jeudi 30 avril 2015

15/02/2015 Nouvelle-Orléans, la suite de la suite

Au programme de ce dimanche, le centre-ville (que l'on commence déjà à bien connaître de nuit), un brunch jazzy sur le Mississippi, et évidemment, les omniprésents sont de la partie : la fête et le carnaval.

Départ de la baraque après une nouvelle courte nuit. Comme d'hab, on suit un défilé vers le centre-ville puisqu'on rappelle : il y en a tout le temps.

Nous passons par le French Market qui ne nous impressionne pas outre-mesure : c'est über artificiel en comparaison du reste de la ville. Fausses pattes de croco en résine, souvenirs kitschouille à gogo et plus de 50% des étalages qui vendent plutôt de la bouffe à emporter (mais pas des primeurs, vous vous êtes crus dans un marché ?). 
                                Le French Market : un peu trop d'ordre dans cette ville chaotique, 
                                      qui provoque une criante impression de non-authenticité

A un moment, tout de même, ce bon Ludo bloque sur place, comme tétanisé. S'est-il fait mordre par un serpent en plastique ? Non ! Il a aperçu qu'une des gargotes proposait à son menu... de la tortue !
Sorti de sa torpeur, il en commande un plat. Juste pour goûter vu que 1/On n'a pas faim (les plats d'hier sont encore présents dans l'estomac), 2/ moins d'une heure plus tard nous allons monter à bord du bateau de Tom Sawyer (de rien pour la chanson en tête, je ne fais que partager notre playlist de "passage 5 jours près du Mississippi"). Bilan : la sauce est bonne mais du coup on ne sait pas vraiment le goût de la bestiole. Très cartilagineux et assez gras sont les deux caractéristiques qui se dégagent.

Réussir à déceler la présence du chélonien planqué au milieu des alligators prouve la forte sensibilité Ludienne à la bouffe bizarre

Continuant notre vadrouille, nous passons près du Café du Monde, une institution locale très réputée pour ses beignets. Un dimanche pré-carnaval à midi, c'est ultra blindé de monde : 1h de queue pour avoir une table, 40 minutes pour commander à emporter. Mouais, non merci.

Le Café du Monde fait face à Jackson Square, LA place un peu classouille de NOLA.

Il est temps de nous diriger vers notre repas mouvant et musical. Tous à bord du Steamboat Nachez, où nous avons réservé une table. 
On n'a pas pensé à le prendre en photo de l'extérieur, donc merci Google pour cette illustration.
Un bateau à roues à aubes, n'est-ce pas délicieusement désuet ??

Légère frayeur alors que nous faisons la queue pour monter : l'équipage s'amuse à faire jouer des morceaux par les cheminées du bateau, et le rendu sonore est puissamment horrible. D'autant qu'ils ne choisissent que des airs de parc d'attraction, on craint pour le côté "Jazzy" de la croisière. 
Heureusement, ça finit par s'arrêter et nous sommes accueillis à appendices supérieurs horriblement mutilés et sanglants à bras ouverts et on nous indique notre table.

La.Classe.

Là nous attend un buffet assez simple mais correct (d'après moi). Le groupe de Jazz est posté au bout de la salle et attend que tout le monde ait fini de manger pour entonner. Ambiance assez tamisée, et musique calme, presque trop tranquille.
C'est pas mal mais un peu décevant : je m'attendais à du jazz super pêchu qui fait danser tout le monde

Du coup évidemment on va se balader dehors : c'est pas tous les jours qu'on se promène sur un bateau à l'ancienne comme celui-ci ! Le paysage n'est pas délirant, surtout avec la grisaille, mais regarder le mécanisme tourner constitue un spectacle assez hypnotique !

 Mais où est Victoria Silvstedt ? C'est de la magie !!
 Remarquez ce que tient Ludo : c'est la tortue. Qu'il se trimbalera toute la journée. Le sac plastique a été gentiment procuré par le personnel du Steamboat Nachez pour cause de sauce dégueulasse répandue sur leur moquette.
Evidemment, le drapeau des US se doit de résider sur un bâtiment comme celui-là.

Après être restés sans rien faire pendant deux bonnes heures, il faut évidemment nous remettre de nos émotions ! Une micro-brasserie qui traînait par là nous ouvre ses portes. Comme dans tous les lieux de restauration de la Nouvelle-Orléans, il y a une scène, et quelqu'un qui joue du Jazz dessus.

Jolie ligne de teintes, non ? 
Les deux trognonnes peluches sont les compagnes de voyage de Yann, qu'il emmène partout avec lui dans son trip pour qu'elles voient le monde.
Son Pull Bleu fut également l'un des éléments clefs du week-end, car il devient irrésistible dès lors qu'il le porte.

Ensuite a démarré ce que nous baptisâmes par la suite du voyage "la soirée de la loose". Pourtant, tout commençait bien : nous découvrons un bar à cocktails lounge très classe où on nous sert des boissons atypiques accompagnées d'un apéro tout aussi atypique. Puis rejoignons Bourbon Street où nous enchaînons quelques bars sympathiques. 
Juste une parenthèse. Énormément de gens se baladaient dans les rues avec de longs verres verts pas en vair vers lesquels nous nous destinions, ceux-ci ayant l'air rigolos (l'extrémité ayant une forme de grenade). 1/ C'était dégueulasse (sucré et écœurant, comme toute denrée aromatisée au soi-disant melon). 2/ C'était cher. 
Bref, pour se venger de la manifeste arnarque, 
1/ Ludo a terminé sa tortue (froide, bien sûr !) comme un vieux hobo sur un coin du bar servant ces stupides boissons, embaumant ainsi le reste des potentiels clients
2/ Nous avons rick-rollé le bar qui avait un jukebox électronique
En vrai il me semble que c'était dans un bar différent, sauf que je ne veux pas passer pour une sadique gratuite.
Je voulais le mettre 5 fois d'affilée mais ce n'était pas possible. Grosse tristesse.

Puis ce fut le grand retour à notre repaire de dueling pianos, avec comme toujours une ambiance de malade. On y serait bien restés toute la nuit, cependant, c'eut été un peu gâcher au vu du nombre de possibilités s'offrant à nous. Qu'à cela ne tienne, avec la tortue en moins nous sommes nettement plus mobiles. Nous suivont Katie, une amie Néo-Orléanaise de Yann, qui nous emmène dans un bar à Karaoké assez sympa. Bondé, en revanche. On n'y reste qu'une petite demi-heure et on cherche un endroit plus tranquille.
En remontant un peu plus loin que la rue de la soif, on en trouve un. Il y a une cover (=il faut payer un droit d'entrée) et pas de musicien live. On y va quand même, il paraît que c'est bien.
En fait, pas terrible : les boissons sont chères, la musique pas incroyable, l'ambiance correcte sans plus. Si on n'avait pas payé l'entrée, on serait déjà partis. Là on décide de rester quand même une heure, histoire de rentabiliser (bref : le bar nous aura pourris deux fois !!).

Très mal nous en a pris, puisque Laetitia perd sa carte d'identité. Malgré nos recherches poussées sous les canaps et partout sur le sol, impossible de la retrouver. On demande au bar, on s'imagine que quelqu'un l'a piquée, on refouille et rerefouille. Finalement on décide d'attendre la fermeture du bar histoire de pouvoir chercher bien comme il faut. Donc en attendant, l'ambiance étant retombée, on se pose sur un canap', et, grosso modo, on attend chiantisemment (malgré l'insistance de Laetitia qui nous dit d'aller ailleurs profiter de notre soirée).

Au bout d'environ une heure, Yann et Katie vont dans un autre endroit et nous préviennent mais je n'entends pas. Benoît est rentré depuis 3 bars. Encore un peu plus tard, la meilleure idée devient d'aller au commissariat. Laetitia décide d'y aller seule. Du coup je vais chercher les trois autres. Je fais un tour du bar : personne. Un deuxième tour : la même. Plus de batterie pour contacter qui que ce soit.
Je jette un oeil dehors, personne non plus. Bon. Je m'imagine qu'ils sont partis tous les trois à un moment, las d'attendre. Du coup je rentre seule à l'appart'. Bah les 40 minutes de marche qui m'en séparent ont rarement paru si longues et douloureuses pour les panards !

Epilogue : Laetitia a vu plein de gens rigolos et torchés au commissariat. Le lendemain, le bar l'appelait pour signaler qu'ils avait retrouvé sa carte, glissée sous un canapé.
En démêlant le "comment on s'est tous perdus hier soir ??" je découvre que Yann et Katie avaient prévenu de leur départ. Et que Ludo avait juste pris prendre l'air pendant 5 minutes en faisant un tour de pâté de maison. Évidemment, la déesse du timing a fait en sorte que je le cherche pile poil à ce moment là, et en gros on sera tous rentrés chacun de son côté comme des boulets.


Vous avez vu comme j'ai réussi à me tenir à ma nouvelle formule longtemps ?? Ouaip. Trop fière.

dimanche 26 avril 2015

14/02/2015 Nouvelle Orléans, la suite

Revenons donc à l'ordre chronologique des évènements, avec une tempo-téléportation en février. Nous nous étions quittés après la première soirée en Lousiane et nous apprétions à décrire la première journée complète qui s'ensuivit.
D'un commun accord, lors de la préparation du voyage, nous avions décidé de caser toutes les activités culturelles un peu excentrées le premier jour, histoire d'avoir tout le temps de profiter de la ville et du carnaval par la suite.

Au programme de ce samedi, donc : visitation d'une plantation et tour sur le bayou. Et bien évidemment, gastronomie culturelle pour agrémenter.

Le réveil à huit heures fut fort douloureux. Encore heureux, c'est Benoît qui avait la bonté de conduire et ce brave jeune homme avait plus de sommeil dans les patounes que nous autres.

Direction : La Laura Plantation, l'une des plus recommandées du coin pour sa visite intéressante.
 L'entrée du tour, avec vue sur la maison de type colonial. La peinture n'est pas d'époque mais a été refaite en adéquation avec les couleurs originelles.
Remarquez qu'on était à la mi février, qu'à Detroit il faisait -20, et qu'ici on pouvait se balader en pull.
 Notre guide Ethan n'aurait pas dénoté chez les One Direction. Blague à part sur sa jeunesse apparente, il connaissait l'histoire de la famille sur le bout des doigts.
 Tout le mobilier était d'origine ou reproduit via des peintures. Ils ont pu créer ce tour à partir des notes de Laura, une fille des propriétaires (qui devint ensuite la propriétaire elle-même)
 Je m'attendais à ce qu'on se balade plus à l'intérieur de la plantation, mais la visite est déjà très complète sans cela. Ils mettent beaucoup l'accent sur l'histoire de la famille des proprios mais en profitent pour bien décrire le système de l'époque.

 On apprend aussi que certains esclaves étaient de fameux architectes, puisque c'est eux qui ont bâti cette baraque, encore debout de nos jours dans une région assez peu favorable climatiquement (marais + ouragans font rarement bon ménage avec les habitations).

 Les baraquements que l'on voit là sont les anciennes cuisines. Les esclaves, eux, logeaient dans des cabanes de bois au milieu des plantations : plus rapide pour aller travailler aux champs.
Petit électrochoc : les prix des esclaves en vente en 1808 traduits en euros 2003 (en prenant compte de l'inflation). 100k€ max pour la vie d'un homme, sympa.

 Lire le règlement sur la façon de traiter les esclaves fait sacrément frémir; surtout quand on sait qu'aussi dures que soient les conditions décrites, elles n'étaient pas toujours suivies. Il y a seulement 200 ans de cela ! 
 D'après le guide, les esclaves "américains" n'étaient pas traités différemment des esclaves "français" (la Louisiane étant restée cocoriquienne jusqu'à 1803, et les gens n'ayant pas changé de langue ou de culture du jour au lendemain).


 Si nous avions eu du temps, les visites suivantes tentaient bien... Mais avec le tour du bayou prévu dans l'aprem et il la nécessité de nous sustenter, impasse.



Nous voici donc dans un petit boui-boui au bord de la route à la décoration pour le moins intéressante.


Plein de spécialités locales. Nous optons tous pour des écrevisses, recommandées par Benoît. Sauf Ludo, parce qu'il kiffe faire son intéressant.

Les rations sont pour le moins... Imposantes. (A tel point qu'on est tous en train de les photographier, comme vous le voyez).

Tristesse et preuve que l'esclavage laisse encore des traces dans la région : ils vendent également.... des roux, oui. Mais vintage !

Destination suivante : le bayou ! Nous avons réservé un petit tour en bateau sur les marais si typiques de la région. Enfin je dis typique, c'est un euphémisme : la Louisiane à l'origine est un gigantesque marais, c'est d'ailleurs assez saisissant vu de l'avion.

Notre guide Brandon, dont la ressemblance avec son homonyme de Beverly Hills nous saisit tous, est un vrai américain pur et dur. En guise d'apéro pour le tour, il nous fait passer son album photo où on le voit faire mumuse avec des alligators (logique, c'est dans le cadre de notre visite), mais aussi... Chasser le sanglier en famille et autres joyeusetés. Euh. Ok.

Il n'y a pas foule d'alligators en cette saison (ces feignasses hibernent), mais la faune bayouienne comprend aussi ces charmantes bestioles que sont les ratons-laveurs. Qui sont apparemment de vraies plaies pour la faune et la flore locales, sauf qu'on s'en fout parce qu'ils sont trop kawaii avec leurs 'tites papates.

On croise aussi un héron-je-crois, typique des descriptions fauniennes de Marie

Et PAF ! Alligator ! Trop bien, il semble encore tout endormi, aucun besoin de trop s'en éloigner. 
En fait, Brandon nous explique que contrairement à l'image qu'on s'en fait d'après les films, ces bestioles sont de nature très docile et qu'ils sont très peu agressifs. C'est juste qu'une production d'horreur à base de ratons-laveurs foutraient un peu moins les boules.
 Et à partir de là, SURPRISE ! Le guide nous a ramené des spécimens de la faune locale pour nous faire découvrir le vrai bayou. Aucun animal n'a été maltraité durant cette manœuvre grâce aux explications de Brandon, sauf peut-être les morts. Un peu.

 D'abord des tortues rigolotes, dont celle-ci qui a un petit nez tout pointu et qui peut tirer la langue super loin.

 Puis ce ragondin; qui doit être l'oeuvre de Chuck Testa tant il est réaliste.
Un bout de fourrure de je-ne-sais-plus-quelle-bestiole, qui a adoré passer entre nos mains.
(Cet enfoiré de guide m'a grillée à cette occasion, attirant sur moi l'attention d'une trentaine de passagers)

La carapace de Tortue Géniale !
Et puis...
 Des serpents !
Truc fun : Brandon nous passait les spécimens l'un après l'autre, d'abord côté droit, puis côté gauche. Quand il a fait surgir un reptile, il a d'abord tenté de le faire partir à droite. Les 6 personnes à côté de lui ont hurlé (alors qu'il avait bien expliqué que la bestiole était inoffensive). Il a donc tenté de le filer à quelqu'un plus loin, sans succès.
Du coup, il se tourne côté droit, là où nous nous trouvions. Là, instantanément, 8 mains se tendent pour saisir le serpent ! Hé ouais, nous on est des vrais badass.
Autant le premier serpent était choupinou tout doux, genre pépère en charentaises, autant ce second se mouvait ultra rapidement. C'est vraiment une chouette expérience.

 Et enfin, le clou du spectacle, un alligator ! On croirait un bébé, mais il a en fait déjà deux ans. Le guide est obligé de lui mettre ce sparadrap autour du museau momentanément pour des raisons de sécurité, mais nous montre en live que ce n'est absolument pas nécessaire. Bébé wally reste en effet tout tranquille entre ses mains.

 On continue en même temps la balade sur le bayou et son paysage si pittoresque...
...avec encore 2-3 alligators en semi-hibernation aperçus. Puis retour à la voiture et Benoît nous embarque vers une balade dans le bayou pour aller voir le coucher de soleil.

 La végétation se prête bien aux compositions à la con.

 Le Yann et la Liane.

Victimes de notre temps: sur les 5 personnes de cette photo, quatre sont en train de prendre la selfie, ce qui nous a donné plein d'angles différents. Devinez c'est qui la pisse froid n°5 ?
La lumière du couchant ne rend pas trop, mais je poste cette image quand même : Je me souviens qu'il y avait un délire sur cette écharpe déployée mais si quelqu'un a une réminiscence plus précise, je prends.
 
 
Après cela, retour à NOLA pour une soirée similaire à celle de la veille, en un peu moins longue. Je ne détaille pas parce que j'aborderai tout ce qui est carnaval dans un post séparé. Juste, pour que vous ayez conscience des portions américaines, voici ce que nous avons reçu en commandant un "appetizer" pour 4.


 Le bazar coûtait une douzaine de dollars, donc on pensait réellement avoir des petites bouchées pour goûter. On est repartis avec 4 doggy bags ce soir là (vu que le plat qui suivait était également à la hauteur).


jeudi 16 avril 2015

16/04/2015 La SNCF vous informe...

... qu'un incident de flemmasserie mêlée de peu de temps libre a provoqué un retard d'environ deux mois sur toutes nos publications. Nous vous remercions de votre compréhension.

Bien le bonjour, chers lecteurs délaissés. 

Première info, ça va bien entendu mieux, et cette absence de nouvelles n'était pas le signe de mon trépas auriculaire, mais plutôt le chien de Mickey. Pardon, mais plutôt la conséquence d'une grosse montée en charge au travail qui m'empêche d'utiliser mon salaire pour raconter mes aventures. Ce n'est pas sur le point de se calmer, d'autant que je fuis vers Las Vegas ce soir, babies. 

Deuxième info, je suis super à la bourre. Il y a d'abord mardi gras à raconter, puis Vail, puis la Saint Patrick, le combat MMA, le Kentucky et son Trucking Show, le re-retour à Toronto et Niagara, la visite de Detroit avec un guest from NyouYôôr, et bientôt l'Utah également. En plus d'articles que j'ai envie de pondre depuis un moment sur les menues différences du style de vie américain, ou des évènements 100% Detroit comme la Marche du Nain Rouge. Et cette file d'attente conséquente me motive à peu près autant que la perspective de devoir récurer du parquet avec une brosse à dents usée jusqu'à la corde en écoutant Ilona qui chante "c'est Noël" en boucle.

Troisième info, il faut bien dire que je ne me sens pas de taille à habiller la Nouvelle Orléans de ma prose. J'ai passé un paquet de bons week-ends depuis que je suis ici, et jusqu'à présent j'ai fait de mon mieux pour les retranscrire au mieux ici en tâchant d'en capturer l'ambiance. Ça a plus ou moins bien marché par le passé : quand je rentrais d'un voyage et que je pensais à l'article à pondre, au fur et à mesure je préparais des phrases sympa dans ma tête, puis je raffinais. 
Pour la Louisiane, ça me semble compliqué : bizarrement je n'ai pas de subite inspiration pour des formulations fidèles et mordantes des moments vécus. A part énumérer des superlatifs, je ne vois pas  bien comment je vais m'en sortir.

Aussi,  j'ai pris la décision majeure suivante : mes futurs articles seront en mode album photo annoté. Plus d'envolée lyrique de 8 pages avec monologues intérieurs pour expliquer comment je me coupe les ongles. 10 lignes de texte max, puis une énumération de photos légendées. Ça ne me plaît pas outre mesure, cependant ça me paraît mieux que de laisser cet espace en friche totale, non ?

lundi 9 mars 2015

08/03/2015 J'ai testé pour vous... la fulgur'otite et le cabinet médical à l'américaine

(Je m'excuse par avance du côté imbitable, outrageusement long, et non imagé de l'article à venir. En même temps, je ne suis pas certaine que vous auriez adoré les photos illustrant cet article)

De manière générale, j'ai la chance de ne pas être souvent malade. Faut croire que je compense pour ma petite enfance où j'ai rendu mes pauvres parents dingues à force d'allergies, eczéma, bronchites asthmatiformes et autres saloperies à répétition. Bref, depuis que j'ai dépassé ce stade, j'ai grosso modo une crève par an, un gros mal de crâne s'apparentant à une migraine par an, peut-être deux boutons de fièvre par an, et basta. Rien de bien vilain quand je compare à certains membres de mon entourage qui prennent pas mal cher en ce moment (coucou les loulous, je pense bien à vous).

Une rougeole attrapée il y a... aoutch ... 5 ans maintenant (! ça fait 5 ans que je bosse !) m'avait rappelé à quel point on peut être affaibli par de toutes petites choupinettes particules qui décident simplement de faire une visite de courtoisie à notre gentil corps en parfaite santé par ailleurs. Au point de devoir s'y prendre à deux reprises pour simplement aller jusqu'à la cuisine se verser un verre d'eau. Dans un studio.

Là, ça faisait deux semaines que je nageais dans ma crève de l'année. Celle-ci avait été un peu plus gratinée que d'habitude (dû annuler deux sorties qui me tenaient à coeur parce que je n'étais pas en état), mais bon, rien qui ne soit arrangeable par le merveilleux combo thé+miel+citron. Je toussais /éternuais encore un peu, c'était normal que ça reste parce que je ne m'étais pas beaucoup ménagée avec toutes les réjouissances du mois (la dernière en date : le ski, que je raconterai plus tard bande de petits impatients). Celle-ci s'était bien amenuisée, au point que j'avais prévu un programme pas mal chargé pour le week-end : sortie dans Detroit le vendredi, Detroit Institude of Arts le samedi (musée que j'ai envie de visiter depuis un sacré bout de temps), et show de Monster Trucks le dimanche sentant bon l'huile de moteur et la bud light. Avec la possibilité de greffer en plus des sorties le samedi soir et le dimanche soir, j'étais calée.

En sortant du bureau, vendredi soir, je me sens anormalement fatiguée eu égard à la quantité de travail accomplie (j'avais bossé, hein, mais c'était pas non plus du 8h-22h intensif). Qu'à cela ne tienne, power nap de 20 minutes avant d'aller chercher les filles. Évidemment, en tant qu'adepte des siestes de 3 heures, celle-ci ne me fait que l'effet du "encore juste une minute" et c'est avec une motivation proche du négatif que je sors du lit. C'est bien parce que je leur ai dit que je les conduirai à Windsor et qu'elles n'ont aucune autre possibilité, et qu'en plus elles parlent très peu anglais que je me force à gagner ma voiture, prise d'un excès de mère-poulisme. Elles, c'est deux étudiantes que Julie a hébergées hier, avec qui j'ai sympathisé en soirée, qui sont en road trip depuis une semaine, et sur le chemin du retour vers l'université de Sherbrooke. Université à laquelle j'étais passée lorsque je faisais mon stage à Montreal.

Bref, je les rejoins, on va dans Detroit, on passe un bonne soirée dans un bar très sympa (Cafe D'Mongo speakeasy, je le note pour pouvoir le retrouver facilement). Sauf que dès le début de la soirée, mon oreille droite se met à se boucher un peu. Comme sous l'effet de la pression en avion. Rien de bien grave, je tente mes techniques de fouine apprises en cours de plongée pour décompresser (avis aux experts techniques : oui, je sais que le vrai mot est "équilibrer"). Pas trop d'effet. Bon, attendons, ça va passer.

Evidemment, si je consigne ça sur ce blog, c'est que ce n'est pas passé. Ca a même empiré, salement rapidement. Du coup je crains que je n'aie pas été une très bonne compagne de soirée/route pour mes deux covoitureuses. Mais je les ai déposées à bon port, Mission Complete. A ce moment, je commence à avoir vilainement mal à l'oreille. Comme quand on plonge en apnée et qu'on se prend la pression, avec le même acouphène. Sauf que là, c'est constant, et que ça ne part pas quand on remonte en altitude (vous me direz, je n'ai pas essayé de sauter à trois mètres de haut, peut-être aurais-je dû ?).

Je maudis la personne devant moi à la douane (Windsor est la ville juste de l'autre côté de la frontière, remember ?) qui prend méga longtemps à se faire accepter chez l'oncle Sam. Je commence à hurler "j'ai mal, putain" toute seule dans ma voiture. Puis quand finalement j'arrive au niveau de l'agent, je me maudis environ trois fois plus : j'ai pensé à prendre mon passeport, mais pas le formulaire DS2019 qui va avec. J'avais lu quelque part qu'il n'était pas nécessaire de le prendre quand on se rendait au Mexique ou au Canada, ce que je dis à l'officier en charge. Il m'explique que si, qu'à partir du moment où j'ai quitté le pays il me le faut, que je devrais à vrai dire l'avoir sur moi tout le temps, que sans lui mon Visa n'a pas de valeur.
Hé merde. Pourquoi je n'ai pas pris ce fichu papelard avec moi ? Jusqu'à présent je l'avais toujours chopé. Peut-être juste ma vaseuserie au sortir du lit avant de récupérer les couchsurfeuses à l'aéroport. Bref, l'agent est sympa, il m'explique que normalement je devrais aller à l'intérieur et subir un interrogatoire, mais il va faire les démarches pour moi ici même. Je le bénis et me maudis intérieurement de la part de tous les gens derrière qui vont devoir attendre des lustres avant de passer. De ma part à moi aussi parce que je douille salement et chaque minute qui passe va participer à l'amplification de ma douleur, et donc à la dégradation de ma conduite. Moi qui adore être au volant, je ne peux qu'anticiper l'expérience géniale des 20 minutes qui doivent me ramener chez moi.

Après dix bonnes minutes de check (bon sang, comment est-ce que leur base de données est constituée ???), l'officier me relâche. Je m'excuse platement, il me dit que c'est ok, que je ne savais pas. Les gens dans la file d'attente commençaient à vraiment s'impatienter, et je les comprends. J'ai même entendu deux coups de klaxon. Entre-temps, je me suis souvenu que la phrase que j'avais lu sur Mexique/Canada concernait une autre autorisation et que j'ai mélangé mes pinceaux. Bien joué, Marie.

La partie n°2 du calvaire commence. Je suis le trajet gentiment indiqué par mon GPS (qui ne marchait pas côté Canadien, avec mon état de forme olympique j'ai donc mis un paquet de temps à retrouver le chemin exact vers le "Tunnel To The US" qui était pourtant à deux pas). Coup de bol : un accident vient d'avoir lieu sur mon itinéraire recommandé. Bouchons à perte de vue et 1h d'attente estimée avant le bercail.
Je hurle "Mais j'ai MAL, bordel !!". Coup de bol, pour de vrai ce coup-ci, le GPS détecte l'urgence dans ma voix et me propose un itinéraire bis. Une sortie plus tard, me voici à nouveau à 22 minutes de chez moi.

Sur la route, j'ai beau savoir que ça n'arrange rien, je meumeume sur les chansons à coups de "Aïe aïe aïe aïe". J'ai dû confondre le Canada et le Mexique. Comme je suis sourde de l'oreille proche de la radio, j'entends très mal donc en plus je dois chantonner comme une casserole rouillée. Heureusement, le bruit de l'acouphène couvre celui de ma propre voix donc la seule à pouvoir en souffrir n'est pas affectée.
Finalement, j'arrive à la maison. A ce moment là, la douleur a atteint le stade de l'insupportable. Je me jette sur 2 dolipranes 500 en espérant qu'ils l'atténuent un peu, que je puisse au moins dormir. Plus zombie qu'humaine, je me mets en tenue de nuit, envoie trois textos pour annuler mes engagements du lendemain, et je titube jusqu'au lit. Je me couche avec mille précautions, espérant ne pas amplifier la douleur avec quelque mouvement brusque que ce soit. Mon corps tremble de manière incontrôlable, j'imagine que c'est la manière qu'ont mes nerfs de dire qu'ils n'apprécient pas. Moi non plus les gars, on est dans la même galère, ce serait gentil de me laisser tranquille.

Je geins, je sais que ça ne sert à rien mais je geins. On a tous connu le stade où la douleur nous arrache une larme. Par exemple, je garde le souvenir d'une piqûre anesthésiante dans ma machoire du haut, juste avant de me faire retirer mes dents de sagesse qui m'avait fait penser "Quand vont-ils programmer un anesthésiant pour l'anesthésiant ??". Le truc chouette, c'est que ça n'avait duré qu'une seconde ou deux, après quoi je m'étais amusée de la sensation "bois" prise par ma gencive.
Là, c'était pareil, même douleur aigüe et trop forte pour mon gentil cerveau. Sauf que c'était permanent. Pas de variations d'intensité, pas de lancement. Continuement atroce.

Mes pensées joyeuses tournaient en boucle autour de ces quelques petites choses :
- tiens, je me demande si c'est la fois où j'ai le plus mal de ma vie ? Pas sûr, il y a aussi eu ce moment au lycée, où une carrie avait surgi sous un plombage, ça me lançait comme pas possible et je n'avais pas dormi de la nuit à cause de la douleur. Uhmm, mais il me semble me souvenir que ça oscillait en intensité, alors que là ça ne bouge pas d'un iota... Oui, quand même, difficile de trancher...
- J'ai MAL. MAL. MAL. Bordel j'ai MAL. AÏEUH.
- Des gens se font torturer en ce moment même dans le monde. Pour leur calvaire, tu peux bien résister un peu et arrêter de geindre et pleurer de manière incontrôlable 3 minutes, Marie, non ? (La réponse était non.)
- Cerveau, la douleur est une information. Là j'ai compris, d'accord ? Tu as très mal. Même que les nerfs autour, tout autour en pâtissent et que ça me paralyse la machoire et me fait très mal à la tête. Totalement compris. Roger that. 20/20. Capisce. Maintenant si tu pouvais commencer à interpréter l'information autrement, par exemple en la transformant... je sais pas moi, en musique, ou en sensation de soleil sur la peau, ce serait super apprécié.
- Une OTITE. Marie, une otite c'est une maladie que les bambins ont environ 2 fois par semaine jusqu'à leur premier anniversaire. Même eux sont plus costauds que toi. C'est une de ces infections que tu classifiais au même niveau que "Rhume/Gastro/Toux". Alors tu vas me faire le plaisir de t'excuser auprès de tous ceux à qui tu as juste dit "oh, pas cool" quand ils t'ont dit qu'ils avaient une otite, d'une part; et d'autre part tu vas essayer de relativiser, d'accord ?
- Mais qu'est ce qu'ils foutent, ces dolipranalacon ?? Ca fait bien 5/10/15/...30 minutes là, ils auraient dû faire effet ? Est-ce que ce serait dangereux d'en prendre un troisième ?


Deux dolipranes plus tard, rien n'étant amélioré, je me résouds à passer une nuit de merde et à attendre que mon tympan explose dans mon oreille, ce qui amplifierait sans doute la douleur momentanément, mais qui devrait être soulagé après. J'hésite à réveiller mon coloc mais je vois mal ce que qui que ce soit pourrait faire. Ca va passer, ça va forcément passer. Il faut que ça passe.

Une effroyable heure et demi plus tard, j'entends un bruit dans mon oreille. Pour les plongeurs, ça ressemble un peu au bruit qu'on fait lorsqu'après une immersion, on remonte progressivement à niveau. Pour les autres, c'est un peu comme quand on dégonfle une baudruche. A partir de là, 
--- ATTENTION, VOUS ENTREZ EN ZONE CRADO, VOUS N'AVEZ PEUT-ÊTRE PAS ENVIE DE LIRE CE QUE VOUS ALLEZ LIRE PAR LA SUITE, CA PARLE DE FLUIDES CORPORELS --- (oups, je les ai mentionnés dans la partie en majuscule. Bon appêtit.)
j'ai senti que du liquide commençait à  bouger dans mon oreille. Evidemment, je ne voulais pas agresser mon tympan plus qu'il ne l'était déjà, donc le coton-tige était hors de question. En revanche, je pouvais créer un drain à partir de papier toilettes très finement entortillé que je placerais à l'entrée de mon oreille. A ce moment-là, la secrétion était transparente, un peu comme de l'eau ou du sérum phy. La douleur restait ignoblément atroce, mais bon, au moins, je m'occupais. Entre temps, les tremblements avaient cessé.
Je tâchai de positionner les deux oreillers pliés à moitié l'un sur l'autre, de manière à soutenir ma tête sans pour autant obstruer mon oreille : il fallait que la gravité fasse son office mais je sentais que je ne devais rien mettre en contact direct et prolongé avec l'organe qui me faillissait. Après une demi-heure de plus et d'autres gargouillis auriculaires, la douleur a enfin commencé à descendre. Très, trop progressivement. Les drains commençaient à faire figurer du sang en plus de leur liquide primaire.

Finalement, environ 4 affreusement longues heures après le début de mon calvaire, la douleur devient enfin suffisamment supportable pour permettre le sommeil. Pas agréable pour un sou, mais moins long que la réalité. Le lendemain, je me réveille avant 8h. Pas moyen, j'ai droit à plus de répit que ça. Après drainage enthousiaste et verre d'eau, je me recouche. Vers 10h30 je sors du lit. Envoie des textos pour annuler mon programme de la journée, pour savoir si ma pote Laetitia (héroïne qui figure désormais à mon Panthéon) qui a récemment eu une otite (comment a-t-elle survécu sans se plaindre ??) aurait des médocs en stock, qui est-elle allée voir comme docteur ? AUCUN ? Nom de Zeus, j'appelle de ce pas le service de Canonisation pour ta gloire.

Justin n'étant jamais malade (et, je le soupçonne : n'ayant pas d'assurance), il ne connait personne non plus. En revanche, il a déjà remarqué qu'il y avait un cabinet clinique au coin de la rue. Je n'ai pas envie d'aller chez un docteur aux US. Genre du tout. Quand on m'a filé ma carte de sécurité sociale pour ici, j'ai espéré très fort n'avoir jamais à m'en servir. Ou a la limite juste pour refaire mes lunettes, et encore... En cas d'ultime recours. "Mais il est là, l'ultime recours, stupidasse !? Tu attends de mourir pour traîner ton séant céans ??" (Je déconne, mon état neuronal n'était pas assez éveillé pour faire des jeux de mots, c'est cadeau pour ceux qui ont lu jusque là. Et le premier qui me rétorque que c'est pas drôle, et bah, euh... Je sais, mais ça reste pas très gentil de sa part de ne pas plus compatoyer à ma misère.)

Ok, donc il est temps de tester cette carte super VIE international mutualisé que l'on m'a remise, parce que j'ai quand même encore foutrement mal. Je l'assure que je peux me rendre toute seule là-bas, et c'est bien le cas. A l'allure d'un escargot shooté, certes, mais je m'y rends. Toutes les reviews google du cabinet sont ultra enthousiastes à base de "wahou, c'est du top level, l'endroit est nouveau, les équipements sont de première qualité, et le docteur est si gentil que j'ai envie de lui faire des enfants". 
J'exagère un chouïa, mais sérieusement, tout le monde recommande et like. Car oui, comme la santé ici est privée, de la pub est faite en permanence pour la médecine (de type : "Nous avons mis nos enfants à l'hopital Beaumont, car nous ne voulions pas qu'ils meurent. Nous on est des bons parents friqués. Vous seriez de gros connards irresponsables de les mettre n'importe où ailleurs", je suis à peine au delà de la réalité). Et donc à l'entrée de cette mini-clinique, v-la-t-y pas que je vois des autocollants "Like us on facebook ! Recommend us on Google+ !" qui me mettent en confiance, tel un cheval entrant dans une boucherie Picard.

Je rentre, et la première chose qu'on me demande au guichet, c'est de signer un papelard notifiant ma présence, un autre papelard avec mes informations, ainsi que ma carte d'assurance. Déjà, j'ai oublié mon numéro de sécu US. Et ce n'est pas comme en France où il est bon de le garder sur soi totalement : le jour où j'ai reçu ça, on m'a dit de le planquer en lieu sûr pour éviter les usurpations d'identité. Bref, je suis obligée d'appeler Justin et de lui demander de regarder pour moi. Je complète enfin le fichu formulaire, lu en travers à cause de mon état daubé. Ensuite, un peu intimidée, je sors les deux bouts de papier imprimés prodigués par ma mutuelle VIE (je n'ai jamais reçue la vraie carte). Dessus, il est écrit qu'il faut appeler tels trucs avant mon hospitalisation et m'avancer les frais. 

La madame me dit qu'elle ne peut rien en faire, il n'y a pas les codes habituels qu'elle attend dessus. J'essaye de lui faire comprendre que ce serait bien qu'elle appelle, qu'ils ont les indices correspondant à sa base de données là-bas. Elle me répète qu'elle ne peut rien en faire, qu'elle va essayer quand même, et qu'elle me recommande en attendant de payer moi-même. Là, j'ai les boules, d'autant que je n'ai pas crédité mon compte américain depuis une éternité, donc il doit me rester environ 130$ dessus... Avec tout ce que j'ai pu entendre des dépenses dans ce pays et le caractère non réellement classifié de cet endroit (est-ce une clinique ? est-ce un cabinet ? est-ce superman ?), je ne sais pas si je pourrai payer mon entrevue avec le médecin. Un gars en blouse arrive et demande ce qu'il se passe, elle lui explique, ils débatent pour savoir qui va appeler et on me notifie qu'au pire, c'est 50$. Fiou, pas si pire. La dame de l'accueil finit par décrocher le téléphone, je retourne comater sur les fauteuils d'attente pendant ce temps. En laissant mon oreille valide écouter comment se passer l'entretien (et fort heureusement, il y a l'air d'y avoir un échange).

Dix minutes plus tard, on m'appelle à sortir du purgatoire. J'avance de mon pas alerte et gracile de zombie shooté, et là une jeune madame en blouse me parle très vite en me donnant des instructions que je capte à moitié. Il me semble qu'elle s'est présentée, pas sûre néanmoins. Elle aurait pu énoncer la liste des pays et capitales du monde, à son train de speech. Je pose mes affaires dans un petit cabinet (au départ je me trompe de salle, c'est dire comme je suis éveillée). Elle me rejoint, prend mon poids, ma tension, ma température, demande ma taille (je la connais en mesures-à-la-con-impériales, youhou !), et me demande enfin ce qui ne va pas "alors, qu'est ce qui vous a provoqué cette fièvre ?". Ha, j'ai de la fièvre, évidemment, on m'a dit ma température en degrés Fahrenheit et toujours avec ce débit incompréhensible donc je n'avais pas saisi. Donc j'explique que je pense avoir une otite, j'ajoute la liste de mes symptômes, elle écoute poliment et note bien tout. Puis interrogatoire extensif sur mes antécédents et ceux de la famille. A la fin, elle me dit "très bien, je vais traiter ces données et je reviendrai". Euh. Ok. Quoi ? Paf, elle est sortie de la salle. Deux minutes plus tard, je l'entends parler et poser les mêmes questions à quelqu'un d'autre à travers la cloison.

Cinq minutes plus tard, pendant lesquelles j'ai toujours surdité, acouphène, douleur et (je ne l'ignore plus) fièvre. Cinq minutes pendant lesquelles j'aurais très bien pu tomber dans les vappes dans ma petite salle isolée, le monsieur en blouse de tout à l'heure arrive. C'est lui le docteur Saleh, il va commencer ma consultation. Ha d'accord, donc la demoiselle précédemment, c'était comme cette personne qui vous accueille au don du sang et qui est en fait en formation. P'tet que c'est ça qu'elle racontait quand j'avais l'impression qu'elle m'expliquait la beauté de la Galaxie. Il m'explique qu'il va m'ausculter. Je m'assois dans son fauteuil (fauteuil de médecin classique, mais avec un oreiller dessus : peut-être ça, le "top notch" dont parlent tous les commentateurs google ?). Il utilise l'un de ces trucs que je soupçonne d'être une simple loupe éclairante dans mes oreilles. Je ne peux résister à l'envie de lui dire "C'est mauvais non ? J'imagine que c'est pas bon". "Ha oui, c'est très mauvais". Haha !! C'est con mais quand la personne diplômée va dans votre sens, c'est toujours une sorte de soulagement. Là où je suis moins soulagée c'est qu'il me dit que mon tympan de l'autre côté a également une sale gueule. Oh s'il vous plaît, pas de seconde otite, je ne suis pas sûre d'être capable de re-supporter une soirée comme celle de vendredi si rapidement.
Il regarde également ma gorge en mode "respirez-profondément-s-il-vous-plaît". Après ça, il me raconte qu'il va me filer des antibios, normalement je devrais me sentir mieux d'ici deux jours. Est-ce que je veux également quelque chose pour ma toux ? Bah oui, tant qu'à faire. D'accord, il va envoyer tout ça à ma pharmacie, si j'ai des questions plus tard, que je n'hésite pas à l'appeler. "D'accord", ânonné-je. Avant de me rendre compte de mon erreur : "Hé mais non, j'en ai maintenant des questions ! C'est quoi, que j'ai exactement, déjà ? Je vais pouvoir replonger, un jour, dans ma vie ? Qu'en est-il de l'avion ? Comment je procède avec les médicaments ?". Sauf que le temps que mon cerveau ait formulé tout ça, notre brave docteur est sorti depuis belle lurette. Il sera resté environ 2 minutes 48 avec moi, avec l'addition des 5 minutes de son assistance, on peut vraiment dire que la note est Saleh. Bref, sur la route du retour je le vois très occupé à son poste, donc je lui pose la question qui m'a l'air la plus urgente "Est-ce que vous me déconseillez de prendre l'avion dans l'immédiat ?". Il botte à moitié en touche, me disant que je peux prendre un médoc pour soulager mes tympans sans que ça pose trop de problème. Je me dis ok, ça fera sûrement partie de la prescription, tant mieux.

Je ressors donc de là sans papier du tout. L'une de leurs particularités, c'est qu'ils envoient directement les ordonnances à ta pharmacie préférée. Il y en a une à moins de cinq minutes à pieds, cette propriété m'a paru très appréciable. Donc, direct, je m'y rends, espérant sans trop y croire que mon ordonnance m'y attendra. Bingo, après 5 minutes d'attente, on me dit que ce n'est pas encore prêt, ce serait bien que je revienne dans une demi-heure. Apparemment, ils préparent automatiquement les commandes quand ils les reçoivent, et les font en "première arrivée, première servie". Je ne proteste pas, de toute façon il faut que je mange un morceau, vu mon état de faiblesse avancée. La maison est à 5 minutes à pattes, je m'y rends et le coloc m'accueille sympathiquement. 

Une heure plus tard, le ventre plein, l'esprit toujours un peu dans le milieu du Pas-de-Calais, je me rends à nouveau à la pharmacie. Mon ordonnance sera prête dans 15 minutes. Fort bien (en vrai, pas "fort bien", je continue à avoir mal et à me sentir pas loin de tourner de l'oeil, et bordel, je leur ai laissé deux fois le temps qu'on me demandait en premier lieu), je fais les courses en attendant (sur place, c'est trop pratique !), et j'ai un mal de chien à trouver mes affaires. Ensuite c'est le même échange qu'avec l'hôtesse du Docteur Saleh, sauf que ce coup-ci, je dois appeler moi-même le numéro magique spécial VIE, et leur demander 4 identifiants spéciaux dont la pharmacie a besoin. Mise en attente une bonne dizaine de minutes, je finis par réussir à contacter quelqu'un. Celle-ci me demande à entrer en contact avec la pharmacienne, je lui file donc le téléphone. A priori, l'assurance ne veut pas que je connaisse mes propres identifiants. Certainement par peur que je les fasse circuler, vu le coût de la santé par ici. 

Ca dure des lustres, pendant ce temps-là la dame au téléphone me propose de m'envoyer un carte de prescription spéciale pharmacie. Avec plaisir, si ça peut me faire gagner du temps une prochaine fois. Là, un truc s'éveille dans mon cerveau, comme s'il avait un truc à dire. Mais bon, je dois gérer une double conversation en anglais avec une seule oreille, donc j'envoie paître cette saloperie molle. On me demande, côté pharmacie, de confirmer ma date de naissance pendant que je récite mon adresse au téléphone. Très pratique. Il s'avère que l'assurance a cafouillé quelque part et qu'ils ont entré la mauvaise date dans le système. Je remets en contact mes deux interlocutrices préférées et en profite pour poser mon cul à nouveau sur l'un de ces sièges bénis. L'une des pharmaciennes va devoir appeler l'assurance pour mettre les choses en ordre. Si ça ne marche pas, on me suggère d'avancer et de me faire rembourser après. J'acquiesce, avec la même appréhension que plus tôt : combien peut coûter un antibiotique, par ici ?? 

Pendant le coup de fil en question, la vague impression cérébrale de plus tôt revient. Tiens, y'a quelques mois de celà, je n'avais pas reçu une enveloppe, au bureau ? Toute hésitante, j'ouvre mon portefeuille. Là, derrière une de mes cartes quelconques, je vois apparaître un bout de plastique blanc, marqué "Pharmacy prescription card", avec pile poil les identifiants qu'on me réclamait plus tôt. Hé merde. Comment foutre 30 minutes de son existence en l'air, par Marie Dufour. Bon, la nénette est sur le point de raccrocher, ce n'est pas le moment de lui montrer ça, je passerais pour une débile (ce que je suis, en l'occurrence...). 5 autres minutes plus tard, j'ai enfin mon Graal, et je peux aller prendre mes cachetons à la maison.

Dans le paquet : les antibios promis et un sirop. Pour les deux, les instructions sont écrites directement sur le médicament, plutôt cool. En revanche, aucun signe de l'anti-douleur dont me parlait le docteur un peu plus tôt. Pas de consigne non plus sur ce que je suis censée faire avec mon oreille. Heureusement que j'ai lu sur internet qu'il faut éviter tout contact avec l'eau, sinon je dois bien avouer que ça m'aurait traversé l'esprit d'essayer de vidanger le mélange (ATTENTION !! CRADO's BACK) pus + sang qui en suppure et forme des croutes en dehors et en dedans. Bref. Sur le coup, je m'en fous, je prends mon cacheton et je vais comater au lit comme de bien mérité après cette première plongée dans le monde médical américain.


A l'heure qu'il est, merci, ça va mieux. Un week-end entier de comatage, ainsi que le lundi (trop faible ce matin) aidant. Je reste sourde de l'oreille droite avec l'impression qu'un alien va en sortir d'une minute à l'autre, et un acouphène intermittent. Ah, et mon sens de l'équilibre est également toujours perturbé. Lui habituellement si... merdique, avouons le bien, a le sentiment d'être un expert funambule en son état normal, en comparaison de mon actualité. Rambardes d'escaliers du monde, tenez-vous bien, car j'arrive et j'ai l'intention de vous utiliser comme jamais !

N'empêche que le tout ne fait que s'améliorer, donc en théorie, d'ici deux jours à une semaine, je serai pimpante comme un gardon et pourrai revenir à la description plus réjouissante (pour moi en tout cas, bande de petits sadiquos) de mes vacances.

mercredi 25 février 2015

13/02/2015 New Orleans - Intro

Il y a un phénomène que je dénomme "Syndrôme Matrix 2" : quand on se fait une idée très haute de quelque chose (film, livre, personne, lieu), et qu'on est tellement déçu par le résultat qu'on a l'impression de s'être retrouvé face à un sombre étron.
De manière générale, je tâche de ne pas trop élever mes attentes afin d'éviter d'expérimenter le "Matrix 2". Mais des fois, on ne peut pas s'en empêcher, il y a un fit particulier et les neurones peuvent s'emballer.

C'était le cas pour la Nouvelle Orléans. Tout ce que j'ai pu voir/lire/entendre sur cette ville avant de m'y rendre renforçaient ma conviction que c'était l'endroit, que peu importe quand, comment ou avec qui j'irais, j'y passerais forcément un super moment. Les différents quartiers semblaient présenter une variété d'expériences et de paysages incroyables, et depuis le début c'était vraiment la destination que je plaçais en n°1.

A la base, on avait prévu de s'y rendre avec Ludo (que je vous ai présenté ici) pour Thanksgiving. Finalement, pour raisons diverses et variées d'organisation et de manque de sous, on a décidé de repousser ça pour mardi gras, parce qu'apparemment les Néo-Orléanais (qui sont super forts en kung-fu) ont tendance à le fêter.
Bon, ok, attendons le carnaval, c'est sûr que ça peut être sympa, hein. Pourquoi pas. 
Mais quelque part j'avais peur que l'évènement m'empêche d'apprécier la ville à sa juste valeur, que ça gâche un peu mon exploration, que ce soit une période où l'âme de la Louisiane règnerait un peu moins en maîtresse sur cette cité tellement à part à cause d'un défilé de trois pauvres clowns dépenaillés qui chantent du Patrick Sébastien.

 Allez musique !

J'avais raison et tort à la fois.

En plus de Ludo, Yann - un autre pote de l'IIE (mon école d'ingé) -, Laetitia - une expat' de Detroit - et Benoît - un ami à elle - se joindraient à l'aventure. Première difficulté : trouver un logement. Parce qu'évidemment, choisir cette période ultra touristique n'est pas la meilleure idée pour économiser, on a bien galéré à trouver quelque chose d'abordable, surtout que tous les apparts que l'on repérait nous passaient sous le nez. On a tout envisagé : auberge de jeunesse (chères, souvent excentrées et blindées), couchsurfing (pour 5 ? ouais, repassez dans un siècle), airbnb (qui voulaient se faire du beurre aussi gras que le mardi sur notre dos), et même le camping (mi-février ? ok, c'est le sud mais bon)...

Au final, j'ai dû revêtir ma plus belle moustache en brosse à dents, réserver un logement comme une barbare mérovingienne et dire aux gens que le mal était fait. Logement sans avis ou référence qui aurait très bien pu s'avérer être une arnaque, ce qui m'a fait sacrément Willy flipper. Bien évidemment je ne l'ai pas mentionné aux autres qui vont l'apprendre en même temps que vous en lisant ces lignes. Muahaha, je suis diabolique. Et rassurée puisqu'en fin de compte tout s'est bien passé.

Comme des gens bien organisés, nous arrivons tous à des moments différents : Yann, qui est en vacances prolongées d'exploration débarque trois jours plus tôt et fait déjà un petit repérage sur la ville. Benoît puis Laetitia le rejoignent vendredi dans l'après-midi. J'arrive en début de soirée, dépose mes affaires à l'appart, et en avant pour le quartier français !!

Ha. Je vous connais, viles créatures, vous êtes en train de m'insulter de sale fausse découvreuse qui reste parmi les siens et ne se mélange pas aux locaux en se dirigeant direct vers le coin des expats. 
Au vu de la teneur 100% pure mangeurs-de-grenouilles de notre groupe, vous n'auriez pas tort. Cependant, il faut savoir que la Nouvelle Orléans, comme son nom peut l'indiquer est le nouveau chef lieu du Loiret a été fondée par des Français, et que par conséquent, la vieille ville a des relents d'Architectes qui aimaient le maroilles. Et en a gardé le nom, même si plusieurs styles coloniaux s'y mèlent, les espagnols y étant également étroitement mêlés. 
Mais bref, subséquemment : French Quarter ≠ 25 centimes d'euros ≠ Place de grève = vieille ville.

La carte du centre-ville de la Nouvelle-Orléans : Le French Quarter est en rose. 
Nous logions grosso modo au coin sud-ouest de la carte.


Attendez, avant que je ne parte dans mon exposé sur la ville, petit point sur le trajet. Déjà, j'ai choisi Spirit, l'équivalent US de Ryanair. Autant dire que les gens à bord sont des gros rats (comme maître Splinter), lassés d'avoir dû payer 15€ pour le moindre billet qui n'a pas pu être imprimé à la maison, ou 35€ pour une valise (leurs formats inclus sont encore plus petits que les nôtres) et qui comptent bien se venger en n'achetant rien à bord.
Euh, là, ça n'a pas été trop observé. J'avais l'impression d'être dans le car du week-end d'intégration, les gens se sont enfilés conso sur conso. Ca riait, ça parlait fort à ses inconnus de voisins, ça chantait, tout le monde était déjà en mode fête. Tout le monde ? Non. Une petite nordiste résistait encore et toujours à la tentation de filer ses sous à ces gros voleurs en sombrant dans un sommeil profond. Bon, à la fin j'ai quand même parlé à mes braillards de copains de siège qui se demandaient si Fat Tuesday tombait le 17 février tous les ans, histoire d'étaler ma culture comme de la confiture. Ils m'ont au passage recommandé de goûter le Hurricane, un cocktail typique.

Notre logement étant à environ 45 minutes à pieds du centre-ville, nous nous y rendons après un repas pas terrible (alors qu'on nous avais vanté l'excellente cuisine locale) pris dans une gargote (j'adore ce mot) choisie totalement au hasard. Bon, on trichera avec internet à l'avenir. (Au passage, le hurricane ? De la grenadine un chouïatement alcoolisée, en plus chimique et qui consistait plus à abattre une tornade de sucre dans l'organisme qu'autre chose. Merci les conseils des voisins. (Après, c'est sans doute le bar qui était en cause)). (Revenons-donc à notre trajet vers le French Quarter...)

Sauf que sur la route, SURPRISE. Une parade ! Comment ça une parade ?? Mais on n'est que vendredi. Ça existe pas, vendredi gras, que diantre !
En fait, les NOLA-ites (NOLA c'est pour New Orleans, LA - LA : acronyme de la Louisiane, comme MI c'est Michigan) n'ont pas dû très bien comprendre le concept. Mardi gras pour eux, c'est pas juste une journée où on fait des gaufres avec un vague carnaval. Mardi gras ça commence à l'épiphanie, soit le 6 janvier. Donc en fonction des années, parfois deux mois avant le jour J, enfin le jour G, enfin on se comprend : ne commencez pas à faire vos agents Smiths à tout prendre au premier degré sinon on va pas s'entendre (allô ?).

Du coup ces grands fous lancent leurs premières parades (notez le pluriel : une parade Louisienne ne vient jamais seule !) début janvier. Puis c'est en gros 2 par semaine, jusque dix jours avant la fête où ça devient Beyrouth. Même Bey-autorouth, avec des enchaînements d'en moyenne 5 parades/jour, culminant à 9 pour la vraie célébration. Y'a qu'à regarder le programme, c'est hallucinant. Et je ne mentionne que les officielle, parce qu'il n'est pas rare de croiser un groupe de 20 joyeux lurons déguisés avec une banderole faite maison (qui rappellerait un sac à viande décoré de crépon digne des meilleurs tournois inter-écoles d'ingénieur) déclenchant des évènements spontanés de par la ville.

Là, en blasés qui du haut de votre grande expérience avez assisté à un défilé du 14 juillet et un nouvel an chinois, me rétorquerez que bon, une parade c'est bien joli mais quand t'en as vu une tu les as toutes vues, et ça va bien deux minutes mais faut pas pousser mémé dans les trompettistes. Ce à quoi je n'ai qu'une chose à répondre.

Pour les anglophobes : T'y connais rien, Jon Snow.
Pour les GRRM-ophobes : T'y connais rien, jeune padawan.
Pour les GRRM&StarWars-ophobes : Mais fichtre, t'y connais décidément rien !

Je reparlerai des parades plus tard et plus en détail, mais sachez juste que c'est un tout autre niveau que l'espèce de version édulcorée à laquelle j'ai eu droit pour Thanksgiving (déjà deux liens d'auto-pub, il va falloir que je m'arrête sous peine de devoir me payer).

Laetitia et Benoît décident de rentrer pour cause de semaine de boulot horriblement fatigante, alors que Yann et moi gagnons le centre-ville pour 1/que je découvre; 2/qu'on attende l'arrivée de Ludo. En suivant la parade, nous arrivons à Bourbon Street un peu plus chargés que lors de notre départ. Bourbon street, la rue de la soif locale qui porte bien son nom, est mentionnée dans les guides de cette façon qui sonne presque comme un oracle : "Comme toutes les choses qui ont vécu âprement et ont bourlingué si longtemps, elle n'est pas au goût de tout le monde mais devient nettement plus attractive de nuit".

Difficile à décrire, c'est juste un dawa total. Les bâtiments eux-mêmes sont plutôt jolis, mais la rue est jonchée de restes de verres (combo : seul endroit des US où boire dans la rue est accepté + la philosophie très USienne que jeter les trucs par terre crée de l'emploi), de colliers de perles en plastique - j'y reviendrai - jetés depuis les balcons vers des gens prêts plus ou moins à tout pour les récolter. Et surtout des bars, des bars partout et encore des bars. Débordant tous de monde. Les gens vont du jeune touriste au vieux local en passant par les manifestants effrayants (j'y reviendrai) et la masse de vrais carnavaleux qui restent déguisés en permanence : costumes médiévaux, cuirs à la Trinity, enterrements de vie de jeune fille avec personnages de séries TV ... Point top : une grosse quantité de bars proposent de la musique live, la plupart sans frais d'entrée. On se balade un moment, je découvre la technique de baroudeur appelée "Igor" qui consiste à planquer une bouteille dans un bac à fleurs pour éviter de se faire jeter à l'entrée d'un bar (pas facile de trouver l'endroit idéal, d'ailleurs).

Finalement, au pif, notre dévolu se jette sur un endroit qui semble avoir des places au bar (nous sommes chargés : Yann a son sac, on porte nos gros manteaux & un paquet de goodies, on a envie de s'asseoir après plus d'une heure debout). Je remercie les gens d'avoir eu très très très mauvais goût ce soir là en ne se jetant pas tous dedans parce qu'il était merveilleusement génial ! Avec deux pianos en concert quasi-permanent, postés à 5 mètres de nous, et leurs deux interprètes super doués. Une ambiance de dingue, tout le monde super sympa. C'est devenu notre QG du week-end.

Une photo pas géniale d'un bar au nom pas mieux (My bar @ 635 ? Bonjour, l'an 2000 !), mais à qui on pardonne pour son excellence sur d'autres points
Le vol du troisième larron a du retard, ça lui a fait louper le bus gratos vers le centre ville, et il tente le coup d'une navette qui emmène les gens vers les hôtels mais est coincée dans les bouchons (dernier WE de Mardi Gras oblige !), et n'a quasi plus de batterie. Bref, on a beau lui indiquer où nous trouver, ça ressemble fort à un plan foireux. Pendant ce temps on papote bien avec Yann, que je n'ai pas vu depuis quasi 3 ans, et qui m'explique son projet de rallier Miami depuis NOLA à vélo en partant la semaine suivante.

Et enfin, deux heures plus tard que prévu, Ludo surgit tel un petit lapin blanc désemparé, muni de son gros sac à dos et semblant totalement perdu. Youpi retrouvailles, moult tournées, mumuse photomaton, et danse au son des pianos avant de rentrer au bercail après un petit détour pour récupérer Igor. Marche agrémentée de conversations tellement philosophiques que j'ai dû abandonner les hommes en route (trop d'abstraction pour moi). Au final, nous plongeons dans les bras de Morphée, usés mais heureux de cette première soirée. La journée de demain sera chargée, et par conséquent la nuit courte.



Dans mon prochain post (qui risque de se faire attendre, puisque février/févadrouiller continue avec un départ pour Vail, Colorado cet après-midi), la suite du voyage, beaucoup plus de photos vu que les autres auront sûrement fini de trier, des animaux chelous, des repas frugaux et bien plus encore !