède avec les médicaments ?". Sauf que le temps que mon cerveau ait formulé tout ça, notre brave docteur est sorti depuis belle lurette. Il sera resté environ 2 minutes 48 avec moi, avec l'addition des 5 minutes de son assistance, on peut vraiment dire que la note est Saleh. Bref, sur la route du retour je le vois très occupé à son poste, donc je lui pose la question qui m'a l'air la plus urgente "Est-ce que vous me déconseillez de prendre l'avion dans l'immédiat ?". Il botte à moitié en touche, me disant que je peux prendre un médoc pour soulager mes tympans sans que ça pose trop de problème. Je me dis ok, ça fera sûrement partie de la prescription, tant mieux.

Je ressors donc de là sans papier du tout. L'une de leurs particularités, c'est qu'ils envoient directement les ordonnances à ta pharmacie préférée. Il y en a une à moins de cinq minutes à pieds, cette propriété m'a paru très appréciable. Donc, direct, je m'y rends, espérant sans trop y croire que mon ordonnance m'y attendra. Bingo, après 5 minutes d'attente, on me dit que ce n'est pas encore prêt, ce serait bien que je revienne dans une demi-heure. Apparemment, ils préparent automatiquement les commandes quand ils les reçoivent, et les font en "première arrivée, première servie". Je ne proteste pas, de toute façon il faut que je mange un morceau, vu mon état de faiblesse avancée. La maison est à 5 minutes à pattes, je m'y rends et le coloc m'accueille sympathiquement. 

Une heure plus tard, le ventre plein, l'esprit toujours un peu dans le milieu du Pas-de-Calais, je me rends à nouveau à la pharmacie. Mon ordonnance sera prête dans 15 minutes. Fort bien (en vrai, pas "fort bien", je continue à avoir mal et à me sentir pas loin de tourner de l'oeil, et bordel, je leur ai laissé deux fois le temps qu'on me demandait en premier lieu), je fais les courses en attendant (sur place, c'est trop pratique !), et j'ai un mal de chien à trouver mes affaires. Ensuite c'est le même échange qu'avec l'hôtesse du Docteur Saleh, sauf que ce coup-ci, je dois appeler moi-même le numéro magique spécial VIE, et leur demander 4 identifiants spéciaux dont la pharmacie a besoin. Mise en attente une bonne dizaine de minutes, je finis par réussir à contacter quelqu'un. Celle-ci me demande à entrer en contact avec la pharmacienne, je lui file donc le téléphone. A priori, l'assurance ne veut pas que je connaisse mes propres identifiants. Certainement par peur que je les fasse circuler, vu le coût de la santé par ici. 

Ca dure des lustres, pendant ce temps-là la dame au téléphone me propose de m'envoyer un carte de prescription spéciale pharmacie. Avec plaisir, si ça peut me faire gagner du temps une prochaine fois. Là, un truc s'éveille dans mon cerveau, comme s'il avait un truc à dire. Mais bon, je dois gérer une double conversation en anglais avec une seule oreille, donc j'envoie paître cette saloperie molle. On me demande, côté pharmacie, de confirmer ma date de naissance pendant que je récite mon adresse au téléphone. Très pratique. Il s'avère que l'assurance a cafouillé quelque part et qu'ils ont entré la mauvaise date dans le système. Je remets en contact mes deux interlocutrices préférées et en profite pour poser mon cul à nouveau sur l'un de ces sièges bénis. L'une des pharmaciennes va devoir appeler l'assurance pour mettre les choses en ordre. Si ça ne marche pas, on me suggère d'avancer et de me faire rembourser après. J'acquiesce, avec la même appréhension que plus tôt : combien peut coûter un antibiotique, par ici ?? 

Pendant le coup de fil en question, la vague impression cérébrale de plus tôt revient. Tiens, y'a quelques mois de celà, je n'avais pas reçu une enveloppe, au bureau ? Toute hésitante, j'ouvre mon portefeuille. Là, derrière une de mes cartes quelconques, je vois apparaître un bout de plastique blanc, marqué "Pharmacy prescription card", avec pile poil les identifiants qu'on me réclamait plus tôt. Hé merde. Comment foutre 30 minutes de son existence en l'air, par Marie Dufour. Bon, la nénette est sur le point de raccrocher, ce n'est pas le moment de lui montrer ça, je passerais pour une débile (ce que je suis, en l'occurrence...). 5 autres minutes plus tard, j'ai enfin mon Graal, et je peux aller prendre mes cachetons à la maison.

Dans le paquet : les antibios promis et un sirop. Pour les deux, les instructions sont écrites directement sur le médicament, plutôt cool. En revanche, aucun signe de l'anti-douleur dont me parlait le docteur un peu plus tôt. Pas de consigne non plus sur ce que je suis censée faire avec mon oreille. Heureusement que j'ai lu sur internet qu'il faut éviter tout contact avec l'eau, sinon je dois bien avouer que ça m'aurait traversé l'esprit d'essayer de vidanger le mélange (ATTENTION !! CRADO's BACK) pus + sang qui en suppure et forme des croutes en dehors et en dedans. Bref. Sur le coup, je m'en fous, je prends mon cacheton et je vais comater au lit comme de bien mérité après cette première plongée dans le monde médical américain.


A l'heure qu'il est, merci, ça va mieux. Un week-end entier de comatage, ainsi que le lundi (trop faible ce matin) aidant. Je reste sourde de l'oreille droite avec l'impression qu'un alien va en sortir d'une minute à l'autre, et un acouphène intermittent. Ah, et mon sens de l'équilibre est également toujours perturbé. Lui habituellement si... merdique, avouons le bien, a le sentiment d'être un expert funambule en son état normal, en comparaison de mon actualité. Rambardes d'escaliers du monde, tenez-vous bien, car j'arrive et j'ai l'intention de vous utiliser comme jamais !

N'empêche que le tout ne fait que s'améliorer, donc en théorie, d'ici deux jours à une semaine, je serai pimpante comme un gardon et pourrai revenir à la description plus réjouissante (pour moi en tout cas, bande de petits sadiquos) de mes vacances.

mercredi 25 février 2015

13/02/2015 New Orleans - Intro

Il y a un phénomène que je dénomme "Syndrôme Matrix 2" : quand on se fait une idée très haute de quelque chose (film, livre, personne, lieu), et qu'on est tellement déçu par le résultat qu'on a l'impression de s'être retrouvé face à un sombre étron.
De manière générale, je tâche de ne pas trop élever mes attentes afin d'éviter d'expérimenter le "Matrix 2". Mais des fois, on ne peut pas s'en empêcher, il y a un fit particulier et les neurones peuvent s'emballer.

C'était le cas pour la Nouvelle Orléans. Tout ce que j'ai pu voir/lire/entendre sur cette ville avant de m'y rendre renforçaient ma conviction que c'était l'endroit, que peu importe quand, comment ou avec qui j'irais, j'y passerais forcément un super moment. Les différents quartiers semblaient présenter une variété d'expériences et de paysages incroyables, et depuis le début c'était vraiment la destination que je plaçais en n°1.

A la base, on avait prévu de s'y rendre avec Ludo (que je vous ai présenté ici) pour Thanksgiving. Finalement, pour raisons diverses et variées d'organisation et de manque de sous, on a décidé de repousser ça pour mardi gras, parce qu'apparemment les Néo-Orléanais (qui sont super forts en kung-fu) ont tendance à le fêter.
Bon, ok, attendons le carnaval, c'est sûr que ça peut être sympa, hein. Pourquoi pas. 
Mais quelque part j'avais peur que l'évènement m'empêche d'apprécier la ville à sa juste valeur, que ça gâche un peu mon exploration, que ce soit une période où l'âme de la Louisiane règnerait un peu moins en maîtresse sur cette cité tellement à part à cause d'un défilé de trois pauvres clowns dépenaillés qui chantent du Patrick Sébastien.

 Allez musique !

J'avais raison et tort à la fois.

En plus de Ludo, Yann - un autre pote de l'IIE (mon école d'ingé) -, Laetitia - une expat' de Detroit - et Benoît - un ami à elle - se joindraient à l'aventure. Première difficulté : trouver un logement. Parce qu'évidemment, choisir cette période ultra touristique n'est pas la meilleure idée pour économiser, on a bien galéré à trouver quelque chose d'abordable, surtout que tous les apparts que l'on repérait nous passaient sous le nez. On a tout envisagé : auberge de jeunesse (chères, souvent excentrées et blindées), couchsurfing (pour 5 ? ouais, repassez dans un siècle), airbnb (qui voulaient se faire du beurre aussi gras que le mardi sur notre dos), et même le camping (mi-février ? ok, c'est le sud mais bon)...

Au final, j'ai dû revêtir ma plus belle moustache en brosse à dents, réserver un logement comme une barbare mérovingienne et dire aux gens que le mal était fait. Logement sans avis ou référence qui aurait très bien pu s'avérer être une arnaque, ce qui m'a fait sacrément Willy flipper. Bien évidemment je ne l'ai pas mentionné aux autres qui vont l'apprendre en même temps que vous en lisant ces lignes. Muahaha, je suis diabolique. Et rassurée puisqu'en fin de compte tout s'est bien passé.

Comme des gens bien organisés, nous arrivons tous à des moments différents : Yann, qui est en vacances prolongées d'exploration débarque trois jours plus tôt et fait déjà un petit repérage sur la ville. Benoît puis Laetitia le rejoignent vendredi dans l'après-midi. J'arrive en début de soirée, dépose mes affaires à l'appart, et en avant pour le quartier français !!

Ha. Je vous connais, viles créatures, vous êtes en train de m'insulter de sale fausse découvreuse qui reste parmi les siens et ne se mélange pas aux locaux en se dirigeant direct vers le coin des expats. 
Au vu de la teneur 100% pure mangeurs-de-grenouilles de notre groupe, vous n'auriez pas tort. Cependant, il faut savoir que la Nouvelle Orléans, comme son nom peut l'indiquer est le nouveau chef lieu du Loiret a été fondée par des Français, et que par conséquent, la vieille ville a des relents d'Architectes qui aimaient le maroilles. Et en a gardé le nom, même si plusieurs styles coloniaux s'y mèlent, les espagnols y étant également étroitement mêlés. 
Mais bref, subséquemment : French Quarter ≠ 25 centimes d'euros ≠ Place de grève = vieille ville.

La carte du centre-ville de la Nouvelle-Orléans : Le French Quarter est en rose. 
Nous logions grosso modo au coin sud-ouest de la carte.


Attendez, avant que je ne parte dans mon exposé sur la ville, petit point sur le trajet. Déjà, j'ai choisi Spirit, l'équivalent US de Ryanair. Autant dire que les gens à bord sont des gros rats (comme maître Splinter), lassés d'avoir dû payer 15€ pour le moindre billet qui n'a pas pu être imprimé à la maison, ou 35€ pour une valise (leurs formats inclus sont encore plus petits que les nôtres) et qui comptent bien se venger en n'achetant rien à bord.
Euh, là, ça n'a pas été trop observé. J'avais l'impression d'être dans le car du week-end d'intégration, les gens se sont enfilés conso sur conso. Ca riait, ça parlait fort à ses inconnus de voisins, ça chantait, tout le monde était déjà en mode fête. Tout le monde ? Non. Une petite nordiste résistait encore et toujours à la tentation de filer ses sous à ces gros voleurs en sombrant dans un sommeil profond. Bon, à la fin j'ai quand même parlé à mes braillards de copains de siège qui se demandaient si Fat Tuesday tombait le 17 février tous les ans, histoire d'étaler ma culture comme de la confiture. Ils m'ont au passage recommandé de goûter le Hurricane, un cocktail typique.

Notre logement étant à environ 45 minutes à pieds du centre-ville, nous nous y rendons après un repas pas terrible (alors qu'on nous avais vanté l'excellente cuisine locale) pris dans une gargote (j'adore ce mot) choisie totalement au hasard. Bon, on trichera avec internet à l'avenir. (Au passage, le hurricane ? De la grenadine un chouïatement alcoolisée, en plus chimique et qui consistait plus à abattre une tornade de sucre dans l'organisme qu'autre chose. Merci les conseils des voisins. (Après, c'est sans doute le bar qui était en cause)). (Revenons-donc à notre trajet vers le French Quarter...)

Sauf que sur la route, SURPRISE. Une parade ! Comment ça une parade ?? Mais on n'est que vendredi. Ça existe pas, vendredi gras, que diantre !
En fait, les NOLA-ites (NOLA c'est pour New Orleans, LA - LA : acronyme de la Louisiane, comme MI c'est Michigan) n'ont pas dû très bien comprendre le concept. Mardi gras pour eux, c'est pas juste une journée où on fait des gaufres avec un vague carnaval. Mardi gras ça commence à l'épiphanie, soit le 6 janvier. Donc en fonction des années, parfois deux mois avant le jour J, enfin le jour G, enfin on se comprend : ne commencez pas à faire vos agents Smiths à tout prendre au premier degré sinon on va pas s'entendre (allô ?).

Du coup ces grands fous lancent leurs premières parades (notez le pluriel : une parade Louisienne ne vient jamais seule !) début janvier. Puis c'est en gros 2 par semaine, jusque dix jours avant la fête où ça devient Beyrouth. Même Bey-autorouth, avec des enchaînements d'en moyenne 5 parades/jour, culminant à 9 pour la vraie célébration. Y'a qu'à regarder le programme, c'est hallucinant. Et je ne mentionne que les officielle, parce qu'il n'est pas rare de croiser un groupe de 20 joyeux lurons déguisés avec une banderole faite maison (qui rappellerait un sac à viande décoré de crépon digne des meilleurs tournois inter-écoles d'ingénieur) déclenchant des évènements spontanés de par la ville.

Là, en blasés qui du haut de votre grande expérience avez assisté à un défilé du 14 juillet et un nouvel an chinois, me rétorquerez que bon, une parade c'est bien joli mais quand t'en as vu une tu les as toutes vues, et ça va bien deux minutes mais faut pas pousser mémé dans les trompettistes. Ce à quoi je n'ai qu'une chose à répondre.

Pour les anglophobes : T'y connais rien, Jon Snow.
Pour les GRRM-ophobes : T'y connais rien, jeune padawan.
Pour les GRRM&StarWars-ophobes : Mais fichtre, t'y connais décidément rien !

Je reparlerai des parades plus tard et plus en détail, mais sachez juste que c'est un tout autre niveau que l'espèce de version édulcorée à laquelle j'ai eu droit pour Thanksgiving (déjà deux liens d'auto-pub, il va falloir que je m'arrête sous peine de devoir me payer).

Laetitia et Benoît décident de rentrer pour cause de semaine de boulot horriblement fatigante, alors que Yann et moi gagnons le centre-ville pour 1/que je découvre; 2/qu'on attende l'arrivée de Ludo. En suivant la parade, nous arrivons à Bourbon Street un peu plus chargés que lors de notre départ. Bourbon street, la rue de la soif locale qui porte bien son nom, est mentionnée dans les guides de cette façon qui sonne presque comme un oracle : "Comme toutes les choses qui ont vécu âprement et ont bourlingué si longtemps, elle n'est pas au goût de tout le monde mais devient nettement plus attractive de nuit".

Difficile à décrire, c'est juste un dawa total. Les bâtiments eux-mêmes sont plutôt jolis, mais la rue est jonchée de restes de verres (combo : seul endroit des US où boire dans la rue est accepté + la philosophie très USienne que jeter les trucs par terre crée de l'emploi), de colliers de perles en plastique - j'y reviendrai - jetés depuis les balcons vers des gens prêts plus ou moins à tout pour les récolter. Et surtout des bars, des bars partout et encore des bars. Débordant tous de monde. Les gens vont du jeune touriste au vieux local en passant par les manifestants effrayants (j'y reviendrai) et la masse de vrais carnavaleux qui restent déguisés en permanence : costumes médiévaux, cuirs à la Trinity, enterrements de vie de jeune fille avec personnages de séries TV ... Point top : une grosse quantité de bars proposent de la musique live, la plupart sans frais d'entrée. On se balade un moment, je découvre la technique de baroudeur appelée "Igor" qui consiste à planquer une bouteille dans un bac à fleurs pour éviter de se faire jeter à l'entrée d'un bar (pas facile de trouver l'endroit idéal, d'ailleurs).

Finalement, au pif, notre dévolu se jette sur un endroit qui semble avoir des places au bar (nous sommes chargés : Yann a son sac, on porte nos gros manteaux & un paquet de goodies, on a envie de s'asseoir après plus d'une heure debout). Je remercie les gens d'avoir eu très très très mauvais goût ce soir là en ne se jetant pas tous dedans parce qu'il était merveilleusement génial ! Avec deux pianos en concert quasi-permanent, postés à 5 mètres de nous, et leurs deux interprètes super doués. Une ambiance de dingue, tout le monde super sympa. C'est devenu notre QG du week-end.

Une photo pas géniale d'un bar au nom pas mieux (My bar @ 635 ? Bonjour, l'an 2000 !), mais à qui on pardonne pour son excellence sur d'autres points
Le vol du troisième larron a du retard, ça lui a fait louper le bus gratos vers le centre ville, et il tente le coup d'une navette qui emmène les gens vers les hôtels mais est coincée dans les bouchons (dernier WE de Mardi Gras oblige !), et n'a quasi plus de batterie. Bref, on a beau lui indiquer où nous trouver, ça ressemble fort à un plan foireux. Pendant ce temps on papote bien avec Yann, que je n'ai pas vu depuis quasi 3 ans, et qui m'explique son projet de rallier Miami depuis NOLA à vélo en partant la semaine suivante.

Et enfin, deux heures plus tard que prévu, Ludo surgit tel un petit lapin blanc désemparé, muni de son gros sac à dos et semblant totalement perdu. Youpi retrouvailles, moult tournées, mumuse photomaton, et danse au son des pianos avant de rentrer au bercail après un petit détour pour récupérer Igor. Marche agrémentée de conversations tellement philosophiques que j'ai dû abandonner les hommes en route (trop d'abstraction pour moi). Au final, nous plongeons dans les bras de Morphée, usés mais heureux de cette première soirée. La journée de demain sera chargée, et par conséquent la nuit courte.



Dans mon prochain post (qui risque de se faire attendre, puisque février/févadrouiller continue avec un départ pour Vail, Colorado cet après-midi), la suite du voyage, beaucoup plus de photos vu que les autres auront sûrement fini de trier, des animaux chelous, des repas frugaux et bien plus encore !

mardi 10 février 2015

08/02/2015 Holland

Cet article va débuter par une déception pour tous les fans de débat politique : non, je ne parlerai pas de scooter.

Afin de ne pas se faire abattre par l'hiver, la meilleure défense... c'est l'attaque !

En tant qu'éternelle enfant (ouais, j'ai trouvé la pierre philosophale, mais j'vous dirai pas où elle est-euh, nananananèreuh (<- cette seconde partie de phrase constitue la preuve de la première, j'espère que vous appréciez ce presque-chiasme (ah non en fait c'est pas du tout ça un chiasme) (mais j'ai jamais trop réussi à créer cette figure de style si chère à ma prof de 3ème alors déjà, si je la mentionne, ça me fera peut-être un bon point ?))), j'adore la neige.

La neige c'est la pureté, l'innocence, la joie de vivre, les bonhommes avec deux cailloux pour les yeux, les batailles potaches, les potaches tout court pour se réchauffer, le ski, c'est aussi synonyme de fondue/raclette/quinoa aux blettes/tartiflette (trouvez l'intrus*).

Bref, ça a toujours été quelque chose de positif, jusqu'au Michigan, et à ce que ça devienne un omniprésent de la vie quotidienne sur lequel il faut rouler en voiture chaque matin pour aller au bureau. Du coup, la neige perd son caractère ludique de drap de coton géant et devient juste un obstacle.

Et là, si on oublie le côté mie de ces flocons rayonnants qui saupoudrent le sol pour ne s'attarder que sur son aspect dangereux qui menace notre dos, nous devenons des fats, dièsons le tout net. Alors, me direz-vous, au pays des obèses, devenir fat est un peu une fat-alité. 
Mais non ! Dans le groupe VIE et assimilés, nous refusons celle-ci et nous rebellons. C'est pourquoi Rachida, leadeuse de notre groupe de rébellion non-armée, a organisé un week-end dans l'ouest du Michigan, visant à nous réconcilier avec la merveilleuse poudre blanche.

Pour ça, nous nous sommes évidemment dirigés vers... Holland, Michigan. L'Amsterdam locale.
En look, évidemment, à quoi pensiez-vous, vils polissons ? Enfin c'est du moins ce qu'ils en disent sur le papier. Dans la réalité, c'est une ville de banlieue américaine tout ce qu'il y a de plus classique, avec une rue principale un peu mignonne. 

Tout bon Michiganais vous orientera donc vers la base de l'auriculaire
si vous vous demandez où c'est

Nous étions donc huit grands motivés pour ce petit week-end au grand air. La région n'étant pas ultra touristique, on a pu avoir une maison - pardon : un cottage - magnifique pour un coût dérisoire. Holland, c'est tout près en distance états-unienne : seulement 2h30 de route depuis le bureau où Rachida et moi bossons. En quittant le boulot tôt, on arrive vers 7h30, la fête.

C'était sans compter sur Murphy, qui est venu gentiment nous rendre visite pour retarder le départ du taf. C'est donc à 21h que nous arrivons au cottage. Pour plus de fun, c'était nous qui détenions les denrées alimentaires et notre arrivée a donc été accueillie à grands renforts de "on a faim, bande de sales affameurs". L'amour, quoi.

La déco intérieure faisait énormément penser à la bretagne. Comme quoi toutes les villes côtières ont les mêmes codes à base de bleu, de rames et de phares.

Nous mangeons donc (comme des fats), ping-pongons, hésitons à sortir mais disons que Holland c'est un peu comme le fin fond du Pas de Calais : il vaut mieux éviter. Par conséquent le thème de la soirée sera "jeux", ce qui évidemment me déplaît intensément. D'autant plus que le jeu ramené est un cadeau d'anniv qui a été suggéré par moi-même : Dixit. Rohlala, trop dur la vie.

N'empêche que c'était mon premier Dixit avec un anglophone (le pauvre Syed a dû morfler, 48 heures avec 7 français qui forcément passent à la langue de Molière à tout bout de champ), et ce n'est pas évident de doser les références. On enchaîne avec un menteur, et je réalise à l'instant que ça a été ma première partie de cartes sur le sol américain. Truc de fou. En tout cas on a passé un excellent moment.
Pour rester dans la métaphore filée, nous avons suivi le petit lapin blanc

Le lendemain, on entre dans le vif du sujet : snow, neige, poudreuse. A commencer par une balade en raquettes. AVEC DE VRAIES RAQUETTES A L'ANCIENNE et sans moutarde (désolée pour ce cri interne dans votre tête, il est nécessaire que vous vous rendiez compte que c'est la classe).
C'est fou ce que de simples objets peuvent donner l'impression de remonter le temps

Les athlètes que nous sommes avaient suivi une drastique préparation pour survivre à une randonnée ardue en affrontant des éléments déchaînés. En arrivant à l'endroit de la loc, déjà, c'était une ferme pédagogique. Ca met le ton. Et donc le type nous informe que le circuit est plat et fait un demi-mile. Soit un bon 800m. Outch, ça va être coton. Heureusement, tout le monde s'est étiré.

Il se trouve que nous avons peut-être un chouïa dévié de l'itinéraire suggéré pour aller faire n'importe quoi. Peut-être. Disons que c'est la ludicité de la poudreuse qui nous a contaminé : jamais auparavant je n'avais eu la joie d'un matériel de si bonne qualité pour faire des boules de neige. Pas glacée, mais qui s'agrégeait parfaitement. Même pas besoin de tasser un minimum pour en balancer une palanquée à son prochain. Du bonheur. Avec en cerise qui fait déborder le vase le bonus "raquettes aux pieds" qui a provoqué quelques chutes lors des courses poursuites de rigueur. 

Ce salopiaud de Robin alliait l'envergure et la puissance de frappe à la précision. Ennemi redoutable.

Le paysage lui aussi était redoutablement éblouissant.

Comme tant de redoute creuse, nous sommes ensuite allés manger dans la rue d'Holland. Pour plus de folklore local, notre choix s'est porté sur... un pub irlandais.
Après l'effort, le réconfort. Présentations parce que je me rend compte que je ne vous ne connaissez pas beaucoup les gens :
Émilie, Marion, Robin, Rachida, Syed, Mathilde, Mathilde
(Non, ce n'est pas une faute de frappe, elles ont le même prénom. Ça arrive même aux meilleurs.)

Repus, nous admirons quelques minutes le petit centre-ville, et la compétition de snow/skis qui s'y déroule : une pente à la neige dégueu, 5 candidats qui tentent de glisser dessus et de faire des figures. Pas mal mais je crois que j'ai trop regardé les JO pour apprécier des gens normaux.

Ensuite nous tentons d'aller luger sur une piste dédiée des environs. Sauf qu'ils ne louent rien sur place... Qu'à cela ne tienne, nous reviendrons. Parce que l'endroit a tout de même l'air très fun.

La fin d'après-midi arrive, et avec elle le déclin de la lumière. Or, qui dit ouest + sur la côte dit cinq mots, et on l'en félicite !!!  dit super coucher de soleil. On se dirige vers le parc naturel municipal, très prisé en été pour sa belle et longue plage avec vue sur un phare trop choupi. Et, dans un décor assez incroyable où la neige se mêle au sable et où des congères se sont formées de manière aléatoire et impressionnante, j'assiste à l'un des plus beaux couchers de soleil de ma vie. 

Comme il a fait "chaud" cet hiver, le lac Michigan n'est pas complètement gelé. On voyait une multitude de sorte de nénuphars de glace/neige à la surface de l'eau.

 Plus on s'approchait du phare, et plus le terrain devenait ultrèmement glissant. Perso, je me suis arrêtée à mi-chemin comme une sale petite joueuse.

 En arrivant, nous avions peur que les nuages ne gâchent l'aventure...

 ...et en fait non. Je remercie l'atmosphère et la diffusion lumineuse pour ces couleurs magnifiques. 
(Et je félicite les tarés que l'on aperçoit sur cette photo pour leur sens de l'équilibre et/ou leurs chaussures cloutées)

C'était si beau que j'en change le fond d'écran de ce blog.

Après ça, la lumière a vite décliné, rendant le trajet retour encore plus casse-binette, et un vent bien glacial a eu le bon goût de se lever, décimant nos ardeurs de lugeurs nocturnes. Rentrage au bercail donc, et pétage de bide à base de burgers maison avant une soirée reposante à base de comatage devant Kuzco puis de "karaoké" youtube.

Comme j'ai l'ai flemme et qu'il faut que je rentre à la maison parce que quand même, je suis au taf depuis plus de dix heures, résumé rapide de la journée du dimanche :

- répartition chaotique mais amusante de la multitude de restes que nous avions.
- achat de bouées pour faire de la luge sur la colline repérée la veille. Génial ! La lopette de l'accélération non controlée que je suis n'a testé qu'une fois et l'expérience est à tenter pour tout le monde. Mention spéciale pour les gourmands loleurs qui ont tenté la superposition sur luge au péril de leur vie. Petit gif pour illustrer la rapidité et la portée de la descente.
Le vent glacé ayant gelé la crête, ça glissait très très très trop bien.
Vous remarquerez que je pousse Marion en plein sur des gamins qui traînaient par là, hinhinhin.
- Départ vers Grand Rapids, deuxième plus grande ville du Michigan, pour y déjeuner (resto de tapas yummy) 
- Faisage de patin à glace au Winter Fest qui y avait lieu
- Retour au bercail

En somme (ou plutôt dans le Michigan), un week-end vraiment sympa et dépaysant non pas au niveau de l'environnement mais des activités.
 

* l'intrus était évidemment la fondue, qui ne rime pas en -ette. Ceux qui ont trouvé me connaissent un peu trop bien, et gagnent un grain de quinoa généreusement offert par Gerblé, une marque qu'elle donne trop envie de gerb... es de blé sous la main comme dans Gladiator, bien sûr.

lundi 2 février 2015

02/02/2015 Ski, Snow & Superbowl

Ayééééééé, c'est l'hiver pour de bon. Le vrai, çui avec la neige et tout. Et à tous les badass du Michigan qui tentaient de me foutre les boules depuis le début genre "haha, tu vas connaître ton premier vrai hiver" avec un petit sourire ironico-sadique de connaisseurs qui veulent se faire mousser par les petits nouveaux, j'adresse un gigantesque "Mouahaha, rien à carrer, je me démerde trop bien sur la neige avec ma boîte manuelle de ouf, alors même si ma voiture fait parfois des zigzags non désirés, je vais prétendre que c'est trop easy".

Bon, en vrai j'ai de la chance parce que notre saison est super douce comparée à celle de l'an dernier. Si bien que nous avons failli devoir annuler notre sortie ski de samedi ! Hé oui, quasi pas assez de neige, un comble pour la fin janvier dans cet état réputé si hivernal.

Plein de motivations, nous nous rendons quand même sur place. Sur place, c'est à Kensington metropark, un énorme espace vert à moins d'une heure de voiture. L'été on peut y faire du golf, de la pêche, des randos, du canoë, louer des vélos, aller caresser les gentils nanimaux, juste pique-niquer... Plein de choix ! Et le parc reste un peu fréquenté pendant la saison froide, avec possibilité de faire du ski de fond & ... de la pêche sur glace ! On a même croisé des joggeurs aux tendances pour le moins masochistes courant dans la neige gelée.

Du ski de fond, j'en avais fait une semaine pendant ma classe de neige en CM1. Autant dire que je suis une pro parmi les pros. Fort heureusement, les autres étaient encore plus pros que moi, nous avons donc pu émerveiller les rares passants devant notre grâce toute Fourcadienne. Bizarrement, ils avaient un petit sourire en coin... Sûrement une réminiscence de bonne blague entendue précédemment, je ne vois pas d'autre explication.

 Est-ce un cygne ? Est-ce Superman ?
Non, c'est un débutant en ski de fond ! Qui l'eut cru ?

Vous noterez au passage que "quasiment pas de neige" en langage de manager de parc, ça reste tout à fait praticable. Même si on avouera avoir skié sur des petits bouts de pelouse de temps à autres, et que la neige n'était pas de première fraicheur.
Le plan des pistes fourni étant complètement pourri, nous avons improvisé notre parcourt, traversant çà et là quelques routes (ce qui était normal, y'avait même des panneaux "Ski Xing" - ce qui ne veut pas dire que seuls les asiats ont l'autorisation de mettre des bouts de bois aux pieds, les USiens sont juste trop flemmards pour écrire "crossing" en entier. Ou peut-être que le coût des panneaux dépend du nombre de caractères... Va savoir.), pour nous retrouver sur un chôli lac gelé saupoudré de poudreuse.

 Ma photo trop artistique où qu'il faut s'allonger dans la neige pour la prendre. 

 Certains avaient les boules de skier sur un lac, craignant qu'il ne puisse se briser. Heureusement, il y avait moult personnes déjà confortablement installés dessus.
En se retrouvant près d'un trou de pêche sur glace, on a pu en tester la profondeur : gelé sur quasi 30cm. Autant dire qu'on aurait pu rouler dessus en 4x4 sans souci.

Des pêcheurs sur glace qui tirent leur matos : de quoi pêcher, bien sûr. 
Mais surtout une petite tente pour bien s'abriter, de quoi la chauffer avec un équivalent butagaz, des thermos, une glacière remplie de bières, chips & autres denrées de survie.
On admirera également le camouflage parfait de nos amis américains, qui se fondent parfaitement dans la neige.

Tout le monde avait prévu qu'on se pèlerait les miches, et avait donc adopté la fameuse technique de l'oignon. Personnellement j'avais genre 6 épaisseurs sur moi, dont plusieurs super chauffantes. Hé ben on a crevé de chaud, à tel point que tout la monde a dû se désaper au moins partiellement sur la glace. Et après ça, on s'étonne que les français aient une réputation d'allumeurs.

Au final, débutants nous sommes arrivés, débutants nous sommes repartis. Nos mouvements avaient la même patauderie au début qu'à la fin, avec moult chutes et une technique pourrie. Il n'empêche qu'on s'est bien marrés.

 Cette petite colline insignifiante n'a été vaincue sans chute que par une seule personne du groupe. 
On aurait dû louer des luges...

 Et trois heures de balade plus tard, tout le monde toujours au top !
...
...
Bon, ok. Cette photo a été prise tout au début.


Mais bref, aprem très sympa, à refaire ! P'tet lire un manuel sur comment évoluer d'une manière à peu près présentable en ski de fond au préalable.

Le lendemain, c'était le Super Bowl. Une institution aux US, un nom qui fait vaguement penser à un récipient de Miel Pops portant une cape en France.
Donc, comment quoi qu'est-ce ? Et d'ailleurs pourquoi ça s'appelle comme ça ?

D'après ma bonne amie flemme wikipedia, voici ce qui le définit en résumé :
"Le Super Bowl est la finale du championnat de football américain qui voit s'affronter les vainqueurs des deux conférences pour le titre de champion de la NFL (National Football League). C'est l’événement sportif le plus regardé aux États-Unis."
Des deux conférences ? Ah bah ça alors je ne savais pas qu'en plus de leur sport de bourrinos, ces messieurs devaient jouter en langue de Shakespeare afin de se faire valoir.

Cette sculpture fait vibrer les US tous les ans.

En fait le nom de conférence ne signifie pas que les joueurs sont censés avoir plus de deux neurones (déception, ça pourrait nous changer), c'est simplement que cette compétition est née pour célébrer la fusion de deux ligues concurrentes du sport (NFL et AFL). Chaque club reste affilié à sa ligue d'origine; maintenant appelées "Conférences" puisqu'il n'y a plus qu'une seule ligue. Le premier SuperBowl date de 1967 et la fuuuuusion de 1970.

Et, comme je le disais, c'est un phénomène de dingue aux Etats-Unis. En moyenne 100 millions de personnes regardent cette compétition à la TV, soit plus d'un quart de la population. Sachant que ça a lieu tous les ans, c'est quand même impressionnant. Sur les dix meilleures audiences de tous les temps aux États-Unis, la moitié d’entre elles sont survenues lors des Super Bowls. Cet engouement s'explique en partie par le fait qu'il s'agit du seul championnat professionnel dont la finale se dispute en une seule partie, contrairement à la NBA, la LNH et la MLB, où la meilleure équipe est désignée au terme d'au moins quatre parties.
(Vous aurez peut-être reconnu la patte de cette brave wikipedia pour la dernière phrase).

Evidemment, les publicitaires ne sont pas passés à côté de la possibilité de parler à une telle audience. Ainsi, chaque année, il y a un combat entre les marques pour qui aura le meilleur spot, et les pubs du Super Bowl ont la réputation d'être Super Créatives, avec des budgets pharaoniques et de la guest star à tout va. A tel point que ça en devient un spectacle dans le spectacle. Mon coloc Justin, qui n'est absolument pas statisticien, estime qu'environ 45% des gens qui regardent le match le font plus pour mater les réclames que le match. Et en effet, en parlant à pas mal d'Américains qui ne sont pas à fond dans le foot, beaucoup vont répondre "oh moi, je regarde surtout pour les pubs". Il y a même plusieurs sites dédiés spécifiquement à les répertorier. Tous les journaux y vont également de leur article listant le meilleur ou le pire de cette année, un vrai phénomène.

Parlons-en, des pubs. En effet y'en a qui sont pas mal mais ça ne casse pas non plus trois pattes à un canard. Mais surtout, SURTOUT, bordel qu'elles sont en nombre !!!
Plus de la moitié du temps de retransmission est occupé par des pubs. Soit environ deux heures. Parfois on revient de pubs, on voit les joueurs pendant 3 minutes, et hop. Re-pub. Fichtrement insupportable en ce qui me concerne. Et j'imagine que les athlètes doivent être totalement hors rythme, quand même... Déjà que le foot US est un sport avec pas mal de coupures, naturellement, avec l'addition de ces "TV breaks", je vois mal comment ils peuvent rester dans leur match.

Allez, je vous intègre la pub la plus partagée de cette année :

Ah, la provenance du nom est pas mal croustillante :  Lamar Hunt, un coach d'équipe, est le premier à avoir utilisé ce nom imagé pour décrire le tournoi. Ca s'explique par le fait qu'une autre compétition célèbre de foot US s'appelait le Rose Bowl Game (Le stade était en forme de bol), et ce terme de "Bowl" s'est étendu et décliné de plusieurs façons différentes. Dans notre cas, Lamar dit que ça lui est certainement venu parce que son fiston jouait à l'époque avec un jouet appelé "Super Ball" (une balle rebondissante, quoi). Et comme le nom officiel original était bien relou à énoncer ("AFL-NFL Championship Game"), tout le monde a adopté ce terme là. Voilà voilà. C'est beau l'histoire, parfois.

Enfin bref. Tout ça pour dire que comme c'est un truc de fou par ici, je voulais vivre ça "à l'américaine". Justin-coloc étant américain, il avait évidemment des plans pour le jour J, plans auxquels je me suis empressée de m'incruster. L'idée de "fêter" ça comme dans les séries, avec des buffalo hot wings et autres odes à la malbouffe locale m'emballant totalement.

 Sans déconner, ils labelisent un tas de bouffe spécialement pour l'évènement. Genre ces wings, je n'ai pas le droit de les manger un autre jour !?
 Pas mal de gateaux spécialisés également. Ca reste du ultra-sucré écoeurant dans l'âme.

Sauf que...
Vous vous souvenez de la seconde phrase de cet article ? Ouais, celle-là même qui parlait de neige. Hier a eu lieu la première "journée blanche" de cette année, avec environ un demi-mètre de neige tombé au cours de la journée. Sachant que ça n'a commencé qu'à environ 13h. Bref, ça tombait comme vache qui fait du ski de fond.
Pour vous aider à situer, à un moment de l'aprem on est parti faire les courses, 30 minutes après être revenus, c'est comme si on n'avait jamais déneigé la voiture, qui se retrouvait blanche comme... bah... comme neige, bizarrement.

Donc bref, coloc ne voulait pas conduire pour aller chez ses potes voir le match. Moi à la base j'étais motivée mais il m'a demandé tellement de fois "Mais t'es sûre ??? ça va glisser salement, hein. Et pis il fera noir, tu pourras même plus distinguer le trottoir de la route", que j'ai fini par ne plus vouloir bouger mon popotin. Donc on est restés cloîtrés et on a mangé des crêpes en jouant à des jeux de société devant la TV. Ne levant le nez que pour certaines pubs, et aussi pour les touchdowns (quand même).

On était pour Seattle (équipe des Seahawks. J'ai mal compris la première fois et je les ai appelés "Seahorses". Du coup c'est resté, et on faisait des bruits de cheval à chaque fois qu'ils marquaient. Hihuuuuu, pataclop pataclop), qui a perdu contre Boston (New England Patriots). Cruelle et triste vie. Mais bon, vu comment on suivait ça de près, on n'a pas trop trop pleuré non plus.


Allez, en bonus, comme vous avez été sages, quelques photos de neige.
 Hier aprem, en rentrant des courses, c'est ce qu'on avait en ouvrant la porte. Truc rigolo : descendre l'escalier était casse gueule parce qu'on ne pouvait plus savoir combien de marches il y avait.


 Ce matin, avant de déneiger. Il a fallu pelleter pour pouvoir sortir la bagnole de là. Les routes étaient heureusement désertes, la plupart des gens ayant choisi de travailler de chez eux. Le tas que vous voyez à l'avant de ma voiture m'arrivait à la taille.
Déneigement pendant 20 minutes, en pensant "heureusement, il ne fait pas trop froid dehors, ce matin". Le thermomètre de ma bagnole indiquait -11°. Je deviens une warrior sans même m'en rendre compte.

Je ne sais pas si je suis la seule, mais je souffre de ce syndrome étrange qui me fait adorer quand les éléments sont "déchaînés". Par exemple, je sais pas si vous vous souvenez, mais on s'est chopé une averse de ouf malade y'a un an et demi environ, dans Paris. Alors que je me noyais à moitié (l'eau me trempait jusqu'aux chevilles) pendant les 15 minutes à pieds qui me séparaient du taf, j'avais ce sourire idiot et irrépressible aux lèvres. Peut-être parce que je suis fière de braver mère nature, peut-être parce que je suis contente quand elle nous fait comprendre à nous autres pauvres humains qu'elle est encore capable de nous mettre la pâtée. Après, je ne trippe pas non plus quand il y a des tsunamis et autres ouragans qui laminent des villes entières en tuant des gens; juste quand c'est un peu pénible mais stimulant.
En tout cas ça m'a fait pareil ce matin, j'étais trop contente de rouler sur toute cette neige et de galérer à sortir de chez moi. Ça vous arrive aussi ?

Au bureau ce matin, devant l'une des entrées, le vent projeté dans les escaliers a fait cette sculpture hallucinante en forme de vague

Et enfin la vue de mon bureau sur les parkings enneigés des environs. Il neigeait encore, créant l'illusion que des paillettes de lumière tombaient du ciel. C'était kro joli.

lundi 26 janvier 2015

25/01/2015 Bricolage

(Paf. Je démarre par une parenthèse parce que je suis une déglingo. En cherchant un jeu de mot à la con pour mon titre - on ne se refait pas -, grosse découverte : des gens font des sculptures en fromage ! Mais c'est pas complètement fou, ça !?)

Ces derniers temps, en proie à une inaction toute januarienne, je me loquise pas mal quand je suis ach'baraque. Et devant mes échecs successifs à m'approprier le Tesseract par un simple Actio; il a bien fallu trouver une autre façon de se bouger un peu le séant.

Ca fait un moment que je me disais qu'il fallait que j'aménage un peu plus ma chambre, au décor follement proche d'un complexe hospitalier. Assez peu hospitalier, donc. Et c'est ainsi que j'ai décidé de ... lire deux bouquins; finir les Friends; regarder la série Black Mirror (que je recommande chaudement d'ailleurs) et d'autres films. Autant vous dire que le concept de "se remuer" est parfaitement intégré chez l'homo-sapiens-canapiens.

Après avoir flemmisé une fois de trop, ce week-end, j'ai pris les choses en main ! Depuis le temps que ça me trottait dans la tête, j'avais une migraine pas possible à cause du bruit de sabots une idée assez précise de ce que je voulais. Et j'ai pu parfaitement le réaliser. Et par "parfaitement", j'entends "ça se ressemble à rien mais on s'en fout".

 Recette pour ... 4 micro-étagères custo

Ingrédients :
- Des planches de bois vernis parfaitement découpés
     - 4 rectangulaires 5x20 cm
- Des supports pour étagère métalliques à visser dans le mur. De préférence de type "tablette invisible"
- Des embauchoirs de type bien particulier pour maintenir les objets à exposer

Outils :
- Une visseuse électrique et ses vis

Bon, ça, c'eut été la version optimale. Sauf qu'évidemment je n'avais rien de tout ça. Et en plus, n'étant pas chez moi et doutant de la ré-utilisabilité de mon projet pour qui que ce soit d'autre, il me fallait éviter de percer des trous dans le mur.

Inventaire de ce que j'ai sous la main :
- Restes de découpe des meubles en kit que j'ai achetés. Les fameux "mais qu'est-ce que j'en fous de ce bazar" qui restent dans la main après trois heures de travail acharné à décrypter les dessins parfois abscons pour monter Skrüvsta. 
     - 2 planches d'environ 8cm sur 70. Epaisseur 2cm.
     - 2 planches d'environ 4cm sur 70. Epaisseur 1.5cm.
     - 2 planches d'environ 2cm sur 15. Epaisseur 1.5cm.

Ha bah voilà, je vais pouvoir découper les premières planches pour en faire des morceaux de taille adéquate ! Hop, je me saisis de ma scie circulaire et....

Uhm. Coloc ? T'aurais une scie circulaire ? Non ? Une scie à débiter ? Arf. Une normale alors ? Oh. J'sais pas, moi, un truc qui coupe un peu, quoi. Steuplé ?
Evidemment, il reste l'option raisonnable "se bouger le postérieur et aller dans un magasin de bricolage pour demander un travail de pro". C'est ainsi que munie d'un couteau de cuisine pourri mais un peu dentelé quand même, je me suis attaquée à la découpe.

Le travail de précision, c'est ma grande passion.
Le couteau a l'air balaise, comme ça, hein ? Je vous assure que non, c'était la merdicité même.

Voilà, je pense que je m'en serais aussi bien sortie avec ceux-ci.
On en avait des mieux mais il me fallait éviter de bousiller les affaires couteuses de coloc.

Malgré les deux crampes au bras et trouzmille échardes de sciure présentes dans mes petites mimines à la fin de cette étape, tout n'était pas terminé. (J'en profite pour remercier tous les fabricants de meubles de type "à monter soi-même" de choisir du bois tout pourri, sans quoi j'y serais encore).

Hé oui, sa majesté Dame Gravité nous gratifiant de la joie de sa présence à chaque instant, il me fallait trouver un moyen de fixer planchettes au mur en respectant deux principes fondateurs :
- 1/Eviter de transformer mon mur en gruyère (encore, le cheddar serait passé. Chiottes.)
- 2/Pouvoir supporter une masse légère mais quand même bien présente.

C'est ainsi que j'ai pensé avoir recours au meilleur ami du bricoleur daubesque : le scotch à double face ! (J'ai également envisagé le "Ni clou ni vis", seulement je n'en avais pas sous la main, et puis le double face a un effet "léché" encore plus merdique, il faut bien le dire, et quitte à avoir du matos de merde, autant le faire jusqu'au bout).

Seulement, bien au courant qu'une surface de collage de 2cm d'épaisseur ne suffirait pas à soutenir quoi que ce soit, il a fallu trouver un support plus large. Il me restait justement un peu de placo-bois qui pourrait remplir parfaitement cet office. Facile : suffit de re-découper les chutes en deux.

Ha. ha. ha. Une agonie & un sol ressemblant de plus en plus à du vieux parquet décati qu'à de la moquette plus tard; me voilà en présence des éléments finaux. Reste à intégrer le tout.

(En vrai je ne vous raconte pas ça dans l'ordre exact où se sont déroulées les choses, parce que j'avais déterminé dès le début que je me servirais des chutes pour le support, et même que je savais qu'il fallait que je taille les "gros morceaux" près des bords afin de pouvoir les clouer aux "petits morceaux" sans devoir poncer. Mais cette histoire de type 3617 MaVie (Hey !! Salut les années 90, ça farte ?) est déjà suffisamment chiante, il faut bien que je trouve des rebondissements.)

Munie d'un marteau et de mes faux cils et d'un paquet de clous, je fixe donc le petit dans le grand et, quelques coups plus tard, les voilà tous deux béats. Pas autant que mes pouces qui ont gagné une apposition gratuite de vernis bleu.

Admirez le service antivol incorporé à base d'échardes acérées

Ne reste plus qu'à faire la fixation et à placer les objets à exposer. Trop facile. (Si vous vous demandez depuis le début où je veux en venir avec ces foutues étagères, nous ne sommes plus loin du but. Je vous file un indice et trois secondes de réflexion : il s'agit de mettre en valeur des souvenirs que j'ai pris à des endroits et des moments très éloignés les uns des autres. Mais à quatre évènements très similaires ... ayant pour protagonistes principaux des millionnaires en short qui ne se baladent pas par troupeaux de onze).

Etape 1: done. Je m'attendais à moitié à ce que ça ne marche pas, mais...
3
2
1
Fin de la réflexion !

Tadam ! Voilà ! 
Il fallait bien qu'elles servent à quelque chose, ces foutues casquettes au rapport qualité-prix exagérément bas.
Pour bien faire cheap jusqu'au bout, se servir de vieux sachets plastiques et autres restes de papiers d'emballage de chaussure en tant que rembourrage de casquettes.

Et ne pas oublier de fixer les 4 mini-étagères de manière à moitié aléatoire sans faire de mesure préalable pour bien s'assurer que le tout ait l'air bancal.
Le truc ballot c'est que maintenant, je me carre à moitié du tennis, sauf pour Fed ... qui a perdu au troisième tour de l'Open d'Australie, réduisant mon intérêt pour ce tournoi de 99%.

N'empêche que depuis le temps que j'avais cette idée derrière la tête, ça me fait bien plaisir de voir ces couvre-chefs couvrir mon mur, pour changer. En plus maintenant je ne me sens plus suivie.