Il y a un phénomène que je dénomme "Syndrôme Matrix 2" : quand on se fait une idée très haute de quelque chose (film, livre, personne, lieu), et qu'on est tellement déçu par le résultat qu'on a l'impression de s'être retrouvé face à un sombre étron.
De manière générale, je tâche de ne pas trop élever mes attentes afin d'éviter d'expérimenter le "Matrix 2". Mais des fois, on ne peut pas s'en empêcher, il y a un fit particulier et les neurones peuvent s'emballer.
C'était le cas pour la Nouvelle Orléans. Tout ce que j'ai pu voir/lire/entendre sur cette ville avant de m'y rendre renforçaient ma conviction que c'était l'endroit, que peu importe quand, comment ou avec qui j'irais, j'y passerais forcément un super moment. Les différents quartiers semblaient présenter une variété d'expériences et de paysages incroyables, et depuis le début c'était vraiment la destination que je plaçais en n°1.
A la base, on avait prévu de s'y rendre avec Ludo (que je vous ai présenté ici) pour Thanksgiving. Finalement, pour raisons diverses et variées d'organisation et de manque de sous, on a décidé de repousser ça pour mardi gras, parce qu'apparemment les Néo-Orléanais (qui sont super forts en kung-fu) ont tendance à le fêter.
Bon, ok, attendons le carnaval, c'est sûr que ça peut être sympa, hein. Pourquoi pas.
Mais quelque part j'avais peur que l'évènement m'empêche d'apprécier la ville à sa juste valeur, que ça gâche un peu mon exploration, que ce soit une période où l'âme de la Louisiane règnerait un peu moins en maîtresse sur cette cité tellement à part à cause d'un défilé de trois pauvres clowns dépenaillés qui chantent du Patrick Sébastien.
Allez musique !
J'avais raison et tort à la fois.
En plus de Ludo, Yann - un autre pote de l'IIE (mon école d'ingé) -, Laetitia - une expat' de Detroit - et Benoît - un ami à elle - se joindraient à l'aventure. Première difficulté : trouver un logement. Parce qu'évidemment, choisir cette période ultra touristique n'est pas la meilleure idée pour économiser, on a bien galéré à trouver quelque chose d'abordable, surtout que tous les apparts que l'on repérait nous passaient sous le nez. On a tout envisagé : auberge de jeunesse (chères, souvent excentrées et blindées), couchsurfing (pour 5 ? ouais, repassez dans un siècle), airbnb (qui voulaient se faire du beurre aussi gras que le mardi sur notre dos), et même le camping (mi-février ? ok, c'est le sud mais bon)...
Au final, j'ai dû revêtir ma plus belle moustache en brosse à dents, réserver un logement comme une barbare mérovingienne et dire aux gens que le mal était fait. Logement sans avis ou référence qui aurait très bien pu s'avérer être une arnaque, ce qui m'a fait sacrément Willy flipper. Bien évidemment je ne l'ai pas mentionné aux autres qui vont l'apprendre en même temps que vous en lisant ces lignes. Muahaha, je suis diabolique. Et rassurée puisqu'en fin de compte tout s'est bien passé.
Comme des gens bien organisés, nous arrivons tous à des moments différents : Yann, qui est en vacances prolongées d'exploration débarque trois jours plus tôt et fait déjà un petit repérage sur la ville. Benoît puis Laetitia le rejoignent vendredi dans l'après-midi. J'arrive en début de soirée, dépose mes affaires à l'appart, et en avant pour le quartier français !!
Ha. Je vous connais, viles créatures, vous êtes en train de m'insulter de sale fausse découvreuse qui reste parmi les siens et ne se mélange pas aux locaux en se dirigeant direct vers le coin des expats.
Au vu de la teneur 100% pure mangeurs-de-grenouilles de notre groupe, vous n'auriez pas tort. Cependant, il faut savoir que la Nouvelle Orléans, comme son nom peut l'indiquer est le nouveau chef lieu du Loiret a été fondée par des Français, et que par conséquent, la vieille ville a des relents d'Architectes qui aimaient le maroilles. Et en a gardé le nom, même si plusieurs styles coloniaux s'y mèlent, les espagnols y étant également étroitement mêlés.
Mais bref, subséquemment : French Quarter ≠ 25 centimes d'euros ≠ Place de grève = vieille ville.
La carte du centre-ville de la Nouvelle-Orléans : Le French Quarter est en rose.
Nous logions grosso modo au coin sud-ouest de la carte.
Attendez, avant que je ne parte dans mon exposé sur la ville, petit point sur le trajet. Déjà, j'ai choisi Spirit, l'équivalent US de Ryanair. Autant dire que les gens à bord sont des gros rats (comme maître Splinter), lassés d'avoir dû payer 15€ pour le moindre billet qui n'a pas pu être imprimé à la maison, ou 35€ pour une valise (leurs formats inclus sont encore plus petits que les nôtres) et qui comptent bien se venger en n'achetant rien à bord.
Euh, là, ça n'a pas été trop observé. J'avais l'impression d'être dans le car du week-end d'intégration, les gens se sont enfilés conso sur conso. Ca riait, ça parlait fort à ses inconnus de voisins, ça chantait, tout le monde était déjà en mode fête. Tout le monde ? Non. Une petite nordiste résistait encore et toujours à la tentation de filer ses sous à ces gros voleurs en sombrant dans un sommeil profond. Bon, à la fin j'ai quand même parlé à mes braillards de copains de siège qui se demandaient si Fat Tuesday tombait le 17 février tous les ans, histoire d'étaler ma culture comme de la confiture. Ils m'ont au passage recommandé de goûter le Hurricane, un cocktail typique.
Notre logement étant à environ 45 minutes à pieds du centre-ville, nous nous y rendons après un repas pas terrible (alors qu'on nous avais vanté l'excellente cuisine locale) pris dans une gargote (j'adore ce mot) choisie totalement au hasard. Bon, on trichera avec internet à l'avenir. (Au passage, le hurricane ? De la grenadine un chouïatement alcoolisée, en plus chimique et qui consistait plus à abattre une tornade de sucre dans l'organisme qu'autre chose. Merci les conseils des voisins. (Après, c'est sans doute le bar qui était en cause)). (Revenons-donc à notre trajet vers le French Quarter...)
Sauf que sur la route, SURPRISE. Une parade ! Comment ça une parade ?? Mais on n'est que vendredi. Ça existe pas, vendredi gras, que diantre !
En fait, les NOLA-ites (NOLA c'est pour New Orleans, LA - LA : acronyme de la Louisiane, comme MI c'est Michigan) n'ont pas dû très bien comprendre le concept. Mardi gras pour eux, c'est pas juste une journée où on fait des gaufres avec un vague carnaval. Mardi gras ça commence à l'épiphanie, soit le 6 janvier. Donc en fonction des années, parfois deux mois avant le jour J, enfin le jour G, enfin on se comprend : ne commencez pas à faire vos agents Smiths à tout prendre au premier degré sinon on va pas s'entendre (allô ?).
Du coup ces grands fous lancent leurs premières parades (notez le pluriel : une parade Louisienne ne vient jamais seule !) début janvier. Puis c'est en gros 2 par semaine, jusque dix jours avant la fête où ça devient Beyrouth. Même Bey-autorouth, avec des enchaînements d'en moyenne 5 parades/jour, culminant à 9 pour la vraie célébration. Y'a qu'à regarder le programme, c'est hallucinant. Et je ne mentionne que les officielle, parce qu'il n'est pas rare de croiser un groupe de 20 joyeux lurons déguisés avec une banderole faite maison (qui rappellerait un sac à viande décoré de crépon digne des meilleurs tournois inter-écoles d'ingénieur) déclenchant des évènements spontanés de par la ville.
Là, en blasés qui du haut de votre grande expérience avez assisté à un défilé du 14 juillet et un nouvel an chinois, me rétorquerez que bon, une parade c'est bien joli mais quand t'en as vu une tu les as toutes vues, et ça va bien deux minutes mais faut pas pousser mémé dans les trompettistes. Ce à quoi je n'ai qu'une chose à répondre.
Pour les anglophobes : T'y connais rien, Jon Snow.
Pour les GRRM-ophobes : T'y connais rien, jeune padawan.
Pour les GRRM&StarWars-ophobes : Mais fichtre, t'y connais décidément rien !
Je reparlerai des parades plus tard et plus en détail, mais sachez juste que c'est un tout autre niveau que l'espèce de version édulcorée à laquelle j'ai eu droit pour Thanksgiving (déjà deux liens d'auto-pub, il va falloir que je m'arrête sous peine de devoir me payer).
Laetitia et Benoît décident de rentrer pour cause de semaine de boulot horriblement fatigante, alors que Yann et moi gagnons le centre-ville pour 1/que je découvre; 2/qu'on attende l'arrivée de Ludo. En suivant la parade, nous arrivons à Bourbon Street un peu plus chargés que lors de notre départ. Bourbon street, la rue de la soif locale qui porte bien son nom, est mentionnée dans les guides de cette façon qui sonne presque comme un oracle : "Comme toutes les choses qui ont vécu âprement et ont bourlingué si longtemps, elle n'est pas au goût de tout le monde mais devient nettement plus attractive de nuit".
Difficile à décrire, c'est juste un dawa total. Les bâtiments eux-mêmes sont plutôt jolis, mais la rue est jonchée de restes de verres (combo : seul endroit des US où boire dans la rue est accepté + la philosophie très USienne que jeter les trucs par terre crée de l'emploi), de colliers de perles en plastique - j'y reviendrai - jetés depuis les balcons vers des gens prêts plus ou moins à tout pour les récolter. Et surtout des bars, des bars partout et encore des bars. Débordant tous de monde. Les gens vont du jeune touriste au vieux local en passant par les manifestants effrayants (j'y reviendrai) et la masse de vrais carnavaleux qui restent déguisés en permanence : costumes médiévaux, cuirs à la Trinity, enterrements de vie de jeune fille avec personnages de séries TV ... Point top : une grosse quantité de bars proposent de la musique live, la plupart sans frais d'entrée. On se balade un moment, je découvre la technique de baroudeur appelée "Igor" qui consiste à planquer une bouteille dans un bac à fleurs pour éviter de se faire jeter à l'entrée d'un bar (pas facile de trouver l'endroit idéal, d'ailleurs).
Finalement, au pif, notre dévolu se jette sur un endroit qui semble avoir des places au bar (nous sommes chargés : Yann a son sac, on porte nos gros manteaux & un paquet de goodies, on a envie de s'asseoir après plus d'une heure debout). Je remercie les gens d'avoir eu très très très mauvais goût ce soir là en ne se jetant pas tous dedans parce qu'il était merveilleusement génial ! Avec deux pianos en concert quasi-permanent, postés à 5 mètres de nous, et leurs deux interprètes super doués. Une ambiance de dingue, tout le monde super sympa. C'est devenu notre QG du week-end.
Une photo pas géniale d'un bar au nom pas mieux (My bar @ 635 ? Bonjour, l'an 2000 !), mais à qui on pardonne pour son excellence sur d'autres points
Le vol du troisième larron a du retard, ça lui a fait louper le bus gratos vers le centre ville, et il tente le coup d'une navette qui emmène les gens vers les hôtels mais est coincée dans les bouchons (dernier WE de Mardi Gras oblige !), et n'a quasi plus de batterie. Bref, on a beau lui indiquer où nous trouver, ça ressemble fort à un plan foireux. Pendant ce temps on papote bien avec Yann, que je n'ai pas vu depuis quasi 3 ans, et qui m'explique son projet de rallier Miami depuis NOLA à vélo en partant la semaine suivante.
Et enfin, deux heures plus tard que prévu, Ludo surgit tel un petit lapin blanc désemparé, muni de son gros sac à dos et semblant totalement perdu. Youpi retrouvailles, moult tournées, mumuse photomaton, et danse au son des pianos avant de rentrer au bercail après un petit détour pour récupérer Igor. Marche agrémentée de conversations tellement philosophiques que j'ai dû abandonner les hommes en route (trop d'abstraction pour moi). Au final, nous plongeons dans les bras de Morphée, usés mais heureux de cette première soirée. La journée de demain sera chargée, et par conséquent la nuit courte.
Dans mon prochain post (qui risque de se faire attendre, puisque février/févadrouiller continue avec un départ pour Vail, Colorado cet après-midi), la suite du voyage, beaucoup plus de photos vu que les autres auront sûrement fini de trier, des animaux chelous, des repas frugaux et bien plus encore !
Dans mon prochain post (qui risque de se faire attendre, puisque février/févadrouiller continue avec un départ pour Vail, Colorado cet après-midi), la suite du voyage, beaucoup plus de photos vu que les autres auront sûrement fini de trier, des animaux chelous, des repas frugaux et bien plus encore !











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